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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 09:02

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 24

 

Je trouvai, donc, la vieille seule. _______________ Etc., etc., etc.. _______________ Sa voisine de chambre était sortie pour des examens. _______________ Etc., etc., etc.. _______________ Je m’approchai et tendis la main pour toucher la sienne. Une pauvre main, peau et os. Articulations enflées et veines proéminentes, reposant sur la couverture d’hôpital. Une pauvre main exsangue et sans force, délicate, finissante. _______________ Dans ma poitrine bouillonnait beaucoup et grave quelque chose de très chaud et en même temps d’implosif. _______________ J’avais rendez-vous avec moi-même.

(Un d’entre nous, pourtant – Patrice ou moi-même, je ne sais pas –, traînait les pieds, ne se montrait pas. J’étais au bord de l’asphyxie, moi. Patrice était au bord du gouffre.)

Ma main de Patrice toucha celle de l’Ineffable. _______________ Le regard de la vieille devint lumineux. _______________ En me regardant, elle voyait quelque chose que je ne voyais pas. Le bonheur m’envahit sans crier gare. Incandescent. Me pétrifia. La lumière de ce regard devint tellement intense que ma chair se volatilisa en laissant ici, sur terre, le soupçon d’une auréole. _______________ La vieille se faisait avaler par sa propre lumière. _______________ Le froid, un froid bon, cristallin s’empara de moi. _______________ Je ne fus plus moi. _______________ Je devins l’ébauche d’une réalité nouvelle.

<>

La vieille et moi fusionnâmes. La chaleur et le froid cristallin disparurent. La chaleur de la babouchka s’unit à la mienne. Son rayonnement brillant s’unit à moi. Soudainement je me suis mis à brûler et à briller tout aussi fort qu’elle. De tous mes feux. De tous nos feux. _______________ Je n’étais plus moi. Elle n’était plus elle. _______________ Ensemble, nous formâmes une présence éthérée aux contours fluctuants à l’intérieur. Un vrombissement vertical très bas et un autre, horizontal, très haut se faisaient sentir, en obligeant ce qui n’était pas encore matière d’en devenir…

 

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 08:30

 

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 23

 

La vieille rayonnait de tous ses feux dans mes bras. _______________ Une flamme puissante, animale, chaude, palpitante. _______________ Une résonance forte, froide, rigide et sinistre, arrivée du fond explosif de l’Univers. _______________ Et puis, l’odeur de la vieille. Cette odeur particulière ! Géronto-létale ! _______________ Si elle aurait été vraie, l’odeur. _______________ Si la vieille aurait été vraie. _______________ Si moi, j’aurais été vrai.

<>

L’homme serait le « résultat » ou, pire encore, le « produit » de l’évolution, paraît-il. Un schmilblick. D'avis qu'il manifeste des envies dirigistes, faussement évolutionnistes – autant en ce qui concerne le vivant, que l’inanimé et l’immatériel. _______________ Exaucées, les envies. La puissance dirigiste de l’homme est tellement grande qu’elle se répand dans l’univers, mais aussi – et avec quelle prestance encore ! – dans le strictement humain, en y générant, monstrueusement, encore plus d’humain.

<>

L'univers aurait apparu après l’homme. _______________ On ne saurait pas dire si c’était nous qui auraient fait l’univers. _______________ Pour moi, pour Patrice, il est plus qu’évident que cet univers nous est consubstantiel et à notre mesure. _______________ Nous sommes an-universels ; en tout cas, nous ne sommes pas universels. Nous ne sommes pas contenus par l'universel : nous le contenons. Nous sommes plus... grands... que l'universel. Plus contenant. Nous nous trouvons, au-delà _______________ de l’universel. _______________ Créationnisme, vous dites ? _______________ Et alors ? _______________ Lorsque l’on constate qu’une cellule se détruit parce que ses voisines spatiales ou fonctionnelles, qui la formatent, avec qui elle se trouve en contact – en communication ? _______________ qui la tiennent _______________ lui signalent qu’elles n’ont plus besoin d’elle, qu’elle ne serait plus bonne à rien, on fait quoi, nous ? _______________ Ne crée-t-on pas une réalité ordonnatrice _______________ dirigiste _______________ à partir d’où tout devient ré-imaginable, ré-constructible, ré-créable ?

Problème de création, donc. Tout est un problème de création. Tant qu’on n’a pas résolu ce problème, la création initiale, la création pure, proprement dite restera cantonnée dans la sphère religieuse (qui résiste par dessus tout à toutes les attaques, en s’adaptant sans évoluer).

<>

C'est quoi la création ? Mais encore la Création ? De quoi est-elle faite ? _______________ La question ne peut être qu'idiote, tant elle est inutile. _______________ On n'est pas Dieu.

Il me manque la vertu de la fusion. Je suis a-fusionnel, voire anti-fusionnel. Je suis condamné à ne pas connaître la félicité.

Lorsque je couche avec la petite, je baise, je ne fais pas l'amour. _______________ Quant à elle... Quelle importance !

Difficile à saisir l'envie d’anonymat qui creuse mes entrailles. Quoi de plus rassurant qu'une œuvre musicale, par exemple, dont on ne connaît pas l'auteur mais qu'on joue devant un parterre actuel, separé de l'auteur anonyme par quelques siècles et par un manque criant de nom ?

 

 

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3 août 2020 1 03 /08 /août /2020 08:42

 

 

 

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 22

 

Certains parlent d'une certaine « induction de la vieillesse ». On indique le vieillissement de la cellule comme point d'attaque. Mais au fond, ils n'en savent pas trop. Les causes sont imaginées, humaines, fantasmatiques.

D'autres s'amusent en évoquant les vertus mathématiques exprimées par la division cellulaire. Il y est dit que la division cellulaire serait limité arithmétiquement. Comme ça, comme une « donnée naturelle ». _______________ Et tout ça avec l'air le plus sérieux du monde. _______________ Parce que c'est comme ça que « mes muscles le veut ».

Dans la même soupe aux scientifiques dotés de muscles qui veut, flottent ce qui créent des mots de type « autophagosome », « protéasome », « autophagie »...

En libérant mes muscles qui veut, j’aperçus les cellules de la vieille se suicidant dans un nombre croissant et d’une manière accéléré. La quantité de nouvelles cellules issues des cornues toujours très tortueuses du vivant, diminuait de plus en plus.

Résultat : le corps de l’Ineffable se ratatinait sous nos yeux.

Je constatai que, en dépit de ses douleurs articulaires, elle vivait quelque chose de bien, voire d’enviable. Bizarre, non ? Un mélange de méga, hyper froid et de méga, hyper chaud. Un mélange qui me donnait la mesure inorganique profonde sur lequel repose tout organique, quel qu’il soit. _______________ Mes muscle veut ça...

<>

Révélation décisive. La vie n’avait pas de prix. Elle dépassait, elle transgressait toute valeur possible. _______________ Pas de prix, mais un certain poids. _______________ Elle était pesante. _______________ Elle conservait un noyau de froid. Un début de consistance.

Comme un écho, comme une coda, j’eus la vision d’ensemble de la solitude.

Je compris que la folie consciente condamne à la solitude. _______________ Muscle ou pas muscle.

<>

Enfin, je n’ai pas trop envie d’en parler. Ils seront peu, très peu nombreux ceux qui ne me regarderaient pas avec stupeur (et effroi) si je leur posais des questions telle que : _______________ est-ce que j’ai couché ou pas avec la vieille ?

 

 

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20 juillet 2020 1 20 /07 /juillet /2020 06:58

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 21

 

Un jour, je trouvai la vieille seule. (Sa voisine de chambre était sortie pour des examens.) Elle était alitée, comme toujours, un peu sur son séant. Son dos fortement voûté ne lui permettait pas de s’allonger. La peau flasque de ses joues pendait sous sa mâchoire et en dessous de ses yeux gris à moitié couverts par des paupières ridées.

En m'apercevant, son attitude tourna en sourire. Un sourire corporel, très doux. _______________ Son être me pénétrait, me transperçait à partir de son corps décharné. _______________ _______________ Ne savais pas si elle voulait quitter son corps décrépit pour atteindre le froid de glace ou si c’était ce corps-même qui émanait _______________ le froid _______________ toute la valeur terrible de la chaleur. _______________ Subtilité terrifiante du froid et de la chaleur.

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Notes Initiatiques

cueillies dans les feuilles envoyées à Patrice

par le Travesti avant son suicide

Tant que nous métabolisons des particules minérales pour construire et déconstruire notre corps, nous sommes assujettis et asservis à la chaleur.

Nous croyons assimiler de la matière quand nous nous nourrissons, quand nous nous désaltérons, quand nous respirons. Mais, en réalité, c’est une question de chaleur.

Tant qu’elle se trouve à l’intérieur de notre estomac-intestin-poumon, la matière (non-assimilée) reste encore à l’extérieur de nous. L’extérieur traverse notre corps. C’est uniquement quand la matière passe de l’autre côté des parois digestives ou pulmonaires que la chaleur surgit en nous, qu’elle parvient à y être.

C’est la croyance d'aujourd'hui.

<>

Si la matière est continue, elle l’est exclusivement à l’extérieur de la vie. À l’intérieur de la vie, elle est discontinue. Ou, plutôt, suspendue. Souvent elle n’est plus.

La vie n’est nullement matérielle. Ni la matière, vivante, d’ailleurs.

Néanmoins, à un certain niveau suprasensible de l’existence, elles se conditionnent réciproquement, la vie et la matière. Et c’est là, à ce niveau de et du conditionnement, notamment, que la chaleur se présente. 

<>

Quand tu regardes avec ton microscope les cellules, les autres corps et bribes étalés sur la lamelle, tu sens le monde s’écrouler sous tes pieds.

Qu’est-ce qu’il se trouve entre tous ces micro-morphismes ?

De la température ? De la chaleur ? Du magnétisme ? De l’électricité ? De la gravitation ? De la compréhension ? Du mouvement ? Du moment ? Du repos ? De la relativité ? Du mal ? Du bien ? De l’amour ?

Tu retournes ensuite les questions, pour t’inquiéter de ce qui se trouve – ou pas – là-haut, entre les astres, entre les constellations et dans tout ce bazar.

Tu reviens aussi à toi pour constater, pour t’apercevoir que tu peux te constater, t’apercevoir toi-même. Comme si tu pouvais mettre une distance sans contenu, inconsistante, non-incarnée entre toi et toi-même.

Tu reviens aussi à toi pour te dire que la folie n’est jamais loin, qu’elle rode toujours autour et qu’elle réclamera bientôt son dû.

Tu te retrouves dans un volume brumeux en permanente formation et déformation.

Toutes les représentations que l’homme se fait demeurent, dit-on, dans le système nerveux. Mais il faut constater qu’il y a une translation ou une transition de ces représentations vers l’extérieur du système nerveux.

Nous pouvons nous emparer d’un objet à l’aide de notre main et de notre bras justement parce que la représentation de l’objet transgresse notre système nerveux, pour déclencher le mouvement du bras et de la main (muscles, tendons, os et système circulatoire compris).

À l’occasion de ce mouvement, des cellules et des tissus sont mis à l'épreuve, abîmés et disparaissent.

(Cette disparition est signalée par des toxines spécifiques, qui font leur apparition dans les selles, urines, expirations, transpirations).

Pour remplacer ces tissus et ces cellules, l’organisme appelle le sang.

L'organisme consomme du sang.

Le sang sait comment agir, comment se faire consommer.

Le sang est porteur d’un savoir individuel, d’un système de connaissances personnelles, d’un type particulier de conscience : les connaissances et la conscience du Moi.

Alors, ton attention toujours braquée sur le sang, avec toutes ses particules grossies par le microscope, tu constates que c’est ton Moi qui y crèche.

Tu ne peux pas indiquer la forme et la position de ton Moi.

- La seule chose au monde qui ne porte et qui ne peux pas porter de nom c’est le Moi.

Quand je dis Moi, je m’indique moi-même autant aux autres qu’à moi-même. Quand c’est toi qui veux m’indiquer, tu ne dis pas Moi, mais Toi.

Le Moi ne peut pas porter de nom. C’est le phénomène du « Je suis le JE SUIS ». Le Moi c’est Dieu. Mais tout ça, bien évidemment, dans le monde d’aujourd’hui, c’est fou.

Vrai – mais fou. À la limite, vrai – donc fou.

Par conséquent, à ne pas nommer. À ne pas dire.

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Je sentis toute la valeur terrible de la chaleur.

Toute la subtilité – et celle du froid et celle de la chaleur.

Je pense avoir couché avec la vieille – Moi. _______________ Moi ? _______________ Patrice ?

 

 

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14 juillet 2020 2 14 /07 /juillet /2020 07:03

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 20

 

On se pose souvent des questions sur la force de cohésion qui organise les choses en structures atomiques, ces structures en substances, les substances en cellules, les cellules en organe, les organes en organisme, les organismes en corps, le corps en…

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Selon les bouddhistes, le non-moi permettrait la libération totale du moi. Le moi, dans l’absence du non-moi, reste inaccompli. _______________ Aujourd’hui, mon non-moi c’est ma mère. _______________ Célibataire. Hyper courageuse (je pense). Elle m’a cocooné grave. Je suis toujours en vie. Elle ne m’a pas étouffé. _______________ J'ai été élevé dans l’atmosphère du CHU. Elle y disposait, comme à présent, d’un petit deux pièces de service. Lorsqu’il faisait beau, je jouais dans la cour parsemée de malades en robe de chambre. Je courais dans les couloirs et les chambres peuplés de figures pâles des souffrants. Je respirais l’odeur unique de pommes de terre ou de pâtes cuites et d’antibiotiques. _______________ Aujourd’hui j'habite en ville. Je suis indépendant, on dirait. Autonome, plutôt. _______________ Nous sommes des organes d’un seul et unique organisme. _______________ L’esprit part du cerveau pour arriver aux bouts des doigts qui vont s’emparer de l’objet visé. Il n’y a pas de discontinuité entre nous, même si la qualité n’est pas la même au bout-(de)-ma-mère et au bout-(de)-moi-même.

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Elle me regarde comme une cellule quelconque d’un quelconque organisme qui vise une de ses paires, maman. Elle me regarde, la mort dans les yeux. Je parle de ma mort. Ça fait bizarre, ça, de voir sa mort dans le regard de sa mère ! _______________ Non ?

Elle sait que je vais mourir. Moi, pareil, je sais qu’elle mourra.

- Un jour ou l’autre.

Pareillement.

Mais nous savons chacun différemment cette chose.

Maman et moi.

<>

C’est toujours une question de froid. Le froid qui va m’engloutir a une autre couleur et une autre odeur – dans la perspective de ma mère – que celui qui va s’emparer d’elle – dans ma perspective.

J’ai ouvert largement et définitivement les yeux sur cette réalité à l’occasion de la rencontre avec l’Ineffable.

Plus précisément, sur le fait que le froid se substitue à la mort. Mourir c’est retrouver le froid initial d’où nous sommes tous issus. – La mort initiale.

 

 

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 07:58

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 19

 

Les regards auxquels Patrice a droit de la part de la famille du mourant, intrigués au début, sont aujourd’hui irrités, hostiles, presque malveillants. L’exception que représente Lucie confirme la règle. Plus encore, la présence de la jeune fille dans cette histoire devient une des sources les plus corrosives de l’énervement, de l’irritation des autres, des siens. _______________ Mon pouvoir de chaman, pourtant, et le fort savoir-pouvoir sous-liminal de ma mère, font que les réactions de la meute ne soient pas trop violentes. À cela il faut ajouter la gêne provoquée par les pseudo-départs/retours du vieux.

Ils ne veulent qu’il meure, ni qu’il vive.

C’est ce qu’ils ne veulent pas.

Mais que veulent-ils ? Que pourraient-ils vouloir ?

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Ce qui est fou et en même temps très bon ! Nous nous dévorons à trois l’un l’autre, l’Immortel, Lucie et moi. _______________ La mort qui ronge le vieux nous apparaît différemment à Lucie et à moi. Pour elle c’est de la couleur au bord du détournement, de la perversion. Pour moi c’est du chaud au bord de la glaciation. _______________ Après, tout part en vrille. Le vieux ne peut être pour Lucie qu’une lumière particulière. Un écho du crépuscule, couplé avec un écho de l’aube. _______________ Pour ma part, je ne peux être qu’une sangsue capable de fluidifier son suc vital rendu visqueux par l’âge et par la rancune, en le déplaçant dans mon esprit – et de là, dans l’esprit de tous, dans l’esprit tout court. _______________ C'est moi le créateur de tous.

<>

L’Immortel doit se poser des questions sur l’intérêt que je lui porte.

Qu’est-ce que j’ai à foutre de son état de santé, de son état de vie ?

Il doit se dire que, en réalité, ce que je vise n’est que le minou de la petite Lucie. Je ne le trouve pas assez fin d’esprit pour s’apercevoir que je guette aussi le noir et le froid qui s’emparent de ses cellules.

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Quant à Patrice, il regarde Lucie avec des tentacules de pieuvre._______________ La situation s'avère volatile et embaumée. _______________ Avec le vieux, elle regarde la mort comme jadis les filles de Loth. _______________ Elle se fait fertiliser par la mort de l’Immortel. _______________ La mort tarde de se montrer dans toute sa splendeur. _______________ Elle s'en charge de cette splendeur, la petite, la Lucie. _______________ Avec moi, elle plonge dans une complicité illicite mais fraternelle. Nous la justifions par l’abîme du temps ouvert autour de nous.

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J’ai beau parler du fait que l’on se dévore réciproquement. _______________ Le vieux mourant, la délicieuse Lucie et ma mère : des pitoyables pailles auxquelles je m’accroche pour ne pas sombrer dans l’incohérence. _______________ Une mort cellulaire (le vieux), une vision vaironne (Lucie), des puissances sous-liminales (maman). _______________ Ce qui compte, ce d’où l'on part pour y arriver. _______________ C’est moi, toujours moi, avec mes compétences et mes incompétences existentielles qui me rendent fou, qui me remettent à Dieu plein d’amour mais aussi d’abominables immondices.

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Question : Si j’ai fait l’amour avec la vieille, ne serait-il pas possible que – par symétrie ou par hasard – les choses se répéteraient « en miroir » avec Lucie et l’Immortel ?

- Ont-ils couché ?

- Ferraient-ils partie de mon auto-portrait ?

 

 

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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 08:32

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 18

 

Maman tue certains de ses malades. De l'aide miséricordieuse. _______________ De l’ambroisie pleine la bouche. À vomir. _______________ Je me dois d'apprendre à accomplir l'acte, moi aussi. En silence, aveuglement, au cœur du noir. _______________ Sans mots. Seul le lien mère fils sera mis à l'épreuve. Le lien si puissant qui a provoqué le suicide du Travesti.

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Dans la région de mon ventre où l’on trouve pas mal de pensées, je dois constater que j’ai parfaitement raison. Maman n’existe que parce que j’existe. J’ose pousser les choses encore plus loin : elle existe pour que j’existe ; j’existe pour qu’elle existe. Nous ne mourons pas. Nous ne mourons toujours pas.

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Les questions que je me pose aujourd’hui partent du spectacle offert par l’Immortel qui fait semblant _______________ de mourir, de vivre. Des questions partielles (comme toujours) rangées dans des parties adéquates de l’arsenal cognitif. On modifie la réalité en la disséquant. « Pour la connaître. » On l’abîme afin de la rendre cohérente, rangée, adaptée à notre imagination.

- Ce qui, évidemment, suscite des questions à l’endroit des limites de notre intelligence connaisseuse.

On ne sait pas d’où elle part. En revanche, on croit savoir où elle arrive et où elle se termine : dans la conscience.

Cette dernière, sorte de nuage psychologique, agit en double sens. Elle crée autant de trous que d'appels d’air. Elle demande sans discontinuer des connaissances nouvelles, afin de métaboliser les anciennes selon quelques lois spécifiques. En même temps, elle arrête la connaissance (le connaître) par l’injection d’une obligation limitative : celle de s’intéresser toujours et exclusivement à l’homme.

Même en explorant l’infini, le néant ou Dieu, on ne s’intéresse qu’à l’homme. On n’est intéressé que par lui. On convertit, on dévie, on disjoncte, on modifie, pour faire entrer le tout dans le moule humain infiniment fini.

- Connaître c’est conquérir.

La découverte est toujours et encore une invasion.

C’est valable pour la vie. C’est valable pour la mort. C’est valable pour Dieu.

C’est dans ce sens que la capacité de Lucie de porter un intérêt, tel que le sien, à l’égard de la mort, me trouble végétativement, m’inquiète, me masturbe et… m’absorbe.

Connaître c’est créer l’extérieur de l’homme. Et tant pis si on essaie de se connaître soi-même !

- Connaître, c’est fou !1

 

 

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1 Aussi, l’étrange attirance connaisseuse que je ressens pour le noir et pour le froid en train de pousser dans l'être de ce vieux enlaidit par sa petite rancune, ne m’inquiète pas vraiment. Si c’est fou, c’est fou ! Point !

 

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 08:32

 

Quatre formes nécessaire de folie obligatoire - Ne pas mourir 17

 

La tête de l’Immortel pue à gerber. Il meurt trop lentement. Ses cellules ne cessent pas de résister. Elles ne se suicident pas ; pas assez. Des zombies. Le vieux n’est plus qu’un zombie. Les déjections dérivées de sa physiologie spirituelle lui donnent l’air très sage. L’air de quelqu’un qui sait. Il a l’air de savoir ce qui s’est passé entre la vieille et moi. Avec moi et avec l’Ineffable. Mais moi (c’est-à-dire, lui, Patrice), je ne veux pas qu’il le sache. Je ne veux pas que le monde soit connecté à ce qui s’est passé entre la vieille et moi. Avec l’Ineffable et avec moi.

- Notre péripétie ne regarde personne !

Pourquoi fait-il briller dans ses yeux une telle flamme (comme s’il en savait plus sur moi que moi-même) ? Dans son regard, la haine et le sarcasme malveillant lacèrent incessamment le monde. (Un genre bien particulier de sagesse !)

Du coup, ses cellules en attente de suicide se mettent à exhaler une atmosphère nauséabonde interne.

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La question fendue et étagée qui s'avère plus qu’importante aujourd’hui, reprend ses contorsions torturantes : _______________ La vie et la mort et leur nature commune ! _______________ Les liens consubstantielles qu’elles tissent sans discontinuer ! _______________ Et tant pis pour la ressemblance et, au contrarie, pour la diversification des cellules. _______________ Pour la diversification de leurs vies et de leurs morts ! _______________ Tant pis pour la ressemblance et la diversification des organismes vaquant dans l'Univers – avec leurs vies et leurs morts intérieures unicellulaires !

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Ni la cellule, ni l’organe, ni l’organisme – et encore moins l’humain – ne peuvent exister autrement que « seuls à plusieurs » . Dans des singularités accélérées mais jamais abouties. En collectivité. Une collectivité ni entièrement biologique, ni entièrement mathématique, spéciale. Seuls à l’intérieur de leur propre contour incertain enjambé et percé sans discontinuer par ceux avec qui ils sont compatibles.

D’où la conclusion qui s’impose : il n’y a pas eu de cellule unique au commencement du monde.

À la fin du monde non plus, il n’y en aura pas.

Il n’y a pas eu une mais des cellules princeps, il n’y en aura pas une mais des cellules finales.

La vie-et-mort est une action (œuvre) collective.

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Lorsque je regarde ce vieux envenimé, je revois, avec trop de clarté, tout ce qui vient d’être dit. Ce sont des produits collectifs, ces gens-là, ses parents, sa race. Avec ses cellules mourantes qui me paraissent cryogéniques et malodorantes (mais qui, si l’on croyait aux toiles de Lucie, cacheraient des merveilles « coloristiques », « perspectiviques », « volumiques »), il est une expression de sa collectivité. Ses proches, qu’il rejette sans trop de conviction, y participent. (Comme les planètes à la vie du soleil1 ?) _______________ De même, ses souvenirs. _______________ Mais lui tout seul, il n’est le produit de rien. Il n’est rien.

- Jamais il ne sera une œuvre solitaire, divine.

 

 

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1 Culbute :

Si notre regard était matériel, il devait avoir une influence sur l’objet regardé. À la hauteur des modifications opérées par l’objet regardé sur et à l’intérieur de nous. Après avoir regardé un objet, le regardant n’est plus le même. _______________ Il a créé et consommé du regard. Il doit s'en ressourcer. Il doit convertir une partie de son énergie (c'est quoi l'énergie ; c'est quoi une partie d'énergie ?) en force regardante, en regard. _______________ Mais quid de l’objet regardé ? Dans un monde matériel, il doit y avoir modification autant à l’intérieur du regardant qu’à l’intérieur du regardé. Regarder n’est pas innocent. On ne regarde pas impunément.

Alors, quel est l’effet de notre regard sur le soleil ?

...Et si on prenait en compte tous les êtres dotés de vision, qui regardent au moins une fois par jour le soleil... ? (Les modification apportées à la masse vivante et regardante – et pas seulement –, plus les modifications apportées au soleil par le(s) capteur(s), donnent le vertige ; la nausée ; le vomi _______________ Mais assez d’intelligence dispensée à droite, à gauche, vers le haut et vers le bas – pour rien. Pour rien et rien et rien ! ! ! ! ! )

 

 

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 09:39

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 16

 

Je crois avoir couché avec elle. J’ai vécu cela dans la zone précise où mon esprit fait la jonction avec ma chair. Notre moment de fusion fut réel. Dans l’étreinte chaude-froide de ses bras peau-et-os, de ses cuisses maigres, décharnées, sèches, j’ai trouvé la chaleur nécessaire à une éjaculation sans paire. _______________ Il y avait tellement de tristesse autour de nous, que nous laissâmes échapper chacun quelques petits soupirs. Quelques petites larmes. Notre amour fut unique. De la vase brûlante et froide. Au bord de la mort. Volatile.

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Patrice, donc, ne serait pas loin de constater qu’il nourrissait des envies pas trop orthodoxe. Il se sent à l’aise dans ces limites. Elles lui étaient propres. Le définissaient. Entre la vieille, avec sa lumière vitale pleine d’amour et, plus tard, la jeune vaironne, avec la mort qu’elle faisait vivre dans ses peintures…

<>

Patrice capte la mort manipulée par Lucie comme une pré-mort. Aussi, comme une réalité située dans la zone du méta ou du para. C’est-à-dire, à l’extérieur de la mort. _______________ « - Dehors. » _______________ Il dira que ce que « produit » la jeune et vitale propriétaire de ces petits seins-ci, couleur pêche, aux bouts roses, n’a rien à voir avec la mort élémentaire. Il ne dira pas fondamentale (atomique, moléculaire), mais cellulaire. _______________ « - La mort de base siège dans les cellules. » _______________ Ce n’est pas une folie, ni une déviation. _______________ « - Les cellules meurent en se suicidant. » _______________ Leur mort, élémentaire, est auto-déclanchée. Une autre paire de manche que la mort totale, générale, absolue _______________ dans la mesure où elle vise non seulement la bio-vie (en contraste avec la bio-mort), mais l’existence même, dans son intégralité. _______________ Il ne veut pas aujourd’hui se prendre la tête avec cela. A d’autres soucis. Des soucis agréables. Heureusement. Parfois, de vrais plaisirs. _______________ Et ça, alors ça !, c’est fou ! _______________ « - J’adore ! »

 

 

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8 juin 2020 1 08 /06 /juin /2020 07:35

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 15

 

Je me vois _______________ grimper dans un arbre, choisir _______________ une branche grosse, solide, attacher _______________ la corde. Je mets ma tête dans le nœud coulant. Je me jette dans le vide. _______________ Il fait beau. L’automne est chaud. La lumière, éclatante. _______________ Je pédale dans le vide. Je pendule.

On me trouvera sur le tard _______________ très. Méconnaissable. Les yeux envahis par les fourmis et les vers, picorés par les oiseaux.

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La responsabilité n’est qu’une piètre bêtise. _______________ Une folie. _______________ Aucune frontière entre elles. _______________ On peut gloser à l'infini sur ce. _______________ Autant que sur la mort. _______________ Dans ma tête. _______________ Ou ailleurs. _______________ Un ailleurs indéfini mais protéique, charnel, présent. – là où cela se passe.

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Patrice s’est perdu de vue. _______________ Je ne me voyais plus. _______________ Déjà quand il se regardait dans le miroir, tout devenait inconsistant. _______________ Je n’avais plus de touche avec ma propre image. _______________ Ni quand le regard des autres (une autre sorte de miroir) aurait pu lui donner une image de ce qu’il était _______________ je ne comprenais plus ce que je pouvais être. Ni même en me torturant._______________ Ni même en se torturant l’esprit (dans le but de s’imaginer, au pire de s’inventer lui-même), le résultat n’était pas meilleur. _______________ Je n’existais plus, du moins pour moi-même. _______________ Les vampires n'ont pas d'image dans le miroir. _______________ Et tu parles d'un auto-portrait. _______________ Lorsqu'il se regardait, il se voyait confronté à la vieille Ineffable. Il se faisait absorber par elle, par ce qu'il apercevait d'elle, comme l’eau salée de l’océan absorbe l’eau douce de la terre et du ciel.

 

 

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Blog : www.alexandre-papilian.com/

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