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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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13 janvier 2019 7 13 /01 /janvier /2019 09:17
La robe oublié
 
- Je ne veux pas lui parler.
- À qui ?
Méloée bouge un peu sa tête, le menton vers le haut et en avant.
C'est à Lazare qu'elle ne veut pas parler. Celui-ci, sourd comme toujours, parle avec sa partenaire habituelle, la Jeannine.
- Et pourquoi, donc ? fais-je comme si je ne savais pas.
- Tu sais pas ?
- Nts !
- Il m'a menacée.
- Il t'a menacée...
Lazare va chaque jour voir sa femme gravement, voire totalement alzheimérienne, dans la résidence médicalisée où celle-ci est logée/nourrie/soignée. Il lui donne à manger à la petite cuillère, à 18 h. De temps en temps, la vieille le reconnait – ou quelque chose du genre. Il fait état de ses états d'âme :
- Elle a embrassé ma main...
Il souffre pour elle – en s'auto-agrandissant.
Il garde, à la maison, toutes les robes de sa femme.
- Elle n'en a plus besoin.
Il a prêté une de ces robes à Méloée. Celle-ci a tardé à la lui retourner. Elle a trouvé sur son répondeur un message de la part de Lazare. Un message menaçant : il était prêt à lui envoyer l'huissier !
- Je ne lui parle plus depuis.
Elle ne lui a pas retourné la robe pour autant.
- Il a même oublié qu'il me l'a prêtée.
Il était non seulement sourd, mais oublieux. – De toute façon, il n'en avait pas besoin – de cette robe.
- Qu'il lui envoie l'huissier !
Le salaud !
 
 
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12 janvier 2019 6 12 /01 /janvier /2019 14:35
Œuf de fou 1
- pseudo-satyricon -
(suite 48)
« Quelle est la différence
entre nous et une maison de fous ?
Ils ont une direction lucide, eux ! »
Blague audiovisuelle.
 
« La folie de l’homme raisonnable
est anatomisée à fond par
le clin d’œil du fou. »
Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57
 
 
Il nota dans le bloc-notes :
 
Elle n’avait pas encore un nom. Quant à lui, il avait perdu son prénom. Elle voulait se forger un nom. Lui, il ne voulait surtout pas retrouver son prénom. Il y avait quelque chose de bizarre, de déséquilibré mais de très bienfaisant en même temps dans cette situation qui n’était pas à la portée de tous. Il croyait toucher, dans cette aventure, au mélange explosif et totalisant du Grand Larcin et du Mélodrame, au nectar et à l’ambroisie extraits de la banalité, de l’informe, de l’anonyme, de ladite « unité des contraires ».
 
Et, en laissant une ligne vide :
 
Il n’y a pas de tristesse et de nostalgie comparable à celle du Grand Larcin. Pour moi, le larcin est lié au vol de poules. Mais le vol de poules, aujourd’hui, ne rime plus à rien. Par contre, l’élevage en batteries de poules et d’autres dindes-porcs, vaches-somons et asticots-bactéries vaccinatrices, voire vaccinatoires, domine la réalité humaine. La fabrication en série, y compris celle du vivant, nous prive aujourd’hui de quelque chose de très précieux, du larcin. Et, encore plus important, elle nous prive du Grand Larcin. Le larcin est inscrit dans l'ADN humain. C’est là qu’il devint Larcin. On ne le trouve pas ailleurs. Ou, au mieux, on trouve sa faible trace dans le monde spirituel, dans le virtuel, voire dans l’impossible – au grand maximum. Non, la vie est moche ! À peine supportable !
 
Heureusement, il nous reste la tristesse, la nostalgie. Ça c’est beau. Ça rend à l’humain sa grandeur. La femme se révèle d’un grand secours pour l’homme, dans cette direction. Et vice-versa. Le larcin ne peut subsister aujourd’hui que dans le domaine moral, c’est-à-dire là où agit l’amour ou là où il n’agit pas. Si ce que certains initiés disent était vrai, comme quoi avant le Grand Caprice j’aurais désiré souiller Dora, j’aurais raté des choses inoubliables. Mais, il n’en est rien. Ou je les ai oubliées. Quel gâchis ! Quelle horreur ! Oublier ! Oublier quoi ? Ses propres souvenirs. Rien d’autre.
On ne peut oublier que ses propres souvenirs.
 
Avertissement
Toute ressemblance
avec ce qui s'est passé,
qui se passe
ou
qui va se passer
à RFI
a été, est ou sera
fortuite.
 
Pareil pour toute différence.
 
 
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11 janvier 2019 5 11 /01 /janvier /2019 06:56
Œuf de fou 1
- pseudo-satyricon -
(suite 47)
« Quelle est la différence
entre nous et une maison de fous ?
Ils ont une direction lucide, eux ! »
Blague audiovisuelle.
 
« La folie de l’homme raisonnable
est anatomisée à fond par
le clin d’œil du fou. »
Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57
 
 
Stroë alluma l’ordinateur mais, avant de reprendre le texte là où il l’avait quitté la dernière fois1.
 
Avertissement
Toute ressemblance
avec ce qui s'est passé,
qui se passe
ou
qui va se passer
à RFI
a été, est ou sera
fortuite.
 
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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 14:53
Œuf de fou 1
- pseudo-satyricon -
(suite 46)
« Quelle est la différence
entre nous et une maison de fous ?
Ils ont une direction lucide, eux ! »
Blague audiovisuelle.
 
« La folie de l’homme raisonnable
est anatomisée à fond par
le clin d’œil du fou. »
Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57
 
 
- Tu n’as pas de prénom, continua Gnito. Tu l’as perdu. Moi, je manque de nom ; je n’en ai jamais eu. Et dans ce monde, rien n’existe sans son propre nom. Chacun doit avoir un nom. Le porter comme on porte un enfant ! Rien n’existe au-delà, au-dehors de son nom. Je veux dire, dans ce monde-ci. Dans ce monde où Adam à donné des noms à tout ce qui existe, sous l’ordre de Dieu. Kharacho ? Ce qui se trouve ailleurs, dans un autre monde, est trop dangereux. Alors, pour y parvenir, pour conquérir, pour se forger un nom – et c’est ça que je veux en premier, m’affranchir de ma contre-nature matérielle et me forger un vrai nom ! –, pour y parvenir, donc, la meilleure voie n’est autre qu’une carrière dans les médias. T’as pas besoin de qualités hors du commun pour t’y frayer un chemin. Tu peux t’y faire un nom sans rien. Y a tant de journalistes, par exemple, qui n’attirent aucun regard, pour ne pas parler d’attention, qui baignent dans l’océan d’anonymes, qui augmentent la banalité, la trivialité, l’entropie – parce qu’ils ont droit à la signature ! C’est dans ce sens que tu deviens mon Salut. Plus que ça, même. Mon Sauveur. D’ailleurs, je te l’ai déjà indiqué. Clairement. Tu es à la recherche du Grand Larcin et du Mélodrame. Moi, je les dépose à tes pieds. Et je te suce. Ce n’est pas un sacrifice (je n’en suis pas capable) mais une offrande. Je suis prête à acquérir un nom. Ce n’est pas simple, quand on n’y est pas destiné – et je ne le suis pas –, mais c’est réconfortant.
 
- Oui, mais ça peut être un crime. Acquérir un nom quand on n’en a pas, c’est-à-dire, en prendre un. De quel droit ? Du seul droit du Crime. Voilà ! Je ne sais pas pourquoi je pense à ça, mais…
 
- Ça c’est l’influence de Dora, ta dernière d’avant le Grand Caprice, dit Gnito en clignant des yeux avec une charmante malice rancunière. Et j’en suis jalouse. Je te l’ai déjà dit. Elle se trouve quelque part, ici, Dora. Quelque part près de nous, dans le post-caprice. Nous sommes en plein post-caprice. Ce qui ne change rien, à vrai dire. Mais, enfin, histoire de se situer dans le temps, n’est-ce pas ? Elle est là, et elle est venue te récupérer.
 
- Tu as l’air d’être très sûre de ce que tu avances.
 
- Naturellement. C’est mon naturel. Et j’en ai d’ailleurs de bonnes, de très bonnes raisons. Mais, chuut, elles doivent rester encore dans le noir. Je parle de ces raisons. Il faut s’en inquiéter. En tout cas, toi, ne t’en fais pas, toi. Ça va venir. Absolument ! Jusque là, contente-toi de te dire que je suis comme l’Archange Gabriel qui apporte la Bonne Nouvelle. Au monde. À toi. Cela d’un côté. De l’autre, dis-toi qu’elle avait parfaitement raison, Dora, là-bas, dans l’avant-caprice. Le Crime Universel attend le moment propice pour attaquer. Les guerres mondiales se sont avérées insuffisantes, lilliputiennes, inappropriées. On n’atteint pas, avec de simples guerres mondiales, un but de cette taille. Certainement pas. Les guerres restent toujours subordonnées aux idéologies. Le père Tolstoï, avec son incompréhension foncière et irrémédiable de la réalité historique, se retournera-t-il dans sa tombe ? Il n’a qu’à ! La guerre est idéologique ou elle n’est pas. Or, l’idéologie, passée ou contemporaine, ne permet pas le développement d’un projet de l’envergure du Crime Universel. Pourtant, ce Crime existe, il plane et guette l’apparition de sa propre expression, il s’insinue lentement, par des voies dépourvues de sensibilité (tel le système lymphatique de l’homme, le système bancaire de la société, par exemple, ou l’Internet), dans le monde moderne où tout devient possible, s’il ne l’était pas encore…
Stroë sourit avec intelligence et indulgence.
 
La belle sous-créature de l’effrayante Barbara se montra mortellement sexy !
 
Une fois le dîner fini, Stroë demanda du regard qu’on lui fasse un petit câlin.
 
On s’exécuta.
 
Stroë se retira.
 
 
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qui se passe
ou
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a été, est ou sera
fortuite.
 
Pareil pour toute différence.
 
 
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10 janvier 2019 4 10 /01 /janvier /2019 10:03
La Guerre des Cagnottes
Grande Époque ! La Guerre des Cagnottes est engagée. Des milliers de plus ou moins riches s'empressent de donner. Quel bel élan – des deux côtés ! Les Français manifestent leur besoin de rédemption (par rapport à un certain Harpagon qui gît dans leurs gènes) et leur générosité internationalisée (sous la forme matérialisée de leur Statue de la Liberté), en stimulant leur envie d'en découdre (avec une certaine haine de l'autre; avec une haine certaine – de l'autre), de défaire leur société, sans savoir quoi mettre à la place si ce n'est une agglomération pas trop humaine gérée par les impulsions puissantes du libre arbitre drapées en guerre(s) civile(s).
 
La guerre de Cagnottes est engagée ! Elle s'avère l'expression sans paire de l'Esprit (petit)Bourgeois, épigone de la Grande Stupidité piaculaire de la Révolution Générique et Générale.
 
Ce qui mérite, n'est-ce pas ?, un standing ovation.
 
Bravo !!!
 
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9 janvier 2019 3 09 /01 /janvier /2019 08:06

Stop !

Coralie est une soixante-huitarde exemplaire. Sa taille, moyenne. Ses jupes, longues et ternes. Sa natte, noire naguère, plus qu'épaisse et super-longue. Très myope. Ne porte jamais ni bas, ni chaussettes. À travers les barrettes de ses sandales, portées autant l'été que l'hiver (elle se déplace exclusivement en voiture, donc elle ne souffre jamais du froid), des orteils un peu tordus, montrent des ongles dont la propreté est « limite », voire « médiocre ».

Sa famille est masculine.

- Un mari et trois garçons.

Ils habitent dans un bled oublié du monde, en pleine forêt. Les garçons vont au collège et au lycée en prenant le bus scolaire. Le mari et elle même vont à leurs boulots respectifs en voiture. Ils en possèdent deux invendables. Des vieilles patraques.

Coralie s'occupe d'enfants très handicapés. Son mari, Louis, est psychologue.

- Aujourd'hui.

Justement : aujourd'hui. Auparavant il faisait de la poterie. Mais « la région ne s'y prête pas ». Pauv' Limousin ! Quelle idée d'être « l'épicentre de la porcelaine » ! Quelle idée de ne pas se prêter à la poterie de ce personnage ! Quelle idée de ne pas le laisser se développer artistiquement ! Quelle idée de le rater ! Quelle idée de fabriquer encore un raté !

Mais c'était de méconnaître le personnage. Il n'était pas du tout disposé à déposer les armes. Il s'est reconverti. Il est devenu psychologue.

La femme à la grosse natte et l'ex-potier psychologue ne se sont jamais marié.

- On a vu ça, d'ailleurs, même au sommet de l'État !

Ils ne se sont pas mariés, donc, jamais. Ils ont fait seulement trois enfants, trois garçons – ensemble. Ils considèrent que le mariage est bon uniquement pour les homos et pour les prêtres.

- À prendre au premier degré, s'il vous plaît.

S'il.

Le mari, après avoir dispensé ce type de conseils aux paysans en quête de réconfort psy, passe ses journées en préparant d'excellents pot-au-feu. Aussi, du cidre. Il danse très bien le rock. Il joue souvent le rôle de père fouettard.
Coralie, pour s'échapper un peu à l'atmosphère du foyer – « ça sent le bouc, partout et tout le temps » –, a chanté pour un laps de temps dans une chorale. Elle ne danse pas du tout. Et surtout pas le rock. Elle a une belle et agréable voix d'alto. Récemment, elle a découvert le bridge.

- Les boucs et les chèvres y sont vieux et vieilles.

Y.

Et inoffensifs.

Et.

S'il, y, et !

Stop !

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 13:59

Macro(n)-retraite

Lorsque les retraités d'aujourd'hui étaient des "actifs" et travaillaient, ils cotisaient pour les "inactifs", pour les retraités de hier. Aujourd'hui, lorsqu'ils sont à la retraite, "inactifs", ils doivent payer pour les "actifs" d'aujourd'hui.

           Ce sont des Macro(n)-retraites, des exploits intellectuels présidentiels et gouvernementaux uniques au monde, je crois.

 

Mes volumes Parents et enfants, Bagatelles cueillies et inventées dans un club de Bridge limousin par un Roumain d'origine divine et Œuf de fou sont en vente sur Amazon (version brochée), sur Kindle (version ebook).

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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8 janvier 2019 2 08 /01 /janvier /2019 09:23
Œuf de fou 1
- pseudo-satyricon -
(suite 45)
« Quelle est la différence
entre nous et une maison de fous ?
Ils ont une direction lucide, eux ! »
Blague audiovisuelle.
 
« La folie de l’homme raisonnable
est anatomisée à fond par
le clin d’œil du fou. »
Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57
 
 
- Ça peut paraître paradoxal, dit Incognito en reprenant de toute évidence une conversation interrompue tout à l’heure, mais le Nirvana n’est que du pur Oubli. Certes, la partie chrétienne de l’homme – de l’humanité ? de l’humain ? – se révolte en entendant cela, mais c’est vrai. Avant d’atteindre le Nirvana, il faut exister ailleurs, dans le non-Nirvana. Avant d’atteindre l’Oubli, il faut exister ailleurs, avec ou, ce qui revient au même, dans le non-Oubli, c’est-à-dire avec ou dans le Souvenir. Tu n’es pas d’accord ?
 
Sceptique, Stroë tordit légèrement ses lèvres carmin qui contrastaient avec l’ensemble brun-pâle de sa figure rectangulaire et pour l’occasion énorme.
 
- Tu me regardes comme si tu ne me faisais pas confiance, dit Gnito (diminutif de l’Incognito, le nom emprunté pour l’occasion par cette belle créature toujours barbarique – dans le sens de sous-créature de Barbara – mais post-capriciale). Je comprends ça. Je peux comprendre. Mais il faut que tu acceptes une évidence. À ton tour ! Nous sommes complémentaires, nous deux. Absolument complémentaires. Non seulement en tant qu’homme et femme aux alchimies réciproquement attirables, attirantes, mais en tant que personnes déficitaires au niveau identitaire.
 
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7 janvier 2019 1 07 /01 /janvier /2019 07:33
Œuf de fou 1
- pseudo-satyricon -
(suite 44)
« Quelle est la différence
entre nous et une maison de fous ?
Ils ont une direction lucide, eux ! »
Blague audiovisuelle.
 
« La folie de l’homme raisonnable
est anatomisée à fond par
le clin d’œil du fou. »
Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57
 
 
 
Vêtue d’un simple mais très sexy, beau et fin tablier bleu à plastron et de chaussures élégantes à talons aiguilles, Incognito faisait cuire des côtes de porc. Elle exhibait devant Stroë ses fesses fermes, très bien situées, ses longues jambes élancées, son beau dos à la peau fine et lisse.
Autour d’elle, air et lumière étaient une seule et même chose.
Attablé au milieu de la grande cuisine, Stroë, à peine rentré, sirotait un whisky sans glaçons.
 
Il regardait sa compagne d’un œil bienveillant. – Celle-ci écarta un peu les jambes.
 
- Ça te va, la vue ? dit-elle en tendant ses deux bras – dans un élan joyeux et sado-masochiste de crucifixion domestique –, pour sortir le sel, le poivre et les herbes du placard. Tu veux voir plus ? Mieux ?
 
Stroë émit un grognement de plaisir.
 
La belle femme tourna la tête vers lui, les yeux verts brillant avec intensité. Sur ses joues rondes à la peau de pêche, deux fossettes indiquaient qu’elle souriait. Elle était de bonne humeur.
 
Pour la nouvelle arrivée dans la vie de Stroë, être de bonne humeur n’était pas encore une habitude et d’autant moins encore un tic ou une manie, comme il arrive souvent.
 
- Être de bonne humeur n’est qu’une obligation
supplémentaire, dont une femme doit absolument s’acquitter, avait-elle récemment chuchoté en plein entrain marasmatique, en plein marasme euphorique de plaisir et d’auto-admiration.
Elle s’approcha de Stroë et prit une gorgée du verre de celui-ci. Ses lèvres rose-pâles jetaient des éclats exquis.
<>
La jeune et belle femme – nue sous son tablier et dans ses chaussures à talons hauts –, qui faisait cuire des côtes de porc, était, soulignons-le, une des sous-créatures de la très hideuse Barbara.
 
D’une manière plus qu’habituelle – naturelle ! – Barbara se sentait pleinement femme.
 
- Une femme moche souffre. La souffrance rend vrai. Surtout lorsqu’il s’agit d’une femme. La femme, pour être vraie, doit souffrir. Une vraie femme se doit d’être au moins laide sinon épouvantable, horrible et horripilante – pour bien/beaucoup souffrir ! C’est une nécessité absolue et urgente affirmait-elle assez souvent.
 
- Pourtant, comme on vient de le voir, elle n’était pas hostile que nombre de ses sous-personnes soient de bonne humeur.
Habituellement, Barbara vaquait dans le pré-caprice.
Pas toujours, c’est vrai – mais quand-même.
 
Pas maintenant, en tout cas. Elle gambadait, maintenant, dans la cuisine où, en épousant les formes splendides de la souriante Incognito, on préparait des côtes de porc, et où on sirotait du whisky... Nue sous son tablier et dans ses chaussures à talons hauts, faisant cuire les côtes, la nouvelle compagne de Stroë n’était pas épouvantable, comme elle aurait pu être en tant que sous-créature de la grande et terrifiante Barbara. Non. Elle était splendide. Elle paraissait sortie directement d’une BD coquine grand public. Pour le public le plus grand possible. Pour le public énorme !
 
(Pas question donc de pré-caprice ou de caprice tout court. – Encore que, qui sait !...)
 
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6 janvier 2019 7 06 /01 /janvier /2019 10:13
 
 
Secret de famille
 
Chaque famille avec son secret. Chaque secret avec sa famille. Chaque famille avec sa famille. Chaque secret avec son secret.
 
Voilà comment je vois les choses après avoir appris certaines choses sur les frères Fusade-Coudrier. Agricole et Casimir.
- Ils jouent toujours ensemble, l'un en face de l'autre – au bridge, l'un après l'autre – au golf.
 
À croire donc qu'ils vivent en pleine harmonie, voire en pleine symbiose.
 
À croire.
 
L'un est veuf et cavaleur ; l'autre, homo et célibataire, n'a jamais été marié. Ils vivent ensemble, dans la maison familiale que l'on n'a pas voulu vendre.
 
Ils ont un seul enfant.
 
- Ils ?
 
Yes. Ils. C'est l'enfant de tous les deux.
 
- Une fille.
 
Une vieille fille, plutôt.
 
- En tout cas, aujourd'hui.
 
Elle habite avec eux.
 
- C'est la femme du foyer.
 
Elle tient bien la maison. Une vieille demeure « actualisée ». La pierre granitique, bien mise en valeur, dégorge d'uranium, je crois. Ils sont en vie, pourtant, les deux vieux et leur fille. Les murs ainsi soignés, font bon ménage avec les vitres, le bois et les cadres d'aluminium qui « américanisent » l'habitation. Dehors, les deux frères ont fait construire une cabane dans un arbre. Une fantaisie. Comme ça.
 
- Pour rien.
 
Pour.
 
La soirée s'achève d'une manière assez idiote. Je me retrouve entre les jambes de la fille. Elle me confesse le secret de sa famille :
 
- Je ne sais pas qui est mon père : l'un ou l'autre de mes oncles ?...
 
Selon la femme échevelée qui mélange ses soupirs de plaisir avec les miens dans le noir de sa chambre, c'est l'homo qui serait son père biologique. Car sa belle sœur, la femme du coureur, se serait ainsi vengée de son coureur de mari, une nuit de Saint Sylvestre... Elle aurait soûle l'homo, et...
 
- C'était une performance, hein !
 
Mais qu'importe le spermatozoïde qui s'était donné la peine de mourir hier, pour fleurir dans la viande vivante de la femme soule et larmoyante d'aujourd'hui, femme qui m'embrasse du tonnerre, dépressive, perverse et sans espoir !
 
- Je suis où et quoi, moi ?
 
Et quand ?
 
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