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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 12:41

Avant propos

La nature de la lumière demeure une inconnue. ----------- Encore. ----------- Et pourquoi ? ----------- Pareil, à l’endroit de l’ombre. ----------- Certes. ----------- Quoiqu’on dise ! ----------- Quoique ! -----------Quant à la nature même… ----------- N’en parlons même pas !

        

 

Quatre-vingt kilos de lumière.

 

Il fait beau. Le jeune homme regarde le ciel clair, transparent. Il sent avec force, brutalement, qu’au-delà de cet abîme hautain se trouve un autre infini.

- Brusquement accessible.

La lumière est éclatante. Dorée. Le soleil, hivernal. Brillant à l’extrême. Mortel!

Entre deux bâtiments, on peut apercevoir une partie de la Tour Eiffel et une partie de la ligne du métro aérien.

Le jeune homme a la force de croire que l’amitié existe. Il est prêt à jurer sur l’amitié. Il la vit. Sans être contenue et définissable, elle jouit, à ses yeux, d’une certaine consistance... Elle est même transmissible, mais jamais contagieuse. Jamais !

- Qu’est-ce que ça pouvait être une épidémie d’amitié ?

Pour moi, le jeune homme, ce jeune homme précisément, représente une dette sans créancier. C’est la dette virtuelle – voire irréelle – que n’importe quel vieux a envers n’importe quel jeune. Le devoir de transmettre du savoir (le sien, ou celui du monde – le débat n’est pas clos). Le devoir de se faire vivre – et revivre –, par le jeune.

 

 

- Autant de son vivant que même après (avant n’étant pas encore possible, en dépit des avancées fulgurantes des biotechnologies et d’autre théories aux temps réversibles, renversés ou détournés ; en dépit des grandes réserves de sarcasme et de trivialité accumulées dans les esprits d’élite, privés et singuliers, mais aussi dans ceux ordinaires, publics, interchangeables, collectifs)…

 

Le devoir d’histoire. Plus largement, le devoir culturel. Impersonnel. Impératif. Surhumain ----------- à la hauteur de l’inhumain. C’est la manière empruntée par tout vieux qui veut jouir encore de la vie et du monde.

- Même trahi par son corps.

- Lâché !

- Même leurré par son espoir faustien.

- Même meurtri par l’implacable qui rend lucide.

            Il m’autorise à disjoncter, le jeune homme. Il me pousse, malgré mon âge avancé, à sortir de moi-même pour me retrouver là, à l’extérieur, en et au-dehors, au-delà de moi-même.

Je prends la liberté de m’imaginer moi-même en tant que quatrième âge, cinquième même ----------- lâché ----------- vieux cloué dans son rocking-chair, recevant le Messager.

 

 

Pour le Messager, la forme lumineuse et l’incandescence silencieuse, c’était plus que de l’habituel. – Aussi l’homme de lumière. Aussi l’homme de la lumière. – Aussi la brûlure invisible.   Aussi le feu invisible. – On les trouvait partout. – C’était et du reposant, et du terrifiant. Les deux et entre les deux. Du médian. – Le miroir dirigé par personne vers nulle part, n’était pas en mesure de rendre compte de la vraie mésaventure du Messager. Une mésaventure importée d’ailleurs sur la terre ; allogène ; irrespectueuse ; violeuse du terrestre, du naturel ; vécue dans la solitude ;  irrépétable ;  mémorable ;

- Une expérience, la seule, capable de  se dispenser des références -----------  l’illumination (variante édulcorée – ou seulement prélude – de transfiguration).

 

La description faite par le Messager même, la description brute, « pure » de ce que lui est arrivé, est, « naturellement », révélatrice de la capacité du Messager de communiquer avec les Non-Messagers.

- Avec Moi.

De sa capacité de « messagérer »... …seulement...

 

 

 

Il est touchant. Même plus : émouvant. Il admire Panaït Istrati. La chose ne manque pas de piment.

- Il aurait lu Panaït Istrati, je veux dire.

(Parce qu’on lisait ! ----------- Nous n’avons peur de rien, voyons ! Franchement : Panaït Istrati !)

Il est touché par la liberté désespérée et désespérante que l’amitié puisse encore nous donner. Il croit aujourd’hui que l’esprit qui a fait jaillir Panaït Istrati qui l’a fait pénétrer dans le monde, qui l’a fait accepter par ledit monde, règne toujours dans certains coins plus ou moins perdus… du monde.

- Bizarrement, pour moi c’est une sorte de post-sentiment.

 

 

Il m’est difficile de dire ensuite ----------- en tant que Messager ----------- si la forme est celle d’un homme, d’une femme, ou autre. Dans le clair-obscur volumineux du brouillard, la forme pourrait être tout aussi bien Hermès qu’Aphrodite, l’Archange Gabriel que la Vierge, les Erenies que les Possédés, ou une (tout) autre vision quelconque de n’importe qui... C’est plutôt ça : une vision quelconque ; de n’importe qui ; ou de n’importe quoi. Et pourquoi pas ? Pourquoi la vision quelconque de n’importe qui ou de n’importe quoi ne serait-elle importante ? À quoi sert-elle, sinon, une vision ?

- Que mésagère-t-elle ?

 

Il se dirige vers moi, il vient chez moi. Le jeune homme. Ce qui reste du non-moi aujourd’hui. ----------- Le non-moi d’aujourd’hui. ----------- Je le vois « mentalement » – instantanément – montant l’escalier en pierre jaune, couvert d’un gros et long tapis bleu foncé. Il y fait corps étranger, avec ses baskets délabrées, ses jeans troués, sa casquette rouge mise souvent de travers... Il vient chez moi animé, poussé par un espoir que je ne puisse caractériser que de fou.

- Il émigre de sa banlieue où l’accent remplace l’identité et où rien n’existe entre gagner et dilapider.

C’est son monde bourré de drogues, de graffitis, de mobylettes et de voitures volées, qu’il quitte pour me rendre visite. Le monde de ses « potes » et « frères » taillés en stupidité dure et transparente comme le cristal. Stupidité toute aussi vitale que mortelle. ----------- Le monde de ses « nanas », vite pétrifiées, enlaidies, masculinisées, voire transfigurées par la peur. Le monde de ses parents au chômage, mécontents, malades de leur situation, déjà morts... Le monde fatalement émancipé, car fortement aliéné par rapport à l’histoire. Son monde à lui.

 - Le monde de l’échec de cette histoire.

- Le monde anhistorique.

C’est (pour autant et simultanément) le monde « possiblement futur », gouverné par des instincts a-symboliques ; par des pressentiments incapables de contenir et de définir les sentiments à venir ; par la non-détermination.

- Qui surgissent même dans un milieu hostile ; qui arrivent à « régler » tout et partout, même dans un univers éminemment « artificiel », comme celui des cités.

- Pour apporter la preuve de la force vitale aveugle, comparable, assimilable à celle encore plus brutale, de l’existence-même. ----------- si l’on en avait encore besoin.

 

 

... Je suis un simple squelette dans le sarcophage de l’histoire. Elle est rarement autre chose, l’histoire, que le noir d’un sarcophage. Chose valable paradoxalement même pour l’homme de lumière ; notamment dans le noir de plus en plus lointain, de plus en plus hautain de l’énorme banalisation d’aujourd’hui.

 

Il vient vers moi avec ----------- poussé par ----------- un autre espoir encore et tout aussi fou que celui de lier amitié avec moi.

- Il arrive avec ----------- deux espoirs.

C’est quelque chose de plus innocent et de plus naïf et de barbare que l’on ne croit. Il détecte la sagesse et cède devant elle. Il croit pouvoir s’y plier ----------- comme preuve de sa consubstantialité avec. Il aimerait se laisser absorber par elle. Anéanti par elle.

- Il vise la purification.

Il croit en la sortie des ténèbres. Il substitue la sagesse à la purification. La sagesse d’un autre – à sa propre purification à lui.

- Pour commencer.

Pour lui, la sagesse n’est que la mise en réalité ----------- réalisation ----------- du savoir.

- La culture rendue terrestre.

Il y aspire sans saisir le manque de sens et de consistance de l’entreprise, le contresens de l’affaire.

- Pareil pour la croix et la bannière qu’il porte ----------- tel que chacun des nous.

Il espère trouver la pureté auprès de moi. Il n’accorde que trop d’importance à cette purification par combustion ----------- culturelle.

Sans savoir combien cette sagesse-culture est superficielle, irresponsable (car... objective), autosuffisante, au moins para-humaine sinon inhumaine...

Il aspire à la pureté. ----------- À moi. ----------- Pourquoi ? Pourquoi veut-il se débarrasser des choses qui l’impurifient ? Pourquoi veut-il accéder à la pureté ?

 

 

Je le vois, mentalement, arriver devant ma porte, juste avant d’actionner la sonnette. Je le construis. Je l’incarne. Je l’accompagne. Je me rends compte que je l’attends. Il me manque. Il entre dans ma vie. Il s’y est insinué. Il s’y est installé. Il y est. Il demeure dans ces dernières palpitations, dans ce qui me reste de cette vie.

- On ne s’est même pas rendu compte...

 

 

- J’ai l’impression d’avoir seulement passé, d’avoir seulement traversé ce monde. Un reflet dans le Miroir. Mais aussi repoussée par Miroir.

               Quatre-vingts kilos de lumière. Quatre-vingts kilos de lumière immobilisés dans un  rocking-chair. Mon rocking-chair. De la lumière paralysée... – ...Un arôme putride, frais et sec…
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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 06:52

Avant propos

               

Tout de suite, prenons un exemple.

- La Bodin.

- Que la Bodin soit !

 

Souffre douleur

 

           

Jeune, svelte et agile. Taille moyenne. Des cheveux raids, châtains. Des yeux gris pétrole qui luisent étrangement. La Bodin ne regarde pas ce qu’elle paraît regarder, mais autre chose, qui n’existe certainement même pas. ----------- Peine : dix ans fermes ; – trafique des drogues ; proxénétisme aggravé ; viol de deux enfants : son demi-frère et sa demi-sœur d’une famille recomposée.

- Ça fait beaucoup pour une seule âme, hein ?

- Pour une âme seule.

Elle venait de d’avoir dix-huit ans : elle entrait en tôle. On l’avait fait avaler les cheveux des deux salopes. Et pas seulement les avaler, simplement ; – mais les manger, les mâcher, les ruminer.

- C’était le pet mental de la vieille Berthe.

On s’amusait bien alors. Surtout avec les nouvelles. Avec les pédophiles, encore plus. ----------- La Bodin avait l’air naïf, inexpérimenté ----------- ni-touche. ----------- Perverse jusqu’au bout de tout. Salope ----------- autant qu’elle contenait, renfermait, englobait ----------- gobait.

- La garce !

Elle n’a même pas bronché.

Non pas qu’elle se serait attendue, ni qu’elle aurait été choquée, abasourdie, prostrée.

- Ça non.

Citrouille. Mollusque. Indifférente. ----------- Qu’elle était. ----------- Ça nous a beaucoup irritées, nous autres. ----------- Il y avait de l’espace pour tous les écroulements abyssaux, pour toutes les implosions vertigineuses ----------- nano-néantisation merdique de merde. Ça promettait d’être un très bon souffre-douleur. ----------- Les meilleures sont les extrêmes.

- C’est ce que les cultivées disent ----------- tout ça ----------- et tout.

D’ailleurs, elles aussi sont passées par-là, les ‘telligentes. Y a pas de plus de merdique que les brillantes ----------- avec leur savoir lire, écrire, compter et papati et papata, et chichis-ci et chichis-là ----------- et tout ça et tout. ----------- On se demande même ce qu’elles foutent ici, à l’ombre de nous. Elles font hurler et chier toute la meute ----------- le monde. ----------- C’est qui elles ? Hein ? Qui ?

Dehors, peut-être seraient elles encore utiles, les putasses. Pas certainement, pour autant. ----------- Sinon, pourquoi seraient-elles envoyées en tôle ?

- Qu’est-ce qu’elles viennent nous fabriquer ici, dedans, où elles ne servent à rien ?

- Les brillantes, eh !, plein le cul !

Mais, même sans être Gorgone ou Aphrodite (‘telligent, non ?), elle a fait grave l’affaire, la Bodin : elle a avalé tous les cheveux qu’on lui a présenté, et tout ce qu’on lui a fourré dans l’oral. Autrefois on leur donner à savourer de la merde et boire de la pisse. Sucer les orteils. Lécher des chattes et des culs. Cette fois on a trouvé les cheveux. On a trouvé ça pas mal réfléchi. ----------- Ça grattait pas mal l’envie, l’instinct. ----------- C’était la mère Bertha qui, en prêtresse, lui enfonçait tout ça dans la gargamelle. ----------- La messe ! -----------Il fallait la voir, la vieille baderne. Excitée comme huit millions de puces. Elle était super. Hyper-hideuse.

Quant à elle, la Baudin était terriblement calme. Sereine. ----------- Pas de ce monde, quoi !

- C’était bien.

Elle nous excitait, nous les autres. Elle nous faisait trembler d’irritation, de haine, de jalousie ----------- d’envie. ----------- C’était quelque chose ----------- que d’avoir sous sa main une chose pareille. Un joli morceau que c’était ----------- et tout.

            On l’a fait avaler les cheveux des trois autres salopes.

- Elles ont profité pour changer de coiffure.

Les salopes ! ----------- Aujourd’hui, se vrai, on peut se faire la tête que l’on veut. De porc. De crapaud. De chèvre. ----------- Elles en ont profité !

Il fallait voir au travail les gros doigts de la vieille Bertha lorsque, pour la faire finir, elle lui enfonçait dans le gosier les dernières files ramassées sur le ciment ! -----------      Qui a vu ces doigts a changé pour toujours le sens des mots comme saucisse ou saucisson.

            - Et pour cause : on a trouvé la vieille, la Berthe, deux jours plus tard, morte, à la douche, les joues fendues de la commissure des lèvres jusqu’aux oreilles, quatre doigts coupés, un fourré dans la gorge, un autre dans l’oeil, le troisième dans la chatte, le dernier dans le cul.

            On savait qui c’était. On s’est tu. On la tu.

On dirait aujourd’hui que les choses n’ont pas changé, la mort de  la Berthe mise à part. Il en reste toujours des souffre-douleurs, ici, dedans.

            - Mais ce n’est plus la même joie.

            Ni le même plaisir.

La Bodin n’est pas la Berthe. Elle regarde ce qu’on fait. Et nous le faisons. Elle n’a même pas besoin de nous parler. On fait tout comme il faut, sans qu’elle se donne la peine de l’ouvrir. ----------- Et pourtant. ----------- Elle regarde, c’est vrai, mais ailleurs.

            Il se peut que se soit la plus active qui se retrouve morte ----------- aussi. Punie, tel que la Berthe, autrefois.

Mais il arrive aussi que ce soit la victime qui connaisse le même sort…

            - Pas toujours, pour autant.

- Et pas pareil.

- Vas comprendre ça.

On sait ce qu’on sait, mais on ne comprend pas ce qu’on sait. On ne peut pas comprendre ce qui est ailleurs, nulle part. ----------- On ne peut pas.

Voilà !

Ici, on meurt. ----------- Berthe, Bodin ; avant, après, sans elles, qu’importe ! ? ----------- Ça vient, de toute façon. ----------- On le sait.

- On sait qui le fait.

Mais on n’a pas les couilles pour agir. ----------- Des souffre-douleurs qu’on est. Ce n’est même pas à chier. ----------- À quoi bon ? ----------- Tout bêtement. ----------- Pourquoi serait-il autrement ? ----------- On n’a plus l’audace. ----------- Aucune ! ----------- La rage, certes. Mais pas le courage. Pas la folie.

 

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Et Bodin fut.

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 05:59

Avant propos

 

L’amour maternel est tel qu’il peut ----------- qu’il puisse ----------- rayonner et sur les filles, et sur les garçons. ----------- Au (du ?) moins. ----------- C’est un amour asexué. ----------- Étonnant, non ?

- Question de compréhension.

- D’appréhension.

Peu importe. Question, toujours. À l’infini.

- Question infinie ?

 

L’homme de la salope

                                                                                                                                                                                                                                       

Arlette regarda l’horloge-minuterie du four. Il était onze heures, presque.

- Mais qu’est-ce qu’il fabrique ?

Henri, son fils, venait de commencer sa crise d’adolescence. Il était agité, mécontent.

- Un état qui n’épargne personne.

Arlette le savait, elle même étant passée par là, les cours de pédagogie et psychologie adolescentine, en plus, lui ayant répété, lors de ses études, toutes ces choses connues et régulièrement oubliées...

- Mais qui s’estompe (une fois la crise dépassée) très vite, englouti par un oubli soulageant.

- Où traînait-il ?

Dans ses oreilles, le silence qui régnait dans la petite entrée-cuisine commença à se faire entendre.

Elle entrouvrit la porte de l’entrée. La cage de l’escalier, sombre, était muette. L’immeuble, protégé par la loi du quarante-huit, était, par la même loi, condamné : les propriétaires refusaient avec brutalité toute idée non pas de rénovation, mais de tout entretien.

- Ils s’en foutent, les salauds !

Ce n’était pas la première fois qu’elle y pensait.

- Ils s’en foutent, et nous y pourrissons !

La lumière de l’appartement éclairait le mur de la cage de l’escalier. Il était décrépit mais sec, sans la moindre trace de moisissure ; pourtant et heureusement. L’évier, en métal verdi, qui ne servait plus à rien, entrait lui aussi, à moitié, dans le rayon de lumière.

Un léger bruit à l’étage au-dessus la fit refermer la porte. Mais pas entièrement.

- Qu’elle sache, la salope, qu’elle n’est pas seule dans l’immeuble !

La salope, une femme petite, maigre-clou, tavelée de tâches de rousseur, avec des yeux bruns, méchants et luisants, attirait et terrorisait Arlette par ses fréquentations. Les hommes « s’y succédaient », « s’y enchaînaient », en montant et en descendant l’escalier. Ce n’était pas une vraie pute, pourtant.

- Ni une nymphomane.

Prise entre ces deux « catégories », la salope, lors de ses périodes « sans », devenait même supportable. Non pas sympathique. Ça, non ! Mais supportable. Elle pouvait être une brave femme. Elle gagnait sa croûte en travaillant dans une grande surface de banlieue. Arlette avait eu l’occasion d’entrer chez elle, dans son petit appart d’en dessus, quelques trois, quatre fois. Une brave et pauvre femme – et pute ! –, qui vivait toute seule, ou, plutôt, qui vivait avec sa solitude. Était-elle heureuse ? Malheureuse ? Quelle importance ? Grande chose, déjà, qu’elle vivait !...

Arlette se ressaisit. Elle était en train de penser à la salope (qui ne lui avait rien fait maintenant), et d’oublier la crise d’Henri qui, lui (Dieu seul sait, se dit Arlette traversée par un frisson d’angoisse), était peut-être en train de dealer, ou de se payer une autoradio, ou une voiture même, peut-être...

- Qu’est-ce qu’ils ne peuvent pas faire, les ados !

Arlette enseignait la physique au Lycée Condorcet, et croyait être une prof chevronnée, vaccinée contre les bêtises des jeunes. Auto-vaccinée plutôt. Les sottises qu’elle avait pu faire dans sa vie, étaient plus fortes...

- Prenons un seul exemple !

Le voyage au Yémen (avec – comment il s’appelait déjà... Laurent ? Philippe ?... et merde !), où ils n’avaient même pas quitté l’hôtel.

- Même pas pour voir le temps qu’il faisait ; nous avons bu, comme des trous ; baisé comme des malades ; fumé et dormi.

Et dehors, il y avait N’Djamena !

- Ou Dakar, ou Sanaa, ou… comment s’appelait-elle cette foutue ville extraterrestre ?

- Et puis, merde !

Ça, on ne raconte pas ça aux enfants. Surtout quand on est prof et mère, bien sûr!...

Ou un autre exemple. En soixante-huit. Lorsqu’on se bagarrait avec l’extrême droite !

- Nos camarades, tu parles des hommes !

Des ratatinés, aux lunettes épaisses !

- J’ai littéralement chié dans mon froc ; j’avais de la merde, pleines les cuisses ; je tremblais comme c’était pas possible, plus qu’une poule mouillée...

Le grincement de l’étage au-dessus se fit de nouveau entendre. Des pas faufilés, ensuite. Quelqu’un attendait, peut-être, qu’elle ferme la porte. Un homme, sans doute. De ceux qu’elle recevait, la salope ! Oui, une salope à hommes !

- Pas comme moi !

La dernière fois quand elle l’a fait, c’était… C’était, quand, merde ? ! 

Arlette ferma la porte doucement. Ensuite, elle éteignit la lumière. Elle resta immobile, dans l’entrée-cuisine, pour entendre les pas de l’homme avec lequel « la salope » avait joué à la bête à deux dos. Rien ne bougeait plus en haut. Le silence était total. Le noir, aussi. Presque. Il y avait, quand même, les chiffres lumineux, vert-bleus de l’horologe-minutérie du four. C’était le seul point de repère. Sinon, on pouvait croire qu’on était sorti de tout espace. Qu’on était perdu.

Dehors, les pas de l’homme de « la salope » devinrent matériels. Doucement, attentivement, le mâle mettait un pied après l’autre sur les marches en bois. Des pas légers. Il...

Les pas s’arrêtèrent sur le palier. Arlette entendit un tintement de clés. Quelqu’un essayait la serrure. Pour une seconde, elle eut peur.

- Un cambrioleur !

Ou qui sait quoi encore ! Mais, comme un court-circuit, elle eut la révélation. Henri ! C’était lui qui descendait à pas furtifs... Il venait d’en haut, de chez « la salope »! Alors, ça !

- Ça, alors !...

Arlette appuya sur l’interrupteur. La lumière explosa dans la petite pièce. Sur le seuil de l’entrée, Henri clignait ses paupières, aveuglé par la lumière-surprise. Dans son regard, un tremblement de frayeur, assorti d’un éclat dont on ne pouvait pas savoir si c’était du malheur, du bonheur ou de la férocité. Un éclat d’inhumain. Le tout enveloppé d’une d’un bonheur, d’une… générosité rayonnante. Et, en effet, Arlette sentit son âme mordue par la miséricorde.

- Brûlée.

 


 

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8 janvier 2009 4 08 /01 /janvier /2009 14:29

Avant propos

La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. (Voir ci-dessous.)

Elle a tonné dans ses entrailles. ----------- À mi-chemin entre torture et sublimation. ----------- Son intervention n’a pas été appropriée  au « réceptacle ».

 

Pietà

 

- À moi.

Ma minuscule personne pourrait être détruite. Et ce n’est toujours pas fini. Je ne suis pas faite pour de telles révélations, ni pour de tels sentiments.

- S’agirait-il de l’effet d’une certaine indigestion culturelle dont je suis la victime, depuis un moment ?

Je vis depuis un moment avec l’impression que ce que je sais non seulement n’est pas grand chose, non seulement ne sert pas à grand chose, mais c’est quelque chose d’empoisonné, de malfaisant.

- Une sorte d’assimilation « contre nature » des engins et des ingrédients culturels.

Quelque chose de maladif et de criminel. Un certain métabolisme malfaisant, néfaste des minéraux, des végétaux, des spectres animaliers…

Je suis prof d’histoire de l’art. Je suis une femme (femelle ?) seule, pas très belle, voire même pas belle – et libre. Je suis sans être. À l’exception des moments où je suis JE SUIS, comme il paraît qu’avait dit l’autre… Chose valable pour le moment dont il est question en ce qui suit. Le moment où la Vierge m’a interpellée. (Ou, peut-être, c’était Son Fils ; à moins que ce ne fût les Deux, ensemble ?)

Le moment a été hyper court. La Vierge de la Pietà de Michel-Ange a parlé à cette femme. ----------- Foudroyant. ----------- Ou j’exagère ? ----------- En tout cas, tellement profond, que la mémoire le garde aujourd’hui encore dans son espace peuplé de mystères soulevant l’effroi. Un moment pourtant pas destructeur. Pas destructeur sur le champ, je veux dire. La mort ne m’a pas prise dans ses bras. Et réciproquement : je ne l’ai pas prise dans mes bras, la mort. – Tel que le faisait la Vierge, avec Son Fils torturé même mort ----------- sur le champs.

Pas de Pietà, donc, de ce point de vue.

« De ce point de vue », tout c’est passé devant le group statuaire de Michel-Ange. Regardé de près, c’est du marbre, de la pierre. Pas plus. En tout cas, les traces laissées par le fou qui a tiré avec son revolver sur le rocher évidé sont visibles. Ce sont elles qui donnent cette certitude : c’est de la pierre qu’il s’agit, de la pierre noble, certes, mais toujours matérielle ; de la matière cristallisée ; du marbre, et pas plus que ça.

Mais – et ainsi on touche à la partie suspecte de culture de cette histoire –, on peut très bien imaginer qu’on injecte, qu’on infiltre, qu’on inocule des sens, des sentiments, des pensées dans une statue.

- A une statue.

Vu la main de celui qui a dégrossit le bloc de marbre pour faire sortir de son intérieur les deux souffrances, celle du Crucifié et celle de la Mère (cette dernière en se voyant d’un coup inaccomplie, inachevée, en tenant sur ses genoux son fils qui l’avait trahie, en la précédant dans la mort…), vu, aussi et ensuite, les centaines d’années écoulées depuis que ces souffrances soient sorties du bloc de marbre, pour qu’on les voit, vu les milliers et les milliers de jours et nuits qui se sont succédés, en apportant de la lumière et des ténèbres sur la statue, vu les innombrables regards qui se sont posés sur elles, vu tout ça, vu, encore plus, ce qui en est et qui en sera – il n’est pas possible que la statue soit resté inchangée au fil du temps.

- Elle a du changer.

On ne peut pas ne pas constater qu’elle n’est plus ce qu’elle était tout au début, la statue. Si ce n’était que le simple fait que, en la regardant, j’aie été amenée à tripoter et malmener de telles pensées. Des sentiments, plutôt. Ou, encore, des choses qui précèdent le sentiment, tout en étant plus fortes que le plus fort sentiment possible.

- J’ai nommé ainsi la vérité.

Elle ne pouvait en aucun cas avoir jadis, notamment tout au début de sa carrière-vie, le même impact qu’aujourd’hui, la statue. Elle n’était donc plus la même, maintenant qu’au début de sa présence terrestre. Et, en plus, moi-même, je n’existais pas encore « terrestrement », à cette époque-là. Tout a changé, donc, depuis !

Cela étant dit, revenons à nos moutons.

En face de la statue, avant que la Vierge ne me parle, ne m’interpelle, s’était plantée une Sainte Famille[1]. Ce n’était pas des Italiens. Normal[2] ! Mais, qu’importe !? Ils s’étaient arrêtés devant la Vierge et son Enfant, les trois anonymes entrés par la même occasion (par la même porte du destin) dans ma vie. Ils regardaient la pierre avec une application d’élève et obligeaient implicitement et tacitement la petite se trouvant à côté d’eux de faire pareil. Quant à elle, c’était une fillette de six, sept ans. Partiellement – c’est à dire, particulièrement – édentée, elle était jolie, et sympathique.

- On voyait bien qu’elle allait être plus tard belle et joyeuse, attrayante et séduisante.

Elle regardait le group statuaire avec une, comment dire, indifférente attention. De toute évidence elle se posait des questions fortement relativisantes.

- Qui était la jeune femme qui tenait le jeune homme sur ses genoux ?

- Le mort, lui, qu’est-ce que c’était ?

- Qui était-ce ? 

- En quoi, de quoi avaient-ils mérité d’être statués ?

- Est-ce que c’était du mérite de se trouver ainsi, taillé en pierre ?

J’ai eu, face à cette scène (qui n’en était même pas une), une révélation. Deux éternités interpénétrées s’ouvraient devant moi.

- À moi !

Pour celle du group statuaire, inutile d’insister. Mais pour l’autre… Ce qui donnait du terrible à la séquence était l’éternité de la fillette. Elle ne savait pas, la gamine, qui étaient la Vierge et Son Fils.

- Il n’y avait aucune raison[3] qu’elle le sache[4].

- Elle allait l’apprendre maintenant – pourtant[5].

C’est en ce moment-là que le troupeau de mes étudiants fit son apparition.

- Comme du néant !

Giorgio, mon fils, compris. À peine sorti de l’adolescence, avec ses poils noirs et moutonnés montants sur sa poitrine jusqu’à la fourche du cou, beau et bête, comme seulement un jeune mâle peut l’être…[6]

Je me suis vu en tant que la Vierge, en tenant Giorgio, Mon Fils, Mort Crucifié, sur Mes Genoux !

- J’ai senti l’Orgueil.

Cet orgueil spécifique.

- Une douleur rocheuse se précipitant dans mes entrailles, dans mes abîmes…

La Vierge m’avait parlé, en tonnerre – et pourtant muette – martyrisant à mort mes entrailles. Elle interpellé. Elle s’est emparée de mon Être. Cela n’a pas été une bonne chose[7].

- Je me suis tu, moi ----------- moi.

Moi.



[1]           …Non, je plaisante ! Mais c’était comme si. Enfin, presque.

 C’était, en tout cas, un trio. Un père, une mère et un enfant. Et on peut commencer par accepter que tout trio de cette espèce pourrait être une Sainte Famille. Dans notre cas ce n’était pas un mais une enfant. Différence, donc. On n’est guère la Christ, mais le Christ. Uniquement. – …Des jeans, des nattes, du chewing-gum, et puis un baladeur. Vous voyez la Différence – avec majuscule ! En tout cas, les parents de la môme, plantés devant la Pietà, étaient loin des masses christiques en flamme, comme on s’est habitué de dire pour se montrer capable de ressentir de choses terribles et exquises… On était de ce qu’il il y avait de plus ordinaire. Des gens comme tous les autres. Habitués à l’informatique et à l’Internet ; avec des permis de conduire ; manifestant un certain intérêt pour les bizarreries des stars ou pour la liberté et l’aisance des jet-sept, mais aussi pour les normes des leurs pairs ; avec un crédit immobilier et, peut-être, un autre pour la voiture ou pour la cuisine ou pour la salle de bains, en cours ; avec des problèmes de dos, de dents, d’argents, d’évolution de carrière, de patrimoine, de voisinage, politiques – et ainsi de suite, sans doute.)

 

[2]              De coutume, ceux qui défilent devant la Pietà de Michel Ange ne sont pas des Italiens – à l’exception de gens comme moi-et-mes-étudiants. On est presque exclusivement des étrangers. C’est-à-dire que cette Sainte Famille ne faisait, je crois, exception. On admirait la statue. On avait même payé pour la voir. On était des Français. Ou des Anglais…, des Américains…, des Russes…, des Temporaires… peut-être ? On n’était pas des Chinois. Des Noirs, non plus. On se trouvait là, immobiles temporairement, au milieu de la foule qui tanguait à droite et à gauche, comme un liquide contenu dans un volume aproximatif. Une foule qui donnait avec beaucoup de force la sensation d’inutile. (C’était qui tous ces gens-là qui regardaient la Madone et Son Fils-amant parti pour joindre l’Inéxistent, pour joindre le Père ? Des grains de sable désertique dans lequel l’eau fraîche ne tarde pas de se perdre. L’eau inutile !)

 

[3]              - Comment pourrait-elle savoir – avant toute explication – qu’est-ce que la crucifixion ?

 

[4]              Une vraie raison impose un savoir (de type) prénatal, un héritage. On est prédestiné pour le savoir –  asservi, esclavé par lui –, ou on ne sait pas !

 

[5]              Preuve supplémentaire qu’elle ne le savait pas. – Preuve supplémentaire qu’elle savait apprendre.

- Et pourtant, on n’apprend que ce qu’on « peut » savoir, que ce qu’on sait déjà…!

 

[6]              Figlio mio ! Bello figlio della mamma !

 

[7]              Ensuite, lorsque je me suis secouée pour m’extraire de cet état d’esprit (ou d’Esprit ?), je me suis demandé : « Et si à la place de la Pietà il y avait un Bouddha, un Dragon chinois ou un Serpent inca, ou, pourquoi pas, Lénine ou Michael Jackson ? »

- La folie roderait-elle autour de moi ?

- De MOI ?

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2 janvier 2009 5 02 /01 /janvier /2009 16:24

Avant propos

Le titre ou la dernière phrase pourraient suffire, parfois. Parfois, non. Parfois, les deux. Parfois, entre les deux. C’est le cas, je crois.

- Mais cela ne modifie en rien l’axe de la Terre.

- Et tant pis ! ----------- Et tant mieux !

        

Ils manquent d’irrépétable et d’impossible

(Comment sinon alors ?)

 

Inutile de continuer ! Même si le cas reste particulier, il est certainement répétable et, par conséquent, certainement possible ; à fondre dans la généralité uniformisante et confondante, unique, irrépétable et impossible.

 - La contamination réciproque avec du banal ! ----------- Voilà ! ----------- C’est c’la !

Ils s’inoculent réciproquement, en doses homéopathiques mais très efficaces, le mal, la maladie du banal. La plus fréquente des maladies ----------- la plus insinuée ----------- débordant de nuisances bienfaisantes ----------- la plus contaminante ----------- la plus habituelle ----------- la plus normalisante.

- Une maladie non-localisée.

- Une folie.

Voilà !

- La démence, la paranoïa, la schizophrénie, les délires du banal.

Voilà !

- Ils manquent de certaines substances. (Celle de l’irrépétable, notamment et pour commencer. Celle de l’impossible, notamment et pour aboutir.)

Ils sont tous et entièrement, jusqu’à leur dernière fibre, répétables et possibles. Ils manquent d’irrépétable et d’impossible. ----------- Ils sont (des) répétopossibles.

- Ils sont de plus en plus fous ! ----------- Certes ! ----------- Voilà !

Ils jouissent d’une certaine consistance ; d’une certaine cohérence ; d’une certaine logique. ----------- Aux yeux de leurs contemporains, bien sûr ! (Quant à ceux-ci, taillés, à leur tour, pareil, dans la même cohérence de la consistance, dans la même consistance de la cohérence qu’eux-mêmes, ils ne sont que très, voire trop possibles ----------- eux aussi.)

Tous trop pareils ! Ni irrépétables. Ni impossibles.

- Trop !

- Comment sinon alors ?

 

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1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 08:28

Omul desexualizat.

-------- gînduri în prag de 2009 --------

Marele salt evolutiv, saltul decisiv a fost făcut cîndva de mult, cînd pre-omul (odată ce a mîncat fructul interzis, fructul cunoaşterii) a descoperit sexualitatea. De atunci, el încearcă fără încetare să o înţeleagă ; sau, în pură tradiţie omenească, să şi-o însuşească.

 

 

Am putea spune că trăim într-o lume care îl respinge pe Dumnezeul patern, care iese de sub imperiul sexualităţii egalitare, care mai crede în maternitate, dar care se va vedea în curînd văduvită şi de această « ultimă idee ». O lume, deci, care va trebui să (îşi) găsească alte « libertăţi » pentru a-şi putea stăpîni propria libertate dezlănţuită şi deşuchiată.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

In acest scop, aşa cum s-a întîmplat în neumărate alte cazuri de « înţelegere-însuşire », omul e gata să distrugă obiectul pe care « vrea » să-l cunoască ; e gata să (îşi) distrugă sexualitatea.

Hărăzită, se pare, a asigura supravieţuirea speiciei (în ce scop, rămîne de văzut), sexualitatea s-a auto-îmbogăţit, cine ştie de ce, devenind subiect sentimental, social, moral, filozofic, artistic, industrial, comercial, ştiinţific, societal.

La acest nivel, azi, la nivelul societalului, sexualitatea se goleşte de conţinutul său reproductiv şi, repede după aceea, de conţinutul său relational, social. Dacă pentru supravieţuirea speciei, sexualitatea încetează să mai fie necesară, multe din necazurile sentimentale, sociale, morale, etc., etc., pot fi evitate.

Rămîne de văzut ce facem cu această absenţă. Cu ce înlocuim sexualitatea, cu tot ceea ce, în bine sau în rău, îi datorăm acesteia ?

Spre ce ne îndreptăm -------- fără sexualitate ?

Cum va arăta omul desexualizat ?

 

 

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 22:30

 

5

 

L’épouvantail

            [à la marionnette] Le Musée de la Révolution. Avec ses quatre-vingts salles vides, aux murs couverts de panneaux avec des citations des discours de Kim Il Sung.  [au public, en parodiant les gestes du Leader montrant, de son bras tendu, le lendemain qui chante...] Avec l’énorme statue en bronze du Leader Fortement Aimé, devant le bâtiment... - [à l’homme] Le Palais des Pionniers, ensuite, où les enfants, disciplinés, après avoir sautillé et crié avec beaucoup d’application à votre apparition. Un caillou couvert par un cube en verre, dans la cour d’une usine: le caillou sur lequel s’est assis Kim Il Sung à l’époque où rien n’existait ici...

 

L’homme

            Je m’aperçois, à un moment donné, que l’interprète-femme a, dans son sac, un revolver; je me demande pourquoi. Qu’est qu’il y a à tuer ici ? - Dans cette Corée du Nord ! A l’autre bout de la géographie de l’est ! – Qui ? Pour quoi ? Pour nous ? À cause de nous ?

 

L’épouvantail

            Vous partez, accompagnés par un vice-premier-ministre, vers le sud. Sur la route, pendant trois jours, vous rencontrez en tout une petite dizaine de camions, seulement, et rien d’autre; rien non plus dans les plaines traversées par les chaussées.

 L’homme

            Nous participons, dans une ville, à un grand spectacle donné en notre honneur sur un stade de cinquante mille places, rempli comme un  oeuf par cinquante mille porteurs de panneaux en carton colorés, qui, disciplinés, « peignent » des « fresques » révolutionnaires ou « écrivent » des « dits » du Leader Beaucoup Aimé, tandis que « des artistes », par centaines, font, sportivement, la même chose sur la pelouse. Ils font beaucoup plus fort que les crétins de Berlin-Est. Beaucoup plus !

 L’épouvantail

            Vous arrivez avec un retard de six, sept heures dans une grande usine, à une grande réunion solennelle, organisée, elle aussi, en votre honneur. Beaucoup de ceux qui s’y trouvent dorment, la tête baissée ou penchée en arrière. Mais, lorsque vous faites votre apparition sur l’estrade, ils se lèvent à la hâte pour vous acclamer longtemps, pour vous ovationner, disciplinés, tandis que de leurs regards roulent vers vous des vagues d’indifférence sale, d’ennui et, des fois, très rarement, mais de façon d’autant plus saisissable, de rancune, de haine scintillante, on dirait des éclats très impersonnels, coupants, fous... - Vous visitez une sorte de parc immense où l’on trouve une espèce de hutte... où naquit - non seulement normalement, mais hyper, surnormalement, bien sûr - qui ? Le Leader Extrêmement Aimé - en personne !... Parc sillonné par des détachements de pionniers coureurs. Puis, une école militaire, pour qu’on vous montre des gamins de neuf ans, vêtus d’uniformes, qui font tomber des cibles en carton... - ...Et ensuite, et enfin, un soir, dans une de ces villas, lors d’une étape quelconque, vous passez un moment plus relax.

 L’homme

            Dans la villa il y a un piano droit. Bien accordé ! Pourquoi ? Jouerait-il du piano, le Formidable Leader ? 

La marionnette

Ils se sont rassemblés tous, plus le vice-premier-ministre, leur « ange-gardien » nord-coréen. Ils bavardent. Le vice-premier-ministre jette des regards - convoitise très maîtrisée - vers leurs cigarettes. Il lui en offre une. D’abord, le Coréen refuse. Ensuite, il ne résiste pas. Ils apprennent à cette occasion que les jeunes Nord-Coréens n’ont pas la permission de fumer avant vingt-huit ans. A cet âge ils peuvent commencer aussi à penser au mariage. On ne leur cache ni le fait que l’adultère est puni par des travaux forcés dans la mine... 

L’homme

            Ce n’était pas mieux, beaucoup mieux en Roumanie ? 

L’épouvantail

            Si ! Bien sûr ! Et quoi ?... – Au diable la Corée ! Au diable la Roumanie ! Au diable leurs Leaders Hyper-Bien-Aimés. On s’assoit devant le piano, là, dans la villa nord-coréenne de Kim Il Sung, et on essaie quelques accords. Ca sonne bien. 

L’homme

Iliescu demande au Coréen s’il aime la musique. - Oui, il aime. - Nous chanterait-il quelque chose ? - Affirmatif. - Il va chanter. - Pour nous.

                                                           La marionnette

            Le Coréen se met debout. 

L’épouvantail

Il chante. - Quelque chose sur une marche victorieuse.

L’homme

            Très bien, dit Iliescu. Et maintenant, à nous de chanter quelque chose. Une romance. O.K., je dis, et je commence une romance. Après la première strophe, je passe au rythme de boogie-woogie. 

L’épouvantail

            [dans le rôle de Iliescu] « Pas comme ça, hé ! La romance c’est du chuchotement. Du murmure » . 

L’homme

            Peut-être. Mais les autres protestent. Ils veulent du boogie-woogie. C’est bon le boogie-woogie. 

Le porteur de pancartes

            [entre en scène avec une pancarte nouvelle : BOOGIE-WOOGIE] 

L’épouvantail

            [en dansant] Boogie-woogie, boogie-woogie… Là, dans la villa de Kim Il Sung. 

L’homme

            [sourire malicieux d’approbation 

La marionnette

            Iliescu laisse tomber. Zoé invite le Coréen à danser. [suivant ses mots, le porteur de pancartes et l’épouvantail miment le ministre et, respectivement, Zoé] Il refuse, mais... Il s’agit, n’est-ce pas ?, de Zoé... Ils esquissent quelques pas... [le porteur de pancartes et l’épouvantail - danse] Mais, soudain, on frappe à la porte... [jeu du porteur de pancartes] Le Coréen sursaute comme brûlé au fer rouge... Il repousse Zoé... Il se dirige vers la porte et l’ouvre. Il échange quelques mots avec la personne qui s’y trouve... Il ferme la porte. Zoé essaie de continuer la danse, mais le vice-premier-ministre refuse. Il reste encore une minute et se tire. Il emmène l’interprète avec lui. 

Le porteur de pancartes

            [sort en traînant la pancarte derrière lui 

L’épouvantail

            [après une pause] Mais, alors, à Pyongyang, hein !. - Au spectacle de l’opéra donné en votre honneur. Lorsque la salle se met debout pour vous applaudir longtemps, lorsque vous faites votre apparition dans la loge centrale !... Hein !... Tu frimes!... Spectacle très spécial; assistance très triée, vous glisse l’épouse de l’ambassadeur, mais la présence est, comme d’habitude, obligatoire dans la salle. 

L’homme

            Le sujet: la lutte, bien sûr, « révolutionnaire »... La musique : du Verdi aplati par un rouleau compresseur. - Un éclair de - ou dans - ma mémoire, et je revois les visages de mes trois collègues coréens du Conservatoire n° 1 de Bucarest... Et s’ils se trouvaient, eux, maintenant, dans la fosse d’orchestre ?  

L’épouvantail

            Enfin, la scène finale. Grandiose ! L’épouse chante, en pleurant et en caressant le manteau de l’époux révolutionnaire qui, paraît-il, a été tué... Mais, non ! Eh, bien, non ! Le possesseur, le maître du manteau n’a pas été tué par les méchants capitalistes contre-révolutionnaires... Il est là, le voilà, et il va conduire les masses vers le communisme victorieux... 

L’homme

            Le rire m’étouffe. Il me fait sortir dans le hall désert. Zoé me suit. La femme de l’ambassadeur n’ose pas quitter la loge. Elle reste avec Iliescu et les autres. Avec le manteau et avec le communisme. Avec son manteau et avec son communisme à elle, à eux. - Je regarde Zoé. Elle me regarde. Nous rions. Nos bouches, largement ouvertes. Aucun bruit. Aucun ! - C’est du riro-cris muet ! - Je décèle une certaine lumière dans les yeux de la jeune femme aux cheveux longs et blonds, en face de moi. – « Ne sois pas désespérée », je dis. 

La marionnette

            Et Zoé lui répond : 

L’épouvantail

            [à l’homme, en jouant le rôle de Zoé] « Toi non plus. » 

[Noir soudain. Brusquement, la boucle sonore - à une forte intensité. Les lumières balayent les photos et les objets accrochés aux murs de la scène et de la sale. Apocalypse... - Le vacarme s’arrête soudainement, en pleine lumière.]


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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 17:53

Avant Propos

Une fois au sommet de la Tour Eiffel, une question s’impose :

- Sauter ou pas sauter ?

Ne pas sauter, enlèverait tout sens à l’ascension. Sauter, par contre, susciterait des tonnes d’autres interrogations à qui mieux mieux plus compliquées, biscornues, farfelues, capables d’escamoter la question mère, voire de l’écraser.

- C’était la réalité psy qui m’a envahi en regardant la petite vieille, ratatinée, myope, peut-être même aveugle, qui regardait je ne sais pas quoi, de là-haut, des cimes eiffeliennes, parisiennes…

- Et alors ? 

 

Caron et la Tour Eiffel.

 

- Difficile de se glisser sous la peau d’un autre.

 

- Le bidasse qui fait passer et qui dépose les zozos de « l’autre côté » ?

- Lui-même, qui achemine toutes sortes de cocos et de zèbres vers l’au-delà ; qui regarde et enregistre le passage de l’existence vers l’inexistence ; qui, enfin, passe lui-même, au retour, de l’inexistant vers l’existant ; – peut-être.

 

- Prenons comme exemple le cas de Caron.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- Qui – pour s’occuper de ce qui se passe dans une âme pareille ?

 

 

- Vous allez me demander, peut-être, quel pourrait être l’intérêt de s’y intéresser ? Vous aurez, naturellement, raison. Combien d’entre nous partagent le sort de ce Caron ? Mille ? Cent ? Dix ? Un ? Aucun ?

- Aucun !

- Il n’y a pas des Caron parmi nous. Il ne peut pas y en avoir. Dans le camp de l’existence, (où nous autres flottons tous) l’inexistence nous est interdite. Elle n’y est, au mieux, que pressentie. Jamais sentie.

- D’autant moins vécue.

- Caron, lui, par contre, il y touche.

- Peut-être !

 

- Il passe d’une rive à l’autre, chargé (dans une direction), vide (dans l’autre), sorte d’éboueur d’âmes, de madame-pipi-du-monde avant la lettre.

- Et il y observe les changements subis par ses passagers...

 

 

- Comme un photographe qui, tout en aidant ses sujets à s’immortaliser... (si, si !... s’immortaliser, ne pas mourir, ne plus mourir… sur la pellicule) observe leur rigidité de plus en plus évidente, leur nécrose de plus en plus avancée.

 

- Des soupirs et des larmes.

- C’est ce qu’on dit pouvoir – avoir à – trouver dans l’empire souterrain.

- Des soupirs et des larmes éternels.

- On le dit sans se demander pourquoi ; sans s’interroger sur la souffrance des passants, sur la souffrance des... trépassés (...des... très-passants ?), sur la souffrance des disparus.

- On ne peut pas s’y interroger, nous autres.

- On n’est pas des disparus, nous autres, quand même !

- Tandis que lui, si, Caron, le tantôt disparu, le tantôt apparu, l’éternel transgresseur, le monotone volte-faceur entre l’existant et l’inexistant, entre 1 et 0 : il les aperçoit, lui, les disparus ; il les touche ; il touche à leur souffrance ; qu’il oublie lors de son retour au monde – pour pouvoir y retourner.

- Quant à eux, ils l’aperçoivent et ils le touchent, lorsqu’ils lui payent le passage – avant de toucher à la disparition, à leur propre disparition...

- Ils deviennent, ils parviennent à être, ils sont tous (depuis longtemps, depuis toujours), nous sommes, nous autre, tous, des disparus !

 

Post propos

 

Après avoir articulé ces mots, la vieille ricana. Aigu. Avec beaucoup de joie. Elle parait être en paix avec elle-même, très souriante : rictus-isante. Elle donnait l’impression qu’elle allait se dissiper, dépressive et désinvolte, dans l’air pur qui, tel qu’un nuage de smog, flottait autour de la Tour Eiffel, juste en dessous du gland de celle-ci. C’était tout. Et rien d’autre.

   

         - La folie, par exemple, la bêtise, l’inutile !

 

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 15:57

 

Avant propos

 

Quoi de plus ordinaire (snobe, pourtant ; valorisant ; noble) que de suivre une analyse ? Tout le monde peut le faire aujourd’hui, dans notre monde évolué.

- Tout le monde (se) doit le faire.

C’est ainsi qu’on arrive à la liberté individuelle totale. C’est ainsi qu’on peut la dépasser, cette liberté individuelle totale. En l’occurrence, les protagonistes, à un moment où à un autre, doivent changer de place, (inter)changer leurs rôles. L’analysé peut et doit prendre la place du psy ; et vice versa ; avec, en plus, tout  le sado-masochisme afférent.

- Question de pouvoir.

- Question de rébellion.

- Question d’évolution.

Libre, individualisé jusqu’à l’impénétrable, jusqu’à l’imperçable solitude totale, on échoue assez souvent dans le désordre, dans l’anarchie, dans la maladie mentale.

- Morale.

Aussi.

- C’est quoi ?

- C’est pourquoi ? 

 

 

 

Œdipe sans souffre        

(La hantise de la psychanalyse, repère plus que contemporain de et pour la contemporanéité.)

 

Jasmine Farada, artiste peintre, avait hérité dans son adolescence d’une certaine fortune qui, bien investie, l’avait mise à l’abri des soucis. Digne fille de son temps, affranchie (hyper), elle se révéla presque libertaire. Son désir d’expression, puissant, mais handicapé par une certaine (assez forte) maladresse en ce qui concerne l’utilisation des mots, l’emmena à dessiner, à peindre et à sculpter. À dix-huit ans elle vivait pour son art et de ses investissements immobiliers. À vingt ans, s’y ajoutèrent les premières œuvres vendues et la première pension alimentaire reçue de la part de son premier ex (Cristobal Meunier) qui l’avait fait mère pour la première fois. Ensuite, cinglée et sympathique – après une courte analyse (car précoce) et après une cure de prise de conscience –, elle n’hésita point de changer souvent de partenaire. Quatre d’entre eux la firent tomber enceinte (une ou plusieurs fois). Les pensions alimentaires s’en suivirent. 

Benjamin, le premier dans la lignée initiée ainsi par Jasmine, se vit doté, avec le temps, d’une mère et d’une demi-douzaine de demi-frères et demi-sœurs. Il avait aussi, comme tous les autres, un père, le sien ; mais accessoirement. Par ailleurs, il n’avait pas des frères ou des sœurs à part entière, Benjamin. Il avait, en revanche, quatre (quasi) beaux-pères. En revanche ou par contre. Sujet sur lequel Jasmine s’attardait pas mal de temps, allongée sur les divans de maints psys consultés à des maintes occasions dans sa vie.

Le presque père de Benjamin, quant à lui, était, comme il a été dit ci-dessus, Cristobal Meunier, le chansonnier.

Sa jeunesse ne fut pas vraiment une promenade de plaisir. L’école, avec ses abrutis de profs (espèce des poupées mécaniques qui essayaient de fourrer dans la caboche des sauvageons des connaissances universelles qui n’intéressaient personne), cette école indifférente, cette école minable, malade, donc cette école de merde fut une vraie prison pour Cristobal qui, d’ailleurs et par conséquent, la quitta vite (très). La vie (la vraie) – pour laquelle il se disait déjà préparé – se trouvait ailleurs.

Après une étape plus ou moins difficile, passée « chez les petites femmes de Pigalle », devenu une sorte de « sans famille » contemporain, Cristobal trouva (ou fut trouvé par ?) une chanteuse qui se fit un plaisir de le dépuceler. En bonne amante-mère-putain, pourtant, elle investit en lui de sorte qu’il devînt très vit un espoir de la chansonnette. Il s’agissait de la vraie chansonnette française, grivoise, piquante, cinglante, joyeuse et agréable, que l’on ne trouve pas à la télé ou à la radio, mais seulement sur les scènes des cafés-théâtres peuplés d’américains et de japonais en mal d’Europe, qui se montraient prêts à importer dans leur intimité lointaine ce parfum traditionnel-osé : un peu Gavroche, Villon, Rabelais, Brel, Brassens… À la fin du spectacle, tout ce monde venu d’ailleurs achetait, discipliné, des cassettes et des disques vendus en exclusivité sur place, signe de rareté et de bon goût, d’histoire éclatante et de démocratie choisie, noble – française, bref !) et les faisait écouter chez lui, là-bas, dans les ailleurs de ses existences. Cristobal gagna ainsi une renommée internationale, pour se faire ensuite accepter par et dans son propre pays, en tant que quelqu’un doté des qualités « représentatives ». – Suite à quoi, les radios et les télés commencèrent à le solliciter ; suite à quoi, donnant à Cesare ce qui était à Cesare, il décida de mettre de l’eau dans son vin (il réduit la drogue, l’alcool et le tabac) ; suite à quoi, il apprivoisa sa verve fruste et parfois taillée à la hache, il abandonna quelques cordes (lumpen) prolétariennes de sa sensibilité en échange d’un peu d’émotion (petit-) bourgeoise, lacrymogène… Discipliné par la lourde tâche de montrer au monde, d’y représenter la rébellion française traditionnelle, confronté sur ce plan à la concurrence interne française et à une vie personnelle assez aléatoire (voyou légèrement sentimental et bien illettré, rigolard, généreux parce qu’égoïste, hyper-entouré par des pots, il était – se sentait – terriblement seul cependant ; il faisait impression ; – on était impressionné), il rencontra des vrais problèmes psychologiques (pas loin de ceux psychiatriques, disaient ses détracteurs). Lorsqu’il déprimait, il appelait ses psys et se gavait – avec modération, mais réellement – d’anti-dépresseurs. Il gardait ainsi un équilibre que beaucoup considéraient comme hors du commun, voire exemplaire.

C’est avec cette image de ses parents mère lapine à l’expression visuelle et obstétrique, père au gargarisme riro-mélodique – que Benjamin grandit.

 

À l’occasion du 11 septembre 2001, le cocon matriarcal (à l’homme multiple) dans lequel Benjamin vécut ses presque vingt ans, prit un aspect particulier et se brisa.

Benjamin constata qu’il était tributaire à tout autre chose qu’au patriarcat. Cette dernière institution était évidemment valable pour un type comme Oussama ben Laden, l’homme à trente demi-frères et demi-soeurs et beaucoup de pseudo-belles-mères (mais à un seul père) ; le terroriste qui, disait-on, avait déclenché, le 11 septembre 2001, la guerre contre les Etats-Unis. Valable pour Oussama, donc, mais pas pour Benjamin, pour qui le créateur, le sien, n’était pas le père (comme pour l’autre) mais la mère, la sienne.

La sexualité, donc, menant ou bien au patriarcat, ou bien au matriarcat[1], n’était finalement qu’un mécanisme, se dit Benjamin.

- La reproduction, but final ?

- Paroles, paroles, paroles !

- Psychanalyse, psychanalyse, psychanalyse !

On dit « reproduction », mais on ne reproduit jamais rien. On en produit seulement. Et on en parle, on en parle, on en parle. On peut produire même des êtres. En parlant ou pas. Mais on ne peut rien reproduire.

- On n’est pas Dieu !

La sexualité restait, donc – pour notre Benjamin, pour son histoire –, un mécanisme producteur de sensations plaisantes, enveloppées en des vapeurs plus que psychiques : psychanalytiques. En l’occurrence, un mécanisme qui mettait à l’épreuve les liens entre les géniteurs et leurs rejetons, en imposant l’inceste – pour l’interdire et pour provoquer la transgression (sublimation, transcendance) de l’interdit.

Le regard posé par Benjamin sur Jasmine, sa mère, changea. Le fils ressentait l’envie de baiser sa mère. Tout simplement. Le tabou (l’interdit) traditionnel ne faisait que l’exciter encore plus. Finalement, il était où le mal ? Elle avait couché avec tant de mecs ! Elle le fera encore et encore. Quelle différence entre un mec quelconque et quelqu’un pas quelconque, son fils, Benjamin ? Ce n’était un pas un mec, lui ? Si ! Peut-être pas comme tous les autres, naturellement. Mais il était encore plus riche – de par l’inceste ! –, et tout aussi naturellement la chose ne pouvait être que plus intéressante, plus excitante.

  Ils étaient des adultes, tous les deux. Ils vivaient dans un monde moderne, dans une société évoluée.

- Et jouissive.

 Les mythes fondateurs, tel que celui d’Œedipe, étaient depuis longtemps assimilés, digérées, voire sublimés. La drogue, aujourd’hui, apportait (donnait) encore plus de sens au problème. Le vertige, activant de forces insoupçonnables, ombragées, corrompues par un oubli brisé, révélait des vérités anamorphosées, tout aussi réelles que les représentations de départ. C’était bien de représentations qu’il s’agissait. L’accès à la réalité brute (non-représentée car non-représentable) nous est barré par nos fantasmagories internes ou externes (tabous inclus), par nous-mêmes. Alors, la transgression des tabous n’est plus un problème. Non seulement qu’elle se montre possible, mais elle s’impose. Un nouveau monde nous attend. Un nouvel univers. Dieu même, l’inchangeable, le non-transgressable, débarrassé de nos préjugés, nous attend. – Son attente nous dévore. – Nous devons nous y rendre. – Il faut coucher avec notre mère. Il faut la baiser. Il faut (se) la faire !

L’envie sulfureuse ressentie par Benjamin de coucher avec sa mère et vice versa – se disait-il, l’envie sulfureuse ressentie par sa mère de coucher avec lui, ces impulsions sulfureuses, ces « emportations » infernales, imposées de nos jours par la psychanalyse désulfurisante, n’étaient plus « inexplicables ». Certes. Il n’y avait plus de quoi se tracasser. Ce n’était plus de l’interdit. Au contrarie, dirait-on : c’était de l’explicable créateur – c’est-à-dire – de non-interdit. Il n’y avait plus rien à transgresser. Tout était admissible. Donc, tout était permis. Presque obligatoire. Comme dans un transplant d’organes – sulfureux, lui aussi –, quand on transfère de la vie organique, de la sous-vie récoltée au niveaux inférieurs de l’être où elle perdure (un temps), où elle hésite de quitter le corps, même si la mort de l’être est constatée, en l’occurrence déclarée… La psychanalyse n’avait que plier ses bagages et quitter notre milieu. Nous refusons dorénavant d’obéir à ses « sondes » et à ses « mythoscopes » appelés nous faire « prendre conscience » des interdits que nous avons enfreint, transgressé, de nous faire « assumer » nos actes, forme diaboliquement moderne (soi-disant accusatrice et soi-disant responsabilisante) de la torture du repentir…

- Vu tout ce qui vient d’être décrit, l’historien s’arrêtera ici, en disant que Benjamin trouva, à un moment précis et très intense de sa vie, que tout ça, tout ce qui vient d’être décrit, ne pouvait être que nécessaire – tellement c’était stupide…, en justifiant intégralement ainsi la terreur inoculée par la stupide (dépassée !) psychanalyse mourante, gisant sur l’autel de la désulfurisation d’aujourd’hui – et tout.



[1]              …ou bien ailleurs, à d’autres endroits et vers d’autres horizons – égalité des sexes, libertinage, partouses, abstinence, impuissance, conversion, pornographie, perversions raffinées ou pas, SIDA…– qui n’étaient plus un problème de sexualité, mais – beaucoup plus simplement – un problème societal.

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 16:54

Avant propos

Personnelle, intime, invisible, propre à l’inhumanité humaine, tu nous indiffères. ----------- On nous indiffère.

 



On gave

                                                                                                                                                                                          

Rosie arrêta sa voiture à côté de la vacherie. Les vaches pie, une petite trentaine,  enfonçaient leurs sabots dans la boue de bouse et d’urine. Elles passaient leurs têtes entre les barreaux et, en se servant de leur langue musclée et baveuse, lapaient et avalaient la farine grossière, étalée assez parcimonieusement devant le grillage.

- Ils commençaient à manquer d’énergie, les Michaux.

La saleté demandait depuis un moment à être enlevée...

Derrière la vacherie, le nouvel élevage de canards, un demi-saucisson industriel, peint en vert et gris, s’offrait au regard en toute sa laide banalité.

Rosie introduisit la clé dans le démarreur mais elle s’arrêta à mi-chemin.

- Elle ne pouvait quand même pas partir sans avoir vu Anne.

Elle avait dit aux Michaux qu’elle passera la voir. Mais maintenant l’envie de foutre le camp était très forte. Même aiguë.

- Pourtant, elle manquait de courage.

Elle était arrivée à Bonneuil non pas avec l’espoir de trouver une solution à son problème (il n’y avait pas de solution autre que l’oubli), mais du moins de changer un peu d’idées, de reprendre un peu pied dans cet univers qui avait tangué tellement brutalement et l’avait secouée avec autant de violence une semaine auparavant lorsque Lionel son départ. Chose promise, chose due – et accomplie : le taxi attendait en bas, Lionel ayant préparé déjà sa valise...

- Après, elle est restée sans repères.

Sans repères pour ce moment-là, le moment passé présent. Sans repères, certes, elle était pourtant assez puissante pour retrouver son équilibre. C’est sûr ! Mais il fallait laisser un petit peu le temps faire son travail...

- Son deuil.

À Bonneuil, elle était arrivée presque sans vouloir, inconsciemment. Elle avait pris quelques jours de vacances, était montée dans la voiture, était partie à tout hasard, vers l’horizon... Elle avait regardé le monde. La route. Les arbres. Les maisons où régnait, parait-il, une paix voisine de l’ennui, mais pas nécessairement mauvaise ou méchante.

- Les gens – très quelconques : de vivants élémentaires.

Elle avait dormi dans des hôtels d’autoroute, avec l’espoir non dit qu’un camionneur ou un autre viendra la consoler. Rien ne s’est passé, néanmoins.

- Et la voilà arrivée près d’Angoulême.

Elle se trouvait à soixante kilomètres de Bonneuil. Le hameau où elle avait passé des vacances très agréables dans son enfance... À l’époque, elle s’était lié amitié – à la vie et à la mort, naturellement – avec Anne, la fille des Michaux... Elles s’étaient perdues de vues, ensuite... Qu’importe ! Les Michaux l’avaient reçue très chaleureusement aujourd’hui, quand elle avait frappé à leur porte. Ils étaient tous les deux à la maison. Valides, mais vieillis. Ils mis quelques secondes pour la reconnaître. Elle avait, quand même, laissé une trace dans leur mémoire; c’est à dire, dans leur vie...

Elle leur avait dit tout de suite qu’elle était seulement et vraiment de passage. De très court passage. Histoire de leur dire bonjour. Pas plus. Elle n’avait pas le temps... Et Anne, elle était où ? Elle n’habitait plus avec eux ?

Ils lui racontèrent ce qui était arrivé à Anne. Le grave accident de voiture, qui lui avait gâché totalement la vie. Le garçon, enfin !, le jeune homme avec lequel elle vivait, l’avait larguée. Elle était à moitié infirme aujourd’hui. Elle avait le dos tordu et raide. Elle tirait la jambe gauche. Le visage, lui, n’avait pas été atteint. Heureusement. Ni le cerveau. Ou, malheureusement. Car elle se rendait maintenant compte de tout ce qu’il lui était arrivé, et, pire encore, de tout ce qui ne cessait plus de lui arriver et aussi de ce que ne lui arrivera plus jamais.

- Mais elle était vachement courageuse, Anne, disaient les Michaux.

Evidement, elle ne pouvait plus travailler dans la restauration, comme elle aurait voulu. À la ferme, auprès des vaches, non plus. Mais elle pouvait, quand même, être active. Et, qui sait si elle n’allait pas s’en sortir plus vite et mieux que prévu ? Elle était tellement intelligente ! Elle avait décidé d’ouvrir une entreprise, une petite entreprise de gavage de canards. Même pas mille volailles par tranche. Neuf cents vingt, seulement. Pour treize jours. Une petite entreprise. Avec un seul travailleur : Anne, la patronne ; elle-même et toute seule.

- Une Anne permanente, qui faisait que ça.

- Elle gavait les bêtes pendant treize jours. Puis, celles-ci partaient ailleurs, pour y être tuées et préparées. Rien d’autre. Le foie gras, le magret, et ainsi de suite, étaient l’affaire des autres. Elle gavait et regavait seulement, Anne, les canards, Anne. De la farine de mais, qu’elle leur donnait, de l’eau, du colza, des sels minéraux. Tout était automatisé. Seuls les becs des canards n’étaient pas automatiques...

- Encore que.

Aussi, elle travaillait dur de cinq à sept heures du matin et de cinq à sept heures du soir. Pour le reste, quelques travaux de bureau, des factures, des bons de commandes, des coups de fils à passer, pas grand chose, quoi ! Et, comme elle était assez clairvoyante en informatique, cette partie du travail devenait un jeu. Non, non. Sûrement. Elle avait trouvé la bonne solution. En plus, comme ça, elle restait à la maison et eux, les vieux, pouvaient prendre soin d’elle, et elle pouvait rendre les jours qui leur restaient à vivre, un peu plus lumineux...

Rosie avait manifesté son envie de revoir Anne, et les Michaux lui avaient expliqué comment arriver à la vacherie ; la bande de gavage se trouvait juste derrière...

Rosie descendit de voiture. Du demi-saucisson industriel venait un bruit de ventilateur mêlé à de la musique (du rap !). Rosie frappa à la porte. Ensuite, comme personne ne lui répondait, elle ouvrit la porte et pénétra dans une pièce exiguë, carrée, meublée d’un petit bureau, avec un ordinateur sur sa planche, et de quelques étagères sur lesquelles étaient déposés des riens électroniques et technologiques.

Rosie se dirigea vers la porte du fond de la pièce. La porte était prévue d’une petite fenêtre. Rosie s’approcha et regarda à l’intérieur de la salle. Devant ses yeux, dans le long rectangle de la halle, s’alignaient six rangées de cages très-très étroites. La lumière, blanchâtre, provenait des ampoules de néon répandues avec économie sur le plafond et sur les murs.

- Dans chacune des cages, un canard.

Des animaux contraints par l’hyper-étroitesse de leurs cages à une immobilité presque totale. À peine pouvait-ils faire quelque petites claquettes.

- Sur place.

Avec leurs pattes palmées, conçues pour nager. – Rien d’autre. – Les volailles sortaient leurs têtes par le haut, et regardaient à droite et à gauche ; ou devant. – Rien d’autre. – De toute évidence, les cages étaient comme des carapaces, comme des squelettes extérieurs.

Tous les dix mètres, des ventilateurs faisaient bouger l’air humide sentent le plumage trempé et la fiente. Devant les cages, une sorte de gouttière, remplie d’eau.

- À boire.

- Non pas pour nager.

Par-dessous des cages, un caniveau récoltait les excréments et l’évacuait à l’aide de longs jets d’eau spasmodiques mais réguliers.

Anne – Rosie eu du mal à la reconnaître –, habillée « avec la fourche » (blouse bleu de travail ; jeans noir, usés ; coiffe verte et rouge, insultant le regard ; bottes indéfinies et approximatives), munie du tuyau de gavage relié à l’installation robotisée roulant sur des enveloppes en caoutchouc, passait d’un animal à l’autre. De la main gauche, l’estropiée prenait le canard par le cou. Paniquée, la volaille ouvrait son bec. Anne y introduisait le tuyau de gavage.

- Profondément, dans l’œsophage.

Anne appuyait sur le bouton. On voyait le projectile alimentaire descendent à toute vitesse dans la gorge de l’animal.

- Le gésier : au bord de l’explosion.

Cinq secondes, tout au plus. Cinq secondes énormes. Mortelles.

…Anne sortait le tuyau du bec de la bête. Entre temps, de la main gauche, elle avait déjà pris le cou du canard suivant... Le gavé, après avoir encaissé le coup dans son gésier, dans le noir de son être endolori, secouait la tête en ouvrant largement le bec.

- Muet, désespérément ouvert.

Il voulait rendre ce qu’on lui avait injecté. Il n’y arrivait pas.

- Son plumage était hérissé.

Du stress.

- De la terreur.

Ils ne voulaient pas être gavés, les ailés.

- Ils l’étaient.

L’odeur : de canard mouillé. La musique : du rap. La lumière : du blanc cendré.

Anne passait d’une bête à l’autre; introduisait le tuyau dans le bec de l’animal étranglé ; appuyait sur le bouton ; aidé de sa main la descente du bol alimentaire suffocant, torturant ;  sortait le tuyau de la gorge de la bête et l’introduisait dans la gorge suivante, déjà étranglée...

- Baise.

- Perversité.

- Fixette dépressive.

L’expression de la jeune femme : indifférente. Elle boitait, mais ça ne se voyait pas trop. Elle était bossue, sans doute, mais ça ne se voyait pas trop non plus. On avait l’impression que c’était le travail qui lui imposât cette position un peu voûtée...

Rosie comprit qu’Anne faisait ces gestes tous les jours. Elle était ça – tous les jours. Sans répit.

- Elle... torturait... si ! si !... suppliciait les bestiaux.

Elle gonflait leur gésier, sur-sollicitait leur foie, les rendait malades.

- En tirait-elle plaisir ?

Treize jours. Deux fois par jour. Neuf cents vingt bêtes. Pas le temps de faire connaissance. Pas le temps de s’en attacher.

Après treize jours, les neuf cent vingt animaux – moins trente, quarante, qui mouraient, le gésier crevé – partaient chez d’autres, qui leur faisaient subir le reste des épreuves de leur courte vie, avant de les tuer, déplumer, dépecer... Morts, ils trouvaient la pais, les animaux.

- La leur.

Tandis qu’elle, Anne, continuait son travail. Chaque jour. De cinq à sept heures du matin. De cinq à sept heures du soir. Chaque jour. Sans répit. Pour neuf cents et vingt bec, gésiers et foies. Dans l’atmosphère humide, blanc-grise, ventilée, rapisée, qui sentait le plumage humide et le guano. Elle était vraiment courageuse ! Elle paraissait même avoir trouvé la paix !

- Elle n’était pas morte, pour autant.

- Anne !

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