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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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6 juin 2020 6 06 /06 /juin /2020 08:22

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 14

 

L’art de l’autoportrait ne m’est pas familier. Mon autoportrait n’est même pas une ébauche. Ni caricatural. Il est une autre chose que moi-même.

Je trouve que ma folie, ma vérité (ma mort ?) est d’une autre nature que celle qui accompagne la vision de soi-même. Qui la détermine.

En tout cas, si je m’occupe encore de moi-même, c’est par conditionnement et par fatalisme.

<>

Quand je parle de Patrice (de moi), je le mets dans un autoportrait. Idem pour les cas où Patrice (moi) parle de moi (de Patrice).

- On me fait du tort lorsqu’on me met dans un autoportrait.

Dire que les religions qui interdisent la représentation et de la figure humaine et de celle de Dieu, n’aurait pas tort.

 

 

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2 juin 2020 2 02 /06 /juin /2020 07:04

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 13

 

Je suis un homme sans monde. Une personne sans monde. Quelqu’un loin de toute histoire, loin d’avoir une histoire, loin d’être un personnage. Le monde grouille d’histoires et de leurs personnages. Je ne suis pas l’habitant du monde des histoires composant l’Histoire, voire l’Humanité. Ce monde a besoin de personnages porteurs d’histoires. Je n’en ne fais pas partie._______________ Je me permet de dire que, si j’existais, je devais être le JE SUIS._______________ Je ne suis pas une personne trop sympathique.

<>

Si l’Histoire voulait nous porter, avec ou sans histoires, nous lui souhaitons beaucoup de courage. Ça ce fera sans nous. Nous ne portons pas les histoires (les envies, les rêves) de l’Histoire._______________ Nous, Patrice-Moi, n'avons pas des qualités qui fassent frémir. Nous n'avons pas des qualités tout court. Même si ce sont les qualités de tout un chacun qui rendent le monde saisissable, qui lui donnent de la consistance, qui créent sa réalité.

<>

Pour la vieille, les différences entre l’âme, l’esprit et la volonté étaient devenues insaisissables. Il n’y avait pas d’affrontement entre la vie et la mort. La vie et la mort étaient, sinon la même chose, de la même nature.

Pour le vieux, au contraire, le clivage entre la mort et la vie se montre beaucoup plus fort. Ses cellules s’efforcent de mourir selon la règle qui leur avait été donnée. _______________ Mais on s’y oppose. _______________ On : la famille de l’Immortel agacée. On : un mauvais Dieu.

<>

Pour moi, le corps truffé de neurones dont l’activité contourne l’univers de la parole _______________ l'univers qui parle _______________ les mots sont inutiles. En tout cas, inadaptés.

(Ce type de neurones ont affaire par exemple aux couleurs ou aux odeurs. Ils fabriquent des couleurs ou des odeurs dans le corps humain. Des couleurs ou des odeurs différents, parce qu’eux-mêmes, ces neurones sont spécifiques, différents.)

D’une certaine manière, c’est cette qualité qui m’attache à Lucie. Pour elle c’est pareil. Elle n’est pas adaptée à la parole mais aux formes et aux couleurs (qu’elle porte de par le monde autrement que la plupart des gens).

 

 

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 07:10

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 12

 

Un jour, quelque chose se passa dans un endroit bien caché de l’Univers1. Les répercussions sur Patrice, sur ses interrogations (ni scientifiques, ni empiriques, ni psys, ni non-psys), sur sa mère, sur sa Lucie, sur son Immortel se firent sentir comme un grondement roulé parmi des infrasons. Comme une explosion d’infralumière. Comme une promesse de chaleur extérieure, non-recevable _______________ fausse.

Patrice allait se trouver, au temps de l’histoire présente, devant une réflexion dont il ne pouvait pas encore mesurer l’amplitude : _______________ L’identité de l’Immortel serait tributaire à ses enfants. Il paraît. L’identité de tout un chacun est faite surtout de et par ses enfants. De et par son appartenance à ses enfants.

Alors, l’identité du vieux ?

Faisions-nous une fixation à ce sujet ? Nous n’avons pas des rejetons, Patrice et son moi, moi et son Patrice. Ça voulait dire que nous n’aurions pas d’identité ? Fuirions-nous notre identité _______________ Patrice _______________ moi ?

 

 

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1 On compara le phénomène à la future introduction d’un logiciel d’Intelligence Artificielle dans une masse vaporeuse, informe. Une introduction ratée, bien sûr, car décidément prématurée. La masse était trop grande, vaporeuse et informe pour le petit logiciel abandonné au milieu de ses courants chaotiques. Le transhumanisme n’était pas encore en vogue. Le monde ne s’inquiétait nullement à l’endroit de ce fléau en état de pré-incubation. L’infini et l’éternité se tenaient aux carreaux. Seulement quelque illuminés s’en préoccupaient. Et encore pas tous en même temps. C’était encore un divertissement. Quelque chose pour les philosophes ou assimilées, et non pas pour les cerveaux sérieux.

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 08:52

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 11

 

L’haleine de Lucie est parfumée, fine. Très propre. Ses entrailles envoient au monde une agréable fraîcheur chaude, qui me subjugue.

Nous rentrons de chez MacDo. Nous nous y sommes retrouvés à midi pour manger un morceau ensemble. Pour oublier un peu la hantise qui nous torture.

Nous ne sommes plus de ce monde, on dirait. Au lieu de penser chacun à soi-même, on pense à la mort, moyennant la mort de l'Immortel.

Nous guettons la mort. Les morts. Chacun de son côté. Nous sommes effrayés. Nos âmes, trop jeunes pour de telles confrontations létales, trouvent refuge et réconfort dans un baiser… tendre et réciproquement compréhensif. _______________ Nous savons chacun l’épouvante de l’autre. _______________ L’atmosphère de complicité indifférente, régie par des réflexes rassurants, a estompé l’angoisse sourde et silencieuse. Nous a apaisé. _______________ Il est bien de s’incarner de temps à autre ; de retrouver ainsi la chaleur, la pulsion sanguine ; de s’écrouler – dans une forte érection ; dans une forte pénétration ; dans une forte absorption ; dans une forte éjaculation ; dans un fort orgasme ; dans un fort abandon de soi ; dans une forte sortie de soi ; dans une forte pénétration de l’autre. Il est bien de se perdre ainsi _______________ (pour) s’y retrouver.

 

 

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2 mai 2020 6 02 /05 /mai /2020 08:58

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 10

 

On s’opposa à l’intervention de l’Histoire dans son existence. _______________ Une place toujours plus grande fut réservée au chaos, à l'Occident. _______________ Et au mauvais goût partout – par le Vide Universel. _______________ Patrice fut secoué par un sentiment étrange. Du héroïsme inutile. _______________ Sa petite Ineffable, recroquevillée, endolorie se montrait toujours maîtresse de ses réactions. Et de ses réflexions. _______________ Les livrait avec douceur et parcimonie. Prenait soin de ne pas fatiguer son interlocuteur, de ne pas l’envahir. Comme s’il ne s’agissait pas des réactions ou des réflexions, mais des appels adressés à l’avenir._______________ Des… prévisions. _______________ L'Ineffable était un champs parfait pour cette bataille. _______________ Prenait un raccourci très raide et déclarait vouloir comprendre le monde scientifiquement et se l’approprier artistiquement. Du romantisme caduc mais très fort. Une tâche surhumaine, sans doute. Impossible peut-être pour elle, en tant que femme, en tant que mère. Ou, qui sait, en tant que malade. _______________ Malade de son fils.

Le fils de la vieille, le travelo, était un zombie qui tirait (tétait) son énergie existentielle (maladive, déviée, d’avorton admis temporairement parmi nous) de sa mère. _______________ Cosmiquement parlant (oui, cosmiquement, et tant pis pour ceux qui n’ont pas le courage de reconnaître leur propre dimension cosmique), si l’Ineffable pouvait être comparée à la Terre qui, tout en recevant beaucoup d’énergie du Soleil, possédait quand même une certaine capacité énergétique propre, le fils pouvait être assimilé à la Lune. _______________ Tant il était exsangue, an-énergique, en montrant toujours au monde la même face livide et inanimée.

- Cela étant, continuait Patrice, il est étonnant que les esprits auxquels j’ai affaire ne se montrent sensibles qu’à l’éventualité de l’extinction du Soleil. Ils n’examinent pas la possibilité de la disparition des planètes. Ils ne voient pas l’utilité de calculer les conséquences que ce fait pourrait avoir sur l’équilibre (vu comme un processus métabolique) du Soleil. _______________ De même, je n’ai jamais entendu quelque chose concernant la disparition de la lune, qui pourrait ébranler l’existence terrestre.

Consommer et/ou fabriquer de l'énergie. Dans quel but ? _______________ C'est quoi l'énergie ? Dans quel but serait-elle quelque chose ?

 

 

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20 avril 2020 1 20 /04 /avril /2020 06:57

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 9

 

Toujours de la physiologie immatérielle. _______________ Patrice prend en compte le cas de l’Immortel.

L’état interne du mourant revenu parmi les vivants lui était devenu subitement très clair. L’Immortel n’était plus capable de faire. Mourir c'est faire et il ne mourait pas. La métabolisation de son esprit, cas minuscule, voire négligeable, de la Grande Métabolisation, n’était pas une création, comme dans le cas de Lucie, mais une excrétion. L’esprit métabolisé, dans son cas, était de la matière corrompue. Il était laid, vieux ; il puait de tête.

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À travers l’Ineffable j’ai aperçu l’Esprit. La matière connue (happée !) par elle s’était dissoute, était devenue transparente à l’intérieur de la vieille. La matière y mutait – notamment en Esprit. _______________ Ils ont quitté la matière, la vieille et son esprit. Ils ont quitté la matière où je demeurais. Ils ont quitté mon extérieur pour gagner mon intérieur, pour envahir mon intérieur – où je n’y étais pas ; pour m’envahir intérieurement. _______________ Avec son fils, les choses se sont passées dans le même registre, mais différemment. La matière y est devenue Désespoir. Pour très peux de temps. _______________ Il se suicida.

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Lorsque la vieille trépassa, la cause de l’existence de son rejeton – prolongée en raison d’être – cessa d’agir. Elle se vida de contenu. D’où le Désespoir et la soif de Néant de ce rejeton. Dont j’en hérite. Sous une forme ahurissante qui ne porte pas de nom ni de contenu.

De côté de l’Immortel, le processus prend le sens contraire. L’esprit devient pesant et opaque. Il renferme le noir de plus en plus pur et lourd de la Matière qui se dirige vers le centre de la gravitation.

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La cabine de l’ascenseur s’arrêta et le brancardier poussa vers l’intérieur la civière sur laquelle se trouvait l’Ineffable. Vieille, menue, ratatinée, avec une expression de souffrance et de grande compréhension sur sa figure. Mais pas seulement. De tout son être exhalait une dimension, une valeur, comment dire, post-humaine. _______________ Inhumaine. (Déjà.)

Après la civière et après le brancardier, c’est le Travesti qui se faufila dans l’ascenseur. Il me salua d’un geste court et sec. Il n’était pas trop pomponné ce matin. Il était presque masculin.

La vieille esquissa un sourire. Un très faible mais très doux sourire. Adressé à personne.

Quant à son fils, il était de toute évidence abasourdi. Elle allait mourir. _______________ Elle fit un geste. Une ombre. Un zeste. Elle voulait dire quelque chose. Son regard était devenu un gouffre béant. _______________ Son fils se pencha vers elle, en la dévisageant intensément. _______________ Elle avait déjà détourné son regard. Elle était déjà perdue.

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Des courts circuits, des raccourcis ! Je sens la rupture, la Grande Rupture qui fend mon être en deux parties inégales et totalement séparées. _______________ Pour Patrice le monde actuel devenait le théâtre d’un clivage qui remettait en question nos idées sur la dimension.

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Une rupture se fit sentie. Le film n'était plus visible. _______________ Patrice n'était plus visible. Il était caché derrière une cloison de non-savoir. _______________ Difficile de dire s'il se cachait ou s'il était caché. _______________ L'ignorance étouffait le monde. _______________ L'Ignorance était en lui. L'ignorance c'était lui.

_______________ _______________ Délire ? Délire ! _______________ _______________

La bataille se donnait dorénavant entre l’adimensionnelle Machine Occidentale et l’Immensité Orientale. Deux géants illimités kitsch à qui mieux mieux, très différents et très puissants, voire déterminants. La Machine Occidentale acceptait le Chaos et, comme conséquence justificative, la volonté. L'Immensité Orientale était en manque de volonté (comme de beaucoup d'autres choses) car rapportée au Vide, au Rien.

Le vieux délirait. _______________ Sérieux ? _______________ L'immortalité le torturait. _______________ La vérité se trouve à l'extérieur. Dès qu'elle pénètre l'humain, elle cesse d'être. L'humanité est le bourreau de la vérité. _______________ La vérité ne peut être domestiqué. Comme preuve, la mort. Dès qu'elle pénètre l'homme elle le déshumanise... _______________ Les parties engagées dans cette confrontation asymétrique nouaient des contacts inattendus et incongrus. _______________ Patrice s’efforçait de repousser une forte sensation d’inconsistance. _______________ Les énergies déchaînées en présence s'avéraient furieuses, démontées. La fureur primaire, élémentaire s’érigeait, dans la déboussole du jeune médecin, en cause initiale des deux dernières conflagrations mondiales. _______________ (L’Histoire ne voulait pas s'effacer.) _______________ De toute évidence, je me perdais dans une scénographie inattendue. Dans une géographie inconnue. Dans une cosmographie indétectable. Qu’est-ce que les deux Guerres avaient à foutre dans ma vie actuelle ? _______________ Cette Histoire, alors !

 

 

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11 avril 2020 6 11 /04 /avril /2020 08:36

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 8

 

Je regarde le vieux à la tête puante. Il tient les yeux fermés. Il respire lentement. À peine audible. Il est calme. Ses mains sont osseuses, immobiles, osseuses et propres. Sa tête puante pue la vie. La vie est toujours présente dans la pièce. Il est toujours en vie, lui. Le mort c’est plutôt moi, Patrice. Ma vie est... morte. Elle existe toujours pour autant. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai l’esprit trouble, opaque. J’ai peur. Je me retrouve dans l’Esprit paternel d’Hamlet. Inquiet, assoiffé d’une vérité appelant la vengeance. Ou, Dieu sait. Plutôt non.

- Je ne sais pas quel sont mes besoins.

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Pour être Homme, il faut être seul. La norme humaine doit être la solitude. L’homme doit beaucoup à la solitude. À sa solitude. Entre sa naissance et sa mort, il vit en communauté et maltraite sa solitude ontologique. C’est son délire particulier, spécifique. Son délire vital. Une extravagance.

Entre sa naissance et sa mort, l’homme est irrationnel, dément. Son essence c’est la déraison. Il est l’incarnation de l’escapade. L’incarnation du sens perdu. Son champion.

Pour être Homme il faut être fou. Tout simplement. La raison d’être de l’Homme, c’est tout simplement la folie.

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Les proches du vieux sont loin de partager mon opinion. Je dirais même plus : ils n’en ont rien à cirer. Ils ne savent même pas que j'ai concocté une opinion. _______________ Désagréable. _______________ En tout cas, Patrice ne leur en parle pas. _______________ Je me contente d’échanger avec eux des banalités. Ils peinent à cacher leurs interrogations concernant notre présence, celle de ma mère et la mienne, au chevet de leur père. _______________ Finalement, nous devons leur paraître assez bizarres avec notre « dévotion » professionnelle _______________ suspectes.

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La vie terrestre commence à m’échapper. Opinions comprises. Elle ne me manque pas pourtant. Ni les opinions. La gravitation m'abandonne, me quitte. La terre ne me retient plus. Le soleil ne m'attire pas. L'impondérabilité se déchaîne dans tous les sens _______________ sans raison.

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J’évite de rencontrer les progénitures du vieux. Pas facile. Depuis son retour chez lui, ils viennent tous le voir presque tous les jours. Tous. Et tous les jours. _______________ Leur éternité à eux ! _______________ L’appart de ce précadavre sert plutôt à des rencontres familiales qu’à une veille. Parfois, j’imagine, ils y tiennent même des conseils de famille dans le séjour. _______________ À côté, dans sa chambre, le vieux ne veut pas mourir. Il ne veut ou il ne peut pas. _______________ Il n’a pas un alter-égo approprié.

Pour me protéger – je crois l’avoir déjà dit – je plonge bille en tête dans une activité soit-disant systématique. Je métabolise des réflexions disparates et, en tant que secrétions/excrétions de leur métabolisation, je pratique la fuite en avant. _______________ Je touche (à) la mort pour me préserver de la folie. _______________ Le désordre disparaît, absorbé par des cases inexistantes ailleurs que dans nos têtes de « scientifiques ». _______________ Pour toucher (à) la mort, j’ai mon métier. Lorsque je veux faire sublimer ce métier en art, j’ai Lucie. _______________ (Mais maman, quand est-ce que j’ai maman ? Maman ! !)

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Lucie, de son côté, plonge dans une expression artistique qui refuse la logique et qui s’avère d’autant plus contagieuse. Elle est trop jeune pour pouvoir créer véritablement. _______________ À peine pourrait-elle tomber enceinte. _______________ Enfin ! Voyons ! _______________ Elle calligraphie des idéogrammes sur papier et sur soie. Elle étale des couleurs et des lumières sur des cartons et toiles.

Lorsque Patrice regarde ces peintures, il met une césure entre la couleur et la lumière. Il le fait d’une façon intime.

C’est bon et puissant.

Et moi, Patrice, je suis dément. _______________ C’est mon droit. Ma force. Ma non-mort. Ma vie.

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Les idéogrammes de Lucie transmettent des sentiments-pensées. _______________ À voir – en termes d’auto-transmission – comment se perpétue la civilisation actuelle dans un univers de signes dévitalisés, comment « la culture en soi » fonctionne dans l’aride – sans cause, sans apport, sans support et enfin sans but humain : dans l’inhumain. _______________ Il s’agit, en général, des sentiments-limites, des réalités qui n’ont pas de symbole. Qui n'en auront jamais.

Tombant dans « une flaque d’intelligence », je dirais qu’à l’instar de la nature profondément contradictoire des choses, une terrible énergie rayonne des écriteaux de Lucie. C’est une espèce de physiologie immatérielle a-symbolique, irréelle, habillée tantôt en coup de canon, tantôt en expansion lumineuse soudaine et resplendissante.

 

 

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 09:14

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 7

 

Quant à Lucie, j’embrasse les roses de ses seins, j’absorbe sa salive, j’aspire et pénètre son âme parfumée, le feu doux de son sexe soyeux. _______________ Avec tout ceci, elle fait des tableaux de la mort. _______________ Avec sa vie. _______________ Avec la mienne. _______________ Avec celle de ceux qui meurent qu’elle peint. Exemple : la vie, en tant que mort annoncée, de son grand-père. _______________ Avec tout ce qui meurt en elle, en Lucie, en tant que vie annoncée à peine. _______________ Avec tout ce qu’elle fait vivre dans la mort, Lucie.

Ça me fout la trouille.

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Il a quelque chose d’un père, Patrice, lorsqu’il approche Lucie. _______________ Un père incestueux. _______________ Le mien, je ne le connais même pas… _______________ Elle joue un peu – beaucoup – la Lolita. _______________ Je guette avec une certaine tendresse nostalgique son avenir de femme, de calice volcanique de la fécondité et tout ce que ça veut dire en termes de souffrance et de joie.

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Je sens le putride même quand il s’agit de doses homéopathiques. _______________ Patrice a la vision fulgurante de l’avant-embryon en train de mourir. Il sent cette mort d’une manière particulière. _______________ Il s’agit du fruit de ses propres entrailles. Pas d’air, pas de lumière, un noir tiède, pas de souffrance quantifiable. _______________ Il ignore à qui appartient la fertilité féminine en question. Sa masculinité lui suffit _______________ pour engendrer une sensation, voire un sentiment.

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Elles sont certainement très seules, maman et Lucie. Elles touchent (à) la mort. La mort reste la même. N'est-ce pas bizarre ? _______________ Toujours est-il que la mort du papillon n’est pas la mort de l’éléphant, de la poule, du microbe et j’en passe. Chaque mort succède à une vie particulière, singulière. Elle évoque une vie bien particulière, bien singulière. Sinon, comment ? _______________ À ne rien comprendre, finalement. _______________ Et puis, à quoi bon comprendre ?

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            Elles se soupçonnent réciproquement. Elles sont chacune l’explication de l'autre _______________ et sa. Elles se vampirisent réciproquement.

Par ailleurs, je ne capte pas la vision de la mort portée par les enfants de l’Immortel. Ils s’efforcent de le retenir ici, à coté d’eux, à coté de nous. Pourquoi ? _______________ Considéreraient-ils que la vie serait quelque chose de bon qui impose d’être vécue dans toutes les circonstances possible ? (Cas où ils aimeraient le vieux.) _______________ Ou bien, auraient-ils peur de la mort, quoi qu’elle soit, où qu’elle soit, tout simplement ? (Cas où ils se sentiraient obligé de « sauver » leur père tout en le haïssant pour le mal qu’il leur provoque, avec sa méthode à lui de ne pas mourir ?)

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Patrice, paraît-il, serait autorisé de se poser des question compliquées et idiotes. Le vieux doit mourir. C’est la loi du vivant. Mais nombre de gens s’y opposent. Y compris lui-même, le vieux. Y compris lui même, Patrice, le médecin-chaman. Y compris elle-même, la mère de ce dernier, l’infirmière en chef, dont on disait qu’elle pratiquerait « un certain art ».

L’Immortel ne se laisse pas mourir. Il obéit à sa famille, qui lui crie dans les oreilles, qui le gifle, qui le pince.

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Tout le monde le sait, il faut tuer le père. C'est une obligation ontologique. Si l'on le laissait en vie, on n’était plus un être humain constitué. Il n’y a plus d’espoir pour l’humanité si le père n’est pas tué. _______________ Mais dans quel monde vit-on ? se demande Patrice. Quel père pourrais-je tuer, moi. Mon père m’est inconnu. Le père m’est inconnu. À jamais. _______________ Des spasmes larmoyants me suffoquent. Je suis mélodramatique. Humain. Mélodramatiquement humain. _______________ Mon père c’est ma mère.

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Le rapport de Patrice aux enfants a été longtemps nul. _______________ Je n’y pensais même pas. _______________ Il y a peu de temps, sa psyché fit un saut qualitatif important. _______________ Lorsque je faisais l’amour à Lucie, je sentais une impulsion fertilisante venue de mes entrailles les plus profondes, de mes tréfonds ou même de l’au-delà d'eux. _______________ Patrice voulait faire un enfant à la gamine. Il voulait l’aimer jusqu’à la maîtrise totale. Il voulait la maîtriser, jusqu’à l’amour total. _______________ Je suis, comment dire, nostalgique.

- Honteux et nostalgique et bien.

 

 

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 09:09

Quatre formes nécessaires de folie obligatoire – Ne pas mourir 6

 

Qui a été mon père ? Malin celui qui pourra le dire. _______________ La mère de Patrice garde bien le secret. Elle embrouille les pistes. _______________ Un jour elle s’est risquée en déclarant qu’il s’agirait d’un agent de la RDA ; ou de la Hongrie ; ou peut-être un Lituanien. Un type de l’Est, mort ténébreusement après avoir déposé son obole de sperme dans le vagin de ma mère. _______________ Après m’avoir conçu. Partiellement. _______________ Très. Très partiellement. _______________ C’est maman qui a fait le gros du travail. _______________ Le gros des gros.

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Conformément à toutes les probabilité, Patrice ressent le manque et le besoin de père. _______________ C’est peut-être vrai : j’ai un problème d’âme. Un problème de père.

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Maman va voir l’Immortel d’une manière soutenue. Pour le préparer, peut-être. _______________ Lucie, elle, va le voir pour surprendre le moment du passage naturel. Pour extraire les formes et les couleurs qu’elle seule peut voir... Pour vivre le passage et pour faire exploser les couleurs, peut-être. Et les formes. _______________ Du coup, elles se rencontrent, agissent en bonne entente mais sans se comprendre, dans la même direction. Elles ne sont pas faites pour se comprendre, mais pour s’entendre.

Je me hisse entre et contre elles, concerné par leurs affaires macabres.

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Notes Initiatiques

cueillies dans les feuilles envoyées à Patrice

par le Travesti avant son suicide

Ma génération est la dernière qui ne meura pas dans un monde différent de celui de sa naissance. Notre espérance de vie, pas excessive, est encore humaine. Supportable, je veux dire, pour un humain. Les débats sur la sortie dans l'Espace, sur la bioéthique, sur l’euthanasie, sur l'homme hyper, sont des pauvres balbutiements. La synthèse menant au saut qualitatif n'est pas encore prévisible. Ma génération est tributaire encore de l'ancien monde. Notre ancien monde à nous, toujours vivant en nous, et non pas le fantasme linguistique, enracinée dans la littérature. Vivant en nous avec ses Hitler, Staline et Mao (et plus, car affinités), qui ne laissent pas la place pour les êtres asexués, stellaires, remplis de vides historiques (et par conséquence, remplis d'avenirs indéchiffrables) qui se lancent vers nous.

Ma génération est la dernière qui doute de l'extraterrestrialité de l'humanité terrestre. On naît et on meure encore sur terre. Des terriens, va !

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La mort de l’Ineffable et celle de son fils ont certainement ébranlé le psychique de ma mère. _______________ Malgré sa riche expérience de vie _______________ de mort. Accorder la mort à l’autrui n’est pas donné à tout le monde. _______________ Nous ne parlons de cet art, maman et moi, que par des allusions plus ou moins transparentes, par des périphrases.

Je sais ce qu’elle fait. Elle sait que je sais. C’est un accord létal d’extraction infernale, un accord vital.

Quant à la vieille Ineffable, je sais que ce n’est pas maman qui lui aurait donné le coup de puce (de grâce) nécessaire. Pareil pour le pédé. Ce n’était pas maman.

La chose a été naturelle. _______________ Même trop.

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Notes initiatiques

cueillies dans les feuilles envoyées à Patrice

par le Travesti avant son suicide :

Je rêve d’une science qui soit artistique. La science d’aujourd’hui est trop sèche, trop entourée, percée, consolidée par des chiffres mais pas par les nombres correspondants. Le chiffre est comptable, le nombre est mystique. La science d’aujourd’hui parle exclusivement de chiffres, de choses mortes. Elles bougent, elles se modifient, mais c’est la mort qui les anime. Or, la mort ne satisfait l’intellect et l’âme que temporairement.

Pas mal de scientifiques arrivent à apercevoir, à voir même des Mystères. Certains leur arrachent des « données » scientifiques.

Un Pythagore, par exemple.

D’autres, un Einstein ou un Bohr, par exemple, après avoir effleuré la limite « raisonnable » de leurs rêves-spéculations « scientifisés », laissent croire avoir rencontré Dieu ou, du moins, avoir ressenti, dans la pure tradition voltairienne, la nécessité de L’inventer – s’Il n’existait pas.

(À ce sujet il n’y a qu’une chose à dire. Il suffit de scruter le monde avec sincérité. L’existence de Dieu peut et doit être mise en question. Mais la réponse ne peut être qu’affirmative : Dieu existe car le contraire serait impossible.)

La science d’aujourd’hui, descriptive, n’est qu’une forme de croyance. Une croyance « athée ». Dès qu’on sort de la « description scientifique », vendue comme explication, on se sent perdu. L’artistique prend le dessus – et nous, on n’est pas des artistes !

On vit dans un univers que l’on veut quantifier. Un univers entassé dans des dimensions qui ne lui convient pas trop. Des dimensions qui ne sont pas du domaine de la vie. Des dimensions et des mensurations repoussantes.

L’art arrive à tempérer cette folie scientifique. Il complète la science et il l’achève. Il rend à l’esprit sa noblesse perdue. Peut-être, sa raison d’être.

 

 

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 14:05
 

Paul Goma

 

Am aflat ca Paul Goma a murit. Evenimentul m-a rascolit mai mult decît ma asteptam.

In urma cu cîteva decenii, un critic literar cu un renume bun ma chestiona, la Casa Scriitorilor, din Calea Victoriei, cu privire la talentul sau la non-talentul lui Goma, aflat în conflict violent cu Puterea. Era o provocare, îmi dadeam seama, Dar nu stiam CINE se afla în spatele acesti provocari, nici ce SE astepta de la mine. Stînjenit, am schimbat conversatia si peste cîteva clipe m-am eclipsat. – Eram tînar. Foarte tînar. Prea tînar, poate.

Acum, la plecarea lui Goma dintre noi, îmi dau seama cît de mult a însemnat si înseamna pentru mine acest om bondoc, cu o barba de pitic de poveste.

Si îi multumesc din tot sufletul pentru contributia sa la ceea ce înseamna a fi om, OM.

 

Blog : www.alexandre-papilian.com/

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