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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 07:43

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VI

 

3

Dans la suite de son hôtel, les traits creusés, le torse nu, Stroë écrivait une lettre.

La table était petite. La suite directoriale était sombre et toujours bien climatisée.

« Ma très chère,

« Je profite de la distance mise temporairement entre nous par la vie. Je veux te parler de certaines choses trop délicates pour qu’elles puissent supporter une expression à haute voix. Un face-à-face n’aurait comme résultat que leur éclatement, leur éparpillement, avant même de pouvoir en effleurer, en pressentir leur sens.

« Il s’agit, tu t’en doutes, je crois, de la situation bizarre où l’on voit son propre contenu changé, où l’on voit son propre contenu vidé, situation dans laquelle je me trouve aujourd’hui, une fois le Grand Caprice passé.

« Je suis le patron de la Rédaction des Grenouilles. Et alors ? Je ne suis rien de plus ce cela.

« Le Grand Capricem’a détaché de mon propre passé. (À moins que ce ne soit Luice passé-même, le Grand Caprice.) Je me sens comme éjecté. On m’a fait de nouveau, sans me faire pour autant, moi.

« Crise d’identité, darling ? Une crise de mon identité ? Ce serait trop simple. En tout cas, insuffisant.

« Tu es bien placée pour me comprendre. (Remarque. – Je ne te ferais pas de reproches pourtant si tu te réfugiais dans le vaste Oubli que tu étudies à présent, que tu veux t’approprier et que tu maîtriseras sans doute, à terme.) Ton hyper-être, gardien et manipulateur, la super-hideuse Barbara, dont tu es une sous-créature splendide, témoigne de ta propre incapacité d’auto-détermination, d’auto-identification, d’auto-autonomisation, d’auto-atomisation. Donc, je suppose que mes mots ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd. Toi aussi, mon amour, tu n’es que quelqu’un de définitivement circonscrit, voire déterminé.

« Ce qui me travaille à présent c’est un certain instinct de puissance en alerte.

« Il manque quelque chose à ce monde d’après le Grand Caprice (peut-être le Grand Caprice-même ?) pour que je puisse y trouver satisfaction. Je veux dire, moi-même.

« - C’est moi qui me manque.

« On a beau dire que la Rédaction en Français de RFI a un Directeur : moi ! C’est inutile. C’est même ridicule ! Je dirige plusieurs réunions quotidiennes pour préparer ‘les rendez-vous importants de la journée’. J’arbitre sur la hiérarchie des nouvelles, des chroniques, des reportages, des interviews, sur ‘les éclairages’, sur les choix géographiques et personnels des correspondants, sur les missions et sur leur suivi, et cætera, et cætera, et cætera … Et alors ? En quoi suis-je moi-même (parler d’un sur-moi-même, serait trop superflu) au milieu de tout ça ? Ni mes racines, ni mes branches ne s’implantent dans des matières fermes.

« On trouve dans ce monde des gens qui sont malades ou en bonne santé à leur guise, quand et comme ils veulent. Question de volonté, donc. De puissance, par conséquent. Vouloir et pouvoir, même combat instinctif ; malgré l’abîme qui les sépare.

« Mais nous deux, ma belle amie, mon Gnito à moi, nous n’allons pas nous tromper l’un l’autre. Nous sommes de la même espèce. Mieux encore : de la même race.

« Le nouveau et l’ennui nous enveloppent dans leur écorce, dans leur croûte aéro-lumineuse, en nous rendant, je ne dirais pas heureux, mais… bien. »

On frappa à la porte.

<>

Stroë leva le menton, mais continua d’écrire :

« Assujetti à ce cri d’identité dont je parlais au début de ma missive, je suis à la fois mécontent et inquiet. Je me sens, je veux dire, comme un élément chimique aux valences insatisfaites : suspendu à l’inaccompli, à ce qu’on, à ce que se fomente aveuglement dans l’avenir.

« Je sens que des choses se préparent. Nous serons tous sollicités, peut-être heurtés ou endoloris par ce qui se prépare… »

On frappa de nouveau.

Stroë se leva, enfila vite la chemise jetée sur le canapé, et ouvrit.

<>

Sur le seuil, la seule journaliste femme de la rédac en langue méconnue lui souriait de tous ses implants dentaires. Elle n’était plus jeune. Elle était habillée « en gouttière », comme souvent. Elle se trouvait pourtant un certain charme. L’aura de son parfum lourd frappa les narines sensibles de Stroë.

- Mmm, c’est très bon ! dit le Directeur des grenouilles. C’est quoi ?

- Ça te plaît ? C’est un secret.

- Mmm, ça sent vraiment très bon. Très. Mais, ne reste pas là. Entre, donc, entre.

Stroë se retira pour laisser la voie libre à la journaliste. Celle-ci pénétra dans la suite directoriale. Elle bougeait ses hanches à la française : fortement mais pas exagérément, ni vulgairement. Le « zinc » de ses habits jetait des éclats.

- Toi aussi, tu sens bon, dit-elle en passant près le Directeur et en se faufilant dans le salon. Comment se fait-il que tu sois seul ? Je te dérange ?

- J’avais quelque chose à finir. Mais ça peut attendre. J’en avais même marre. Donc, je te suis même reconnaissant. Assieds-toi, je t’en prie.

- Merci.

La journaliste appuya ses fesses contre la table sur laquelle il y avait encore la lettre de Stroë. Celui-ci s’approcha et rangea les papiers et le stylo.

- Tu veux boire quelque chose ?

- Non, merci… Ce ne serait pas long… Voilà… Je serai directe. Tu me connais, d’ailleurs. Je pense que c’est beaucoup mieux de dire ce qu’on veut, au lieu de se promener par je ne suis par où pour ne plus arriver nulle part parfois, n’est-ce pas ?

- Absolument, absolument. Mais ça ne te dérange pas si je prends un petit verre, moi, non ? Ou, mieux encore, je veux me griller une. T’en veux ?

- De l’herbe ?

- Hélas !

- Non. Merci. Ce ne serait pas long, je te disais. Donc : je suis venue pour te demander si tu n’as pas une place pour moi parmi tes ouailles.

- T’as marre de ton chef, de tes collègues, d’Ică ?

Stroë lécha la cigarette roulée, pour la coller.

- Pas spécialement. De ce point de vue, les choses se présentent plutôt bien. Ce qui me tracasse, je dirais même ce qui m’agace c’est la langue. J’en ai marre du méconnu.

- Ça se comprend.

Stroë alluma son joint.

- Oui. Certainement. Alors, j’ai pensé de t’en parler. Tu connais mes capacités, je crois. Et je serais prête à beaucoup plus.

Le regard de la femme indiquait qu’elle était décidée de ne laisser aucune chance au Directeur.

- J’ai entendu que tu as une technique spéciale.

Le Directeur avait de toute évidence reçu le message cinq sur cinq ; il se rendait.

- Quelque chose avec de la soie ? ajouta-il.

- On ne t’a pas trompé. C’est avec ça.

La femme troussa sa jupe « en gouttière » du côté gauche. Sa cuisse était encore ronde et bien faite, en dépit d’une cellulite visible. En haut du bas luisant, « en gouttière » lui aussi, roulé avec un certain art autour de la cuisse, un lambeau de soie jaune pis en lit attendait d’être utilisé.

- Avec ça, répéta la femme en regardant Stroë droit dans ses yeux, pendant que ses doigts adroits caressaient la soie.

Stroë écrasa la cigarette dans un cendrier posé sur le frigo et s’approcha pour trousser encore plus la jupe de la journaliste, en disant :

- Il n’y a pas de différence entre l’erreur, le hasard (probabilité, providence) et la nécessité – du moment où tout ça arrive. Je te devais une tequila, depuis notre mission au Mexique, tu te souviens. De la tequila, je n’en ai pas. Mais j’ai… moi. À volonté. J’ai du moi à volonté. Et j’ai soif. J’ai soif de moi. Comment vas-tu ?

Pause. Il tripota les seins de la femme.

- On meurt tellement autour de moi, autour de nous, reprit-il. Tu sais, j’ai des choses sur-naturelles en moi. Les quelques enfants cyclopes et asexués de Dora, d’abord. Mais aussi beaucoup plus que ça. Ma substance, mon éther. Des choses très particulières. Je garde une nature ante-capriciale. J’ai traversé le Grand Caprice où je me suis laissé transpercé ou emporté par lui. Transpercé ou emporté, c’est pareil ! Et cela avec un profit que je vais mettre à jour maintenant. Tu n’es plus ce que tu crois être ; ni ce que d’autres pensent à ton égard. Le seul qui sait les choses conformément à leur nature c’est moi. Et moi, je te le dis solennellement, moi je sais que tu es Gnito. Personne d’autre qu’elle.

Pause.

- Tu es Gnito.

Pause.

- Personne d’autre qu’elle. Tu me diras qu’elle se trouve à Paris, en tenant compagnie à la Muguette, la meuf d’Ică ! Et alors ! Ça ne lui sert à rien ! Ça ne te sert à rien ! Moi, avec mes pouvoirs dont je viens te parler, moi je te fais Gnito, moi ! En ce moment, je mets sur toi l’image de ma Gnito. Je bande. Beaucoup. Regarde.

Il prend la main de la femme et la met sur sa braguette.

- J’appelle ça une merveille.   

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 11:01

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VI

 

2

Installée sur le futon zébré du séjour de Stroë, la tasse de thé dans la main, Muguette ouvrit la conversation :

- Je suppose que tu n’es pas sans savoir pourquoi j’ai tenu te voir maintenant, tout de suite après ta visite chez la Corneille Bicéphale ?

- Oui, je crois.

La très agréable Gnito était assise sur le tabouret bas, à côté de la table en bois foncé, de telle façon que Muguette puisse apercevoir sa petite culotte blanche, attendrissante, « cachée pour mieux se montrer » sous la mini-minijupe.

- Tu voulais… me parler en absence des hommes. Tu te méfies d’eux. À juste titre, bien sûr. Malheur à la fille, à la femme qui fait confiance à un bouc. Naturellement !

Muguette resta coite, la tasse à mi-chemin vers sa bouche. Ensuite, elle dit :

- Si je m’attendais à ça !… Alors, là !… Ça c’est quelque chose !

L’autre sourit. On dirait, avec beaucoup de sagesse.

- Reconnais-le, dit-elle. Je peux très bien remplacer la petite frappe qu'Ică est en train de sauter. Maintenant. Là. En Nomadie. Dans une chambre climatisée de leur hôtel. Oui. Cette petite frappe qui essaye de concilier, de jumeler même la platitude et la profondeur. Qui essaye de rendre – avec beaucoup de succès – plate la profondeur, et profonde la platitude. Et cela, dans cette vie post-capricieuse… Ou post-capriciale ?… Je peux accomplir même mieux qu’elle la tâche dont elle s’est auto-chargée1.

Muguette la regardait ahurie.

- Je m’explique, fit la superbe créature. Un homme, s’il court trop après de femmes, c’est pas bon. S’il court trop peu, c’est pas bon non plus. Mais moi, moi je suis une femme. Je veux vivre dans des chiffons, des musiques, des éclats, des lumières, de bonnes odeurs, des sensations…, dans l’écume du jour, comme disait l’autre. Je veux que l’on me traite en femme vraie. Ou en vraie femme. Que l’on ne tienne pas compte de quoi que ce soit hormis mon sexe. Si on me bouscule, si on me brutalise avec le but de pénétrer mon sexe, de mepénétrer, si on agit ainsi pour mon sexe, pour moi, tout est pardonné. J’embrasse. Je divinise. Surtout s’il y a un enfant à la clé.

Une éclaire victorieuse traversa le regard de Muguette2.

Une fois l’éclair de son regard éteint, en cachant sa satisfaction sous une expression d’humilité, elle dit :

- Tu veux être regardée comme une femme tout en n’étant pas regardée comme une femme, ni comme un homme, mais comme une tout autre chose. Décidément, tu es des nôtres. Quant à moi, ce que tu vois, maintenant, lorsque tu me regardes, ce que tu me vois n’a presque plus rien à voir avec la Muguette d’autrefois. Dans la gorge de cette Muguette-ci, présente, la réplique, vive, acide et coupante s’est arrêtée comme un stop-cadre. Aujourd’hui, Ică lui donne des leçons – à cette Muguette-ci, que tu vois de tes beaux yeux ! Il aborde, pour ces occasions, son expression de donneur des leçons. Une expression qui énerve sans faute et terriblement cette Muguette-ci, dont tu t’empares à ton tour avec tes beaux yeux. Elle reste muette au point de suffoquer, la Muguette dont on parle. Cette fois, comme toujours depuis un moment déjà, elle est sans parade. Ică ne la gifle plus, il ne la jette plus littéralement par terre, il ne la crucifie plus sur le lit conjugal, comme dans le bon vieux temps. Maintenant, les choses se passent d’une toute autre manière3.

- Oui, je crois comprendre. Je crois sentir même, dit la superbe Gnito. C’est de l’inquiétude. C’est du sérieux. Ică t’inquiète avec sa hantise… On ne va pas tourner autour du pot. Oui, c’est ça. Il est hanté. Il est poursuivi par une espèce d’amour misanthrope. Ce n’est pas bon signe. Il ne faut pas se laisser hanter par l’amour. Ce n’est pas normal ! Or, chez Ică et, surtout, aveclui, ça se normalise. C’est ce qui se passe. Ça. L’amour et la misanthropie rodent à l’intérieur de lui. C’est une érosion interne subliminale mais très puissante. Immatérielle, asubstantielle, cette présence, en Ică, c’est quelque chose de pire encore que le Spectre non-hamletien, d’avant la chute de Mur de Berlin, le Spectre du Communisme et de l’Anticommunisme !

<>

Muguette s’approcha de la sur-belle sous-créature de l’hyper-laide Barbara. Celle-ci sentait angéliquement bon. Muguette parut céder à une impulsion obscure et brûlante qui l’empalait intérieurement, qui la transperçait, qui l’embrochait. Ne se maîtrisant plus, elle mit ses mains sur les épaules de l’hyper-beauté et lui chouchouta en pleine figure, en pleine bouche :

- Quelle merveille ! C’est comme la première fois, mais vu de l’autre côté. Le miroir existe vraiment. Il impose deux réalités. Deux existences. Ses deux réalités et ses deux existences. Je crois savoir maintenant qu’est-ce que l’homme sent en fonçant sur la femme. Ce qu'il sent en la pénétrant, en la lui mettant. Je suis vierge à nouveau. Mais, comment dire, de l’autre côté ! Plus précisément, d’un autre côté. Il y a plusieurs côtés – pour une seule virginité. Énormément de côtés. La totalité des côtés, lorsqu’on se trouve au centre des faits, au centre de l’action.

La belle éclata dans des pleures nerveux. Elle se laissa embrasser par la femme d’Ică, qu’elle embrassa à son tour. Sur la bouche.

- En mettant la langue.

 


1 Note du secrétaire particulier de Nicolâyë :

« Le regard de Gnito disait encorei : 

« - Il ne pas malade de sa mémoire, mais de ses couilles. Sa maladie n’est pas une surabondance de mémoires. Elle n'est ni un inceste historique, immémorial, virtuel, sans épaisseur aucune et à tout jamais.

« Non !

« - C’est une tout autre chose !

« Une chose absolue ! Un amour misanthrope.

« - Ça existe, quoi qu’on en dise.

« La misanthropie amoureuse, voilà qui est intéressant dans notre époque où l’amour est assiégé de tout les côtés. – Le tout vient de partout, comme on dit ! – Un amour très localisable. Dans ses couilles. On trouve l’amour, dans l’une, et la misanthropie, dans l’autre. C’est à sucer jusqu’à la moelle. À s’empoisonner. À se perdre dans les tréfonds, dans l’infini de l’ennui.

« - Hé !

« - Esprits des Grandes Lumières, courez à mon secours !

« - Hé !

« - Lucifer !

« - Hé !

« Que je puisse éclairer ce pauvre monde de chairs et d’ombres sur le sort qu’il doit préparer et réserver à Ică Glande, le Directeur des Langues de RFI, en mission avec sa boîte en Nomadie, au Sommet de la Francophonie !

« - Aidez-moi, vous, hé !, créatures tutoyant la mélanco-folie et la sage-inutilité de l’Art, à montrer le droit chemin à cet élément de la réalité peut-être fractale qu’est la contemporanéité !… Bref ! Me suis-je laissée fasciner par la mémoire multiple de ce géant goujat... ?

« - Ou par sa tristesse pré-coïtale ? »

 

2 Note du secrétaire particulier de Nicolâyë :

« Dans le regard de Muguette se disait approximativement cela :

« - Hé ! Tu es confrontée à d’énormes difficultés, toi, ma chère Gnito. Tu n’as pas d’enfants. Tu n’es pas la seule, sûrement. Ne pas avoir d’enfants n’est pas un délit, certes. Mais, si ce n’est pas un forfait, qu’est-ce que c’est ?

« - Une faute ?

« - Une faute sans responsabilité ?

« - Sans péché ?

« Avoir ou ne pas avoir d’enfants est lié au dire. Enfanter c’est ‘expressioner’. Les journalistes, surtout les journalistes radio, qui parlent sans cesse, ne devraient pas ressentir le besoin d’avoir des enfants… À l’avenir, pour perpétuer l’espèce, il suffira de parler. Il suffira d’être journaliste-radio.

« - Si, si !

« Avec une petite réserve, quand même. C’est qu’il existe quelque chose d’inconnu (de non agrée, donc, par les journalistes ; – radio ou pas radio), il existe une mémoire qui précède la parole. C’est ça, l’enfant. Le vrai ! C’est ça la radio. La vraie ! Avant d’accéder à la vie, avant de vivre, l’enfant est une expression.

« - Il est de l’avant-radio, de la pré-radio, l’enfant. Lorsqu’il articule son premier mot, il n’est plus (dans le) vrai. Il n’est plus un (vrai) enfant – mais autre chose…Il est (dans la) radio. Quant à la radio !…

« - Hé ! »

 

3 Note du secrétaire particulier de Nicolâyë :

« Il y a, donc, des changements à signaler dans le contenu même des relations entre Ică et Muguette.

« Si le premier, comme il vient d’être dit, ne frappe plus son épouse en lui appliquant avec le dos de la paume des gifles plus ou moins monumentales, la seconde, même en haïssant et en méprisant comme toujours tout ce qui bouge ou pas, regarde avec un espoir absolument injustifié vers son époux, en attendant que celui-ci parvienne à renouer avec le pré-caprice. Elle aime recevoir des gifles. Elle y trouve des justifications de toutes sortes...

« Elle est aussi un peu faustienne, la Muguette. Elle veut jouir non pas d’une éternelle jeunesse (rien de plus idiot qu’un jeune, surtout lorsqu’il s’avère éternel), mais d’une maturité sans fin.

« C’est à sa maturité, atteinte avant l'arrivée du Grand Caprice, qu’elle ait ressenti le trop-plein de la vie. La maturité c’est l’âge où le mépris, le pouvoir de mépriser, touche à l’art.

« - Pour vivre, il faut mépriser.

« Être laide, comme il est préconisé pour Barbara (et, en toile de fond, pour Gnito), n’est plus satisfaisant. En réalité, c’est même une erreur. Même si on pouvait toujours parler de l’art.

« - L’art s’avère ainsi tout aussi puissant qu’atemporel.

«  Mais, enfin, bref, le mépris s’impose ! »   

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 02:05

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

VI

 

1

« Nos informateurs, on peut s’asseoir dessus ! Y a aucun détournement d’avion ! La presse présidentielle française arrivera au bon port ! Keine drame ! Niet tragédie ! Le spectaculaire tombe à l’eau. Il ne me reste, donc, pas grand-chose à me mettre sous la dent, pour ainsi dire. Les machines à café de RFI : des conneries ! L’équipe partie pour la Nomadie : du virtuel ! La Présidence corneillée et bicéphalisée de RFI : du pittoresque ! Et au milieu de tout ça : moi ! »

<>

« Il paraît que mon Ministre est plus humain qu’on ne le croit. Il paraît que cette personne au nom terrible, Muguette Glande, serait une de ses conquêtes. La machine à café ne spécifie pas quand les choses se seraient passées. Elle note seulement que Manele Nicolâyë a suivi avec succès un stage très ‘in’ aujourd’hui encore, d’envie et d’ennui. Muguette fut sa formatrice. Juste après avoir obtenu son diplôme, Muguette, qui, en matière d’envie et d’ennui, avait dépassé depuis un moment le seuil supportable pour le mortel lambda, a quitté la boîte pour, je cite la machine à café, ‘se consacrer en totalité à la pratique personnelle, intime de son art’.

« Mon Ministre, serait-il tombé sous le charme de Muguette ? »

<>

« Une des machines m’informe que la splendide jeune femme qui escorte depuis un moment Muguette, s’est soumise d’elle-même à une première épreuve d’anonymat contemporain. Ainsi, elle ferait partie d’un troupeau de jeunes qui ont passé des castings pour jouer le rôle du public1. Une autre machine soutient que Gnito aurait passé des castings non pas entrer dans le public-télé, uniquement pourtant dans le public-radio. Dans un public détourné mais invisible ! Selon une autre machine à café, enfin, Gnito, n’aurait rien à foutre de l’anonymat banal, mais seulement de celui ‘individualisant’, créateur de métaphysique. Anonymat métaphysique ou anonymat divin – voilà qui n’est pas clair. »

 

 

1 « Dans les émissions télé d’aujourd’hui, on voit souvent un public très discipliné, d’origine inconnue, qui applaudit, rit, crie, chante, se balance, allume des briquets, etc., en suivant des ordres écrits sur des panneaux cachés au public réel, au public vrai, au public ‘domestique’ qui, lui, n’arrive plus à s’expliquer les réactions du public 'médiatique'. Ce dernier est composé des jeunes payés pour jouer le rôle du public. Le public est montré ainsi au public, en devenant du coup, ‘médiatique’. C’est un public partiellement restreint et partiellement anonyme – qu’on montre au public majoritaire, presque total (après soustraction de celui médiatique), vrai, massif et intégralement inconnu et finalement méconnaissable, méconnu. Des jeunes payés pour être des anonymes – au nom de leur désir ardent de célébrité. La concurrence y est encore plus rude, plus violente. Elle génère de bassesses encore plus basses qu’ailleurs. Cyniques et cruels, épargnés par la joie et par la réflexion, ils sont prêts à tout, les gamins. Tous. Pour eux, la vie est partagée entre l’anonymat éclatant, avec, et celui désespérant, sans.

 

« - Avec ou sans – média»

 

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 06:52

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

Distorsion

(Jérémiade capricieusedans les entrailles d’une machine à café radiophonique)

 

Si toutes les pensées humaines de tous les temps étaient gravées quelque part dans la substance de l’Univers… Si toutes les pensées humaines Y restaient éternellement… Si toutes les pensées humaines de tous les temps étaient gravées quelque part dans la substance de l’Univers pour Y rester éternellement…, éternellement…, éternellement… On aurait affaire à une matérialisation mortelle… mortelle… mortelle… de l’Enfer Humain.

Heureusement, l’Oubli… Heureusement, l’Oubli… Heureusement, l’Oubli arrive, intervient, s’installe… Inéluctablement… Idéatique… Idéalique…

Hé ! Soyons abasourdis par le secret de Stroë. Homme radiophonique par excellence, il repose sur le continu de l’intermittence informationnelle… sur le continu de l’intermittence informationnelle… sur le continu de l’intermittence informationnelle… Hé !

Nous peuplons une époque du « tout info » ou de l’« info continue ». Partout, les médias reposent non pas sur le contenu mais sur l’intermittence des nouvelles. Le public ne résiste pas au « tout info » ou à l’« info continue », comme il ne résiste pas à Dieu. Il fréquente toujours le « tout info » ou l’« info continue » – ou Dieu – avec intermittence. – Et peu importe ce que cela veut dire !

<>

Avoir des enfants vaut avoir de la mémoire. Lorsque les souvenirs commencent à s’amasser dans la mémoire et les enfants dans la vie, la mémoire et la vie, de plus en plus justifiées toutes les deux, s’ossifient et rétrécissent. Elles n’accompagnent plus l’espérance.

- Oh ! Les certitudes de la vie, gravées dans la mémoire, sont comme les feuilles de l’arbre : de la pré-mort. – Après la certitude, seulement la mort !

L’espérance, mise au pied du mur, commence à regarder ailleurs, vers l’endroit où on ne retrouve plus de mémoire, ni de vie ; elle commence à dépérir, aussi…

- Nous nous sentons abandonnés. Nous le sommes.

Abandonnés à l’intérieur de nos mémoire et de nos vie menues et non-transmissibles. Les souvenirs grignotent notre mémoire, les enfants – notre vie. Ils les rendent sourdes et muettes, notre mémoire et notre vie – à énergie lourde…

- Expression sibylline, poétique.

On meurt, quoi !

<>

La mémoire est un outil (souvent, un bouclier) terrestre. La vérité – l’incommensurable ! – se trouve entre les tiroirs de mémoire, entre les mailles de mémoire… C’est-à-dire, nulle part, nulle part…

- En plein cœur du méconnu !

Serait-elle un outil ou une prothèse ? Quelle différence entre ceux deux là ? Un différence de volonté. Une différence caractérielle. Une différence morale.

Lorsque la civilisation devient trop complexe et pesante, l’humanité, (simple) réalité historique, demande à l’homme de s’y adapter.

- Sous peine de mort.

La différence entre prothèse et outil perd tout son sens.

- L’humanité fait corps commun avec la peine de mort.

S’agirait-il, enfin, du Grand Larcin ? L’homme et l’humanité paraissent vouloir fusionner. Mélodrame ? Nous voilà retombés dans l’adolescence. Là où s’opère les bifurcations nécessaires, qui mettent en Y l’acte sexuel. D’abord reproductif, animal ; ensuite, incestueux, culturel ; enfin, leur racine commune, surgissant d’on ne sait pas où, en s’enfonçant dans on ne sait pas quoi.

- Hé ! Notre référence à l’Unicité ! Notre Préalable à l’Elégance et à la Sauvagerie ! Quel contraste avec la Banalité et avec l’Ennui ! Voilà ce qu’on doit fourrer dans la cervelle écervelée de l’auditoire polyglotte, polymorphe, à l’allure de polypes !… Hé !

<>

C’est quoi ça ? Où commence et où finit la lumière ? Mais la mémoire, où commence et ou finit-elle ? C’est quoi l’oubli – par rapport à la mémoire : une espèce de mort, une sorte de métempsycose, une variante de transmutation alchimique, une race de transfert (ou renversement) entre amour et haine, entre Oui et Non ? Innée, la mémoire serait-elle mortelle ? Le grand Oubli serait-il le Grand Larcin ?

<>

L’humain trouve sa mesure dans le mélodrame. Y a-t-il mieux ? L’humain est égal à son mélodrame. Uniquement !

Cris :

- L’humain – égal mélodrame !

Hurlement :

- On est un humain. Un vrai. Et, en tant qu’humain, en tant qu’humain vrai, on a deux mémoires nécessaires et suffisantes : celle de Caïn et celle d’Abel.

On a l’impression de posséder une sorte d’ombre, une ombre qu’on sent dans ses os : c’est la mort.

<>

Entre les griffes du dieu de l’erreur, on est faible. Lorsqu’on est dévoré par lui, on ressent la violente satisfaction de la défaite, le plaisir de la perdition, le goût délicieux de l’absurdité pour lequel on paye de son existence même.

- Par contre, il y a des moments où, en jouissant d’une parfaite solitude, où, en arrivant à se séparer de soi-même, d’immenses mystères privés de parole nous sont révélés. Parmi eux, le son. Avec, notamment, la musique des sphères, avec, notamment, la parole.

Avant sa propre conception on s’existe dans un milieu où il n’y a ni consistance, ni sens. Comme dans « la moelle » d’un trivial et dérisoire bulletin d’infos d’aujourd’hui. Là, on entend des pré-sons – qui cessent (ou qu’on perd) dès qu’on est en mesure de supporter le bombardement des réalités terrestres !

- Ces pré-sons-là, oubliés, perdus aujourd’hui, dont le manque crée de la nostalgie. 

 

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 06:13

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

V

4

Dans l’avion de la presse présidentielle, la bataille avec de coussins battait à sa fin. La luminescence des coussins et des télégrammes de presse, toujours étrange, comme arrivée d’ailleurs, d’un autre monde, devenait de plus en plus faible.

- L’invisibilité gagnait du terrain.

L'univers connu, rentrait dans ses droits. Les journalistes essayaient de retrouver leur état initial. Le rire se faisait rare. Le stress sombre et l’ennui (il n’y avait pas eu de blessés et d’autant moins de morts, les choses restant dans des limites acceptables – donc, impropres au journalisme !) s’emparaient de nouveau, progressivement, de la population de l’aéronef ; les convenances refaisaient surface en séparant d’une manière « reposante » et démocratique les peu de stars et de chefs en tous genres – du bric-à-brac général.

Les hôtesses et les stewards s’activèrent en sillonnant entre les sièges, en répartissant, impartissant, redistribuant les coussins, en apportant des boissons rafraîchissantes, des alcools ou du café aux stars et aux chefs, en plaisantant (parfois) avec les autres.

<>

Une des hôtesses, rondelette et pimpante s’arrêta à côté d’un des journalistes de la rédaction en langue méconnue. Celui-ci leva le regard des papiers qu'il examinait avec une expression où le mécontentement, le sentiment d'injustice, celui d'auto-tendresse et la joie de la vengeance froide se mélangeait dans une sorte de soupe psychologique un peu plus tiède que normale.

- De toute évidence, dix la jeune stewardesse rondelette et pimpante, Deus ex machina n’est pas une invention récente.

La réplique tarda d'arriver. Le journaliste paraissait immun à ce genre de question.

- En tant que Divin Machinal connecté à une Machine Divine, continua la jeune femme en uniforme, en tant que Machin capable de rendre compte et de justifier tout le possible impossible ainsi que tout l’impossible possible, Deus ex machina décide de tout. Un exemple, parmi tant d’autres : le mouvement.

- Disons, celui de notre avion ? dit le journaliste avec un accent méconnu extrêmement prononcé (sa voix rauque indiquait qu’on avait affaire au cinéaste raté, dénoncé par le secrétaire de Nicolâyë comme cacophone).

- Oui, pourquoi pas ? Prenons-le comme exemple. Il confirme la continuité et rend la discontinuité au mieux capricieuse, sinon inexplicable, injustifiable, dépourvue de sens, semant le trouble et pouvant ou devant rendre fou.

- Ce serait Deus ex Machina qui aurait décidé de nous mettre ensemble, vous, les membres de l’équipage, et nous, les deux cents cinquante journalistes de la presse présidentielle française ?

- Bien sûr, qui d'autre ? Il a décidé de faire de nous tous une unique continuité et des multiples discontinuités dans cet… œuf… volant, dans cet œuf-volant, dans cet œufvolant qui est un avion en vol.

- Oh ! oh ! l’œuf vu, vécu de l’intérieur nous dévoilenon pas la face cachée de la lune, mais le fermer spécifique de la coque de l’œuf qui n'est que du renfermer.

- La coque de l’œuf décide de l’intérieur et de l’extérieur, fit chorus la jeune femme. L’œuf est une espèce de creuset, de cornue alchimique où, sous l’effet de la chaleur et du noir, on transmue et on vitalise des « éléments ». On transmue de l’inexistant en du post-inexistant. Tantôt palpable, tantôt impalpable. Tantôt présent, tantôt futur – tantôt passé. Certains parlent de biologie, de biochimie… D’autres se hasardent dans des directions différentes. On touche aux mathématiques, à la douleur, à la lumière, à l’abîme, à l’arôme, au son, à la tendresse, à l’inévitable, et à beaucoup, beaucoup d’autres… Attendez-vous à des trucs étranges, bizarres, impossibles ! Ça ne va pas tarder ! Ça ne va pas tarder !

- Vous plaisantez, dit le journaliste avec un accent méconnu extrêmement prononcé (sa voix rauque indiquait toujours qu’on avait affaire au cinéaste raté, dénoncé par le secrétaire de Nicolâyë comme cacophone). Vous plaisantez, certainement.

- Peut-être. Ce n’est pas interdit, que je sache ? sourit sexuellement sexy l’hôtesse sexy.

- Non, ce n’est pas interdit.

- En même temps, c’est troublant, n'est-ce pas ?

- Absolument. Je veux dire que vous avez troublé ma rêverie. Je m’imaginais parcourir le trajet entre le Centre de Presse et le Centre des Conférences. Je me perdais un peu dans cette capitale nomadienne fatalement cosmopolite. Je me voyais allant à la rencontre des natifs, pour vérifier leur état d’esprit.

- Serait-il révolutionnaire ?

- Francophile ?

- Extraterrestre ?

- Inespéré ?

- Fou ?

- J’essayais de prendre le pouls, la tension de la vie réelle des indigènes, qui, elle, n’avait à faire que de très loin avec le Sommet, mais qui en dépendait presque en totalité. Hautainement snob et complexé à la fois, en l’occurrence aristocrate (descendant de Louis XVI), démocrate (descendant de Robespierre, de Danton et d’autres Jaurès) et, à la fois, militairo-bourgeois d’exception (un « autruche-chameau » genre Napoléon I ou III), j’étais « dans le vrai », « dans l’authentique », « dans le non-colonialisme ».

L’ironie scintilla dans le regard joyeux de l’hôtesse. Elle dit :

- La rapacité, le mépris, l’exploitation, la durée, l’incompréhension sélective (non-égale à la compréhension sélective), l’espoir, l’humour local et celui professionnel, coupés du monde tous les deux, la haine professionnelle ou la haine locale, fortement généralisantes (assez souvent folle), une certaine douceur sauvage avoisinant la tendresse, une curiosité bien cachée, bien maîtrisée, bien dirigée ou, au contraire, déchaînée, aveugle, frôlant l’indiscrétion, la vulgarité, tout ça formera pour vous une présence prégnante mais sans solution, c’est-à-dire, bonne à relater.

- Vous n’avez pas tort, répliqua le ciné-raté avec une expression mêlant le sarcasme avec une certaine intelligence inintelligible, tout ça coulera de plein droit, compréhensible ou pas, devant nos yeux, devant ces jeunes ou moins jeunes d’ailleurs, atterris en Nomadie pour rendre compte de ce qui se dira et de ce qui ne se dira pas au Sommet, dans les salles climatisées et dans les couloirs qui bourdonneront de gens qui se connaissent plus ou moins, voire pas du tout, mais qui se reconnaissent et qui se déclareront convaincus de pouvoir communiquer entre eux et avec le monde.

Un bing-bang mélodieux transmis par les haut-parleurs interrompit l’idylle en train de naître. L’équipage était appelé à reprendre son travail normal. L’avion allait atterrir.

 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:42

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

V

 

3

« On m’informe que Gnito a été reçue par la Présidence. Une Présidence, rappelle-t-on, fraîchement rentrée – corneillée et bicéphalisée – de Cotonou... Je ne m’attarderai pas trop sur le déroulement proprement dit de la rencontre1. Je retiendrai pourtant que la décision finale prise par la Bicéphale, par le Binôme, publiée dans un communiqué « RFI – EXPRESS », fut quelque chose rappelant très fortement une machine à gaz.

« - Et cela d’autant plus que les machines à café de toute la Maison étaient évoquées plusieurs fois, avec leurs entrailles, boyaux et tripes communicationnels, à côté de Gnito, chabichou, numérisation et masse salariale.

« En règle générale, d'ailleurs, personne ne comprenait rien aux communiqués publiés par la Présidence.

« - Ce qui ne faisait que rassurer tout les monde, collaborateurs de RFI, Tutelles et, bien sûr, Auditoire.

« La pendule fut remise ainsi de nouveau à l’heure. Il était d’ailleurs temps que ça se fasse. Depuis un moment, RFI vivait avec l’impression que les choses allaient changer, ce qui n’était pas concevable.

« - On ne change pas RFI comme ça, quand on veut et comme on veut !

« - Ne change pas RFI qui veut !

« RFI est un monument. Normalement, RFI aurait du être déclarée patrimoine UNESCO, voire de l’Humanité. Dès sa création même. Mais la chose n’a pas été faite. L’humanité manquait de bon sens, certainement, de raison et de beaucoup d’autres détails de cette facture. Elle en manque encore et toujours.

« Ceci quant à Gnito. »

<>

« Au sujet de Nicolâyë, mon ministre, les choses respectent le même désordre. On m’informe qu’à l’heure où je reçois ces documents, il participe à un colloque interdisciplinaire de haut niveau. On a fait venir en Nomadie tout le gratin scientifique mondial. Parmi tout ce beau monde, beaucoup de nobélisables, naturellement. !

« Je vois tout avec une clarté totale !2

« Des figures typiques de savants contemporains. Des bourgeois tombés dans une espèce d’auto-émerveillement catégoriel. Ils se considèrent eux-mêmes, avec une humilité très orgueilleuse, comme des lilliputiens très compréhensifs et très logiques, prêts à témoigner que Dieu y soit pour quelque chose. Ils veulent briller, ils veulent créer des éclats miroitant et auto-valorisants. Ils veulent s'affirmer comme porteur de la lumière. Au pire, se substituer à eux. Ils s’admirent l’un l’autre ; aussi ils se reconnaissent dans l’autre. La réciprocité est très importante. Plus importante que la substance-même de leurs réflexions ! Nicolâyë se sent, parmi eux, comme un poisson dans l’eau. Ils leur a fait visiter la Nomadie dans des conditions cinq étoiles. (Il aurait voulu pouvoir vivre et agir, de ce point de vue, comme en France, où, à une certaine époque, au Ministère de la Culture, rue Valois, le fauteuil titulaire était occupé par le premier ministre de la Culture à Vie de l’humanité3. La chose n’était pourtant pas possible partout. La France n’existe qu’en France. Nulle part ailleurs. En Nomadie – où il n’y a que de la Nomadie et rien d’autre – non plus4. »

 

<>

« Et quid du détournement de l’avion de la presse présidentielle française ? »

 

 


1 « Néanmoins, pour ceux intéressés, ce qui suit :

« Les deux composantes actuelles de la Présidence de RFI (aujourd’hui une Corneille Bicéphale, pour mémoire), assises chacune dans un fauteuil aux dimensions appropriées à leur fonction, à moitié endimanchées avec bon goût, exhibant une partie de leurs caprices-ancêtres, dévisageaient la compagne de Stroë avec l’expression spéciale d’un lézard à quatre yeux.

« - Vous avez fait des études, sans doute, dirent-elles ensuite d’une seule voix et en septième majeure (sorte de patois ou de langue vernaculaire ; – c’était d’ailleurs le dada de cette nouvelle Présidence bicéphalisée, les langues vernaculaires que RFI ignorait avec superbe depuis toujours et qu’Elle, cette Présidence, aurait aimé les voir tourner toutes sur les ondes de RFI, même en payant le prix fort de la fermeture de certaines émissions en langues étrangères ou même – et pourquoi pas ? – des émissions en français, à l’exception notable de la langue méconnue car insaisissable), comme d’habitude.

« - Ça se voit, continua la Présidence bicéphale, tout le monde qui suit ou qui a suivi des études a besoin d’une aide psychologique, certes ! Les études rendent anormal. L’oubli présente, dans ce sens, des pouvoirs guérisseurs exceptionnels. L’inconnu, pareil. Ainsi que, bien sûr, le méconnu. Tout ça c’est contemporain. Voilà qui est un des aspects du processus de la perpétuelle hominisation déshumanisante. Le fait que vous ayez pu formuler, dès votre entrée dans ce bureau, une telle réalité est significatif et joue en votre faveur. Quelle est votre valeur éditoriale ?

« Le silence s’installa pour un long moment dans le bureau où la Corneille Bicéphale dévisageait, avec sa vision quadri-oculaire, la belle créature.

« - Je ne sais pas si ma réponse sera en mesure de satisfaire vos attentes, cligna celle-ci des yeux, comme éblouie par les éclats jaillissant des caprices diamantins de la Présidence. Pour être concise, je dirais que je sens beaucoup et comprends peu.

« Un très fin sourire fit son apparition sur les lèvres de la Bicéphale. Le Binôme était satisfait. En roulant ses quatre yeux vers les quatre points cardinaux, la Présidence dit :

« - Maintenant, enfin, la dernière question. Elle peut tuer, celle-ci, il faut le dire. Êtes-vous prête ?

« Le regard de la supèrbe Gnito devint un abîme de tension. Ses belles mains aux doigts agiles, adroits, ni trop-trop, ni très-très, restèrent tranquilles, l’une sur l’autre, sur ses genoux. Un très léger tremblement de ses belles lèvres montrait que Gnito était tendue, arc-boutée.

« - Êtes vous handicapée ?

« La belle postulante papillonna ses paupières, déroutée.

« - Si vous étiez homo, pacsée, mère célibataire, sidéenne, cancéreuse – mais, tout ça, vous ne l’êtes pas, on le sait –, ça ne serait pas mal, mais ça ne servirait pas à grande chose. Ni dans un sens, ni dans l’autre. Pour le handicap, pourtant, c’est pas pareil. Pour que vous puissiez comprendre l’importance de cette question, un exemple !

« La Corneille resta pensive, d’une manière égale avec ses deux têtes (une d’enregistrement, l’autre de lecture). Ensuite, en septième majeure, elle dit :

« -Vous n’êtes pas sourde, par hasard ?

« - Sourde… Je ne croix pas. Sourde… Pourquoi sourde ? À la radio, être sourde…

« - Justement ! C’est le handicap idéal. Nous sommes à la recherche de cette perle rare : sourde et bègue, ou sourde et muette, ou même bègue et muette…

« - ? ? ?

« - Ben, oui ! Nous avons l’obligation d’embaucher un certain quota de handicapés. En tant que société d’intérêt national, assimilée à la fonction publique, donc, au fondement même de la Société, de l’État, de la République, de l’Univers, nous devons donner l’exemple. Mais le recrutement des handicapés n’est pas une promenade de santé. Au contraire ! Où trouver le handicapé désiré ? Pour trouver le handicap idéal – la surdité et le bégaiement (à greffer sur la méconnaissance habituelle, voire nécessaire, obligatoire de la grammaire, du calcul, de la géographie, de l’histoire, de l’économie mais aussi sur celle de la nomenklatura politique interne et externe) – ça, ce n’est pas donné.

« - Je crois comprendre, dit Gnito après un moment de réflexion. Mis à part la langue méconnue qui n’en est pas une ; je veux dire, méconnue.

« - Nous sommes tous pareils, de ce point de vue. Qui peut se vanter de connaître le méconnaissable ?

« - Vous ! dit avec humour Gnito.

« La Corneille, bi-sourit avec un air plaisant et approbateur. Elle dit :

« - Et, peut-être, vous-même, bientôt… Mais, dites, est-ce que vous ne trouvez pas que votre beauté est, comment dire… trop… 

« - Trop ?

« - Très et trop, pour tout dire ! Ça peut être un handicap significatif. Ce n’est pas quelque chose de courant, d’habituel, mais qui sait…

« - C’est vrai que ma beauté, je la sens comme un fardeau. Elle m’est étrangère. C’est pas moi !

« - Vous voyez ? !

« - Oui. Et je peux dire que tous mes efforts de féminisation, qui passent par la laideur qui engendre la souffrance spécifique, sont vrais, à présent. Ça me fait mal ! C’est vrai ! Mal, mal ! Mal ! Oui ! C’est un handicap !

« - Et comment !

« Le très fin sourire qui fit de nouveau son apparition sur les lèvres de ce que, peu avant l’aventure béninoise, était encore deux Présidences en passation du pouvoir, laissait à nouveau à croire que le Binôme était satisfait. »

 

2 « - Il m’énerve !

« Je parle de Nicolâyë. En conséquence, je l’appelle, dans mon silence révolutionnaire, insurrectionnel et coupable, ministre. Avec minuscule et sans article, s’il vous plaît. Ou, si je suis excédé, par son nom seulement : Nicolâyë, voire nicolâyë. Je suis comme le taureau devant son chiffon rouge. Ce sont des vapeurs incendiaires d’hystérie. Pour y échapper, pour apaiser l’obsession brûlante et tremblotante qui travaille mes entrailles, j’utilise des soupapes, tel que : salaud ! crétin ! estropié !

« Dans mon esprit, je le vois comment, avant de sortir pour la conférence des nobélisables, le ministre (avec –mini-minuscule), le ministre, ce ministre congestionné par la perspective de se frotter à des gens pressentis pour le Prix Nobel, pressentis pour devenir des exemples pour l’humanité, car l’humanité fonctionnerait avec des exemples, ou encore, reposerait sur, ce ministre, donc, que je devais soigner et aimer, à l’instar de tout secrétaire qui s’auto-estime, s’auto-justifie, s’auto-console, s’auto-aime, s’auto-pardonne, ce ministre (avec mini-minuscule), je le vois, donc, se regardant dans le miroir, se caressant la moustache et la barbichette, blondes jadis, presque blanches aujourd'hui, vérifiant le pouvoir ‘expressionnel’ de son regard, rangeant sa lavallière vert poireau de manière qu’elle tombe ‘élégamment’ sur les plis de la graisse qui lui tiennent lieu de poitrine et de ventre.

« Je tremble, hystérisé.

« Le chiffon est terriblement rouge.

 

3 « Parmi les réalisations de ce ministre, ‘Le Jour de l’Inexistant.’ Depuis l’instauration dudit Jour, tous les velléitaires, les ratés et les incontournables voyous descendaient, le jour en question, dans la rue, dans le métro, dans les bibliothèques, dans les églises, et cætera, pour assassiner les pauv’ citadins avec tout ce qu’ils n’étaient pas eux-mêmes. C’était ça, l’inexistant ! – C’était comme si le Roi Arthur, inventeur de la Table Ronde, autour de qui les chevaliers racontaient des histoires (au lieu de se massacrer l’un l’autre), était revenu parmi les mortels, dans leurs démocraties anonymisantes, principialisantes, machinisantes d’aujourd’hui, pour valoriser ce qui ne peut pas l’être. Ce qui explique la tristesse affichée actuellement par le ministre français en question qui voit que son œuvre ne jouit pas vraiment d’une reconnaissance digne de ce nom. L’anonymat, le principe, le machinisme – quelle reconnaissance pourrait-on attendre de leur part ?) »

 

4 « L’idée qui hante actuellement Nicolâyë est celle de l’homme national. Dans le cas de la Nomadie, la notion pouvait paraître paradoxale. On ne savait même pas où se trouvait la Nomadie. Ni sur le globe, ni sur le planigobe, ni dans l'espace, ni dans le virtuel..., nulle part, quoi ! (D'où, tout naturellement le caractère aléatoire de toute tentative de s'y rendre – à pied, au vélo, en roulote, en train, ou en avion, comme aujourd'hui). Ensuite, le Nomadien ne bénéficiait pas des même critères d'identification comme le Français, ou comme le Russe, l'Américain, le Chinois ou autres Pygmées. La notion d'homme national, pour un nomadien, ne disait strictement rien. Ce qui se passait d'ailleurs : en réalité, elle ne disait rien.

« Pourtant, Nicolâyë s’est érigé en porte-drapeau de cette présence. Ni réalité, ni irréalité, mais présence.

« Nicolâyë vit ailleurs – enfin, dans les circonvolutions de son cerveaux (s'il en possède; des circonvolutions, je veux dire, voire de cerveau) –, notamment non pas dans la Nomadie, mais dans la Mondialie. C'est de là, de ces cimes – mondiale – qu'il regarde et apprécie les choses.

« - D'où son sobriquet de Nicolâyë l'Mondial !

« Il dit assez souvent :

« - L’homme est national ou il n’est pas. Il ne peut pas être mondial, que s'il est national. Français ou pas Français. Nomadien ou pas Nomadien. Espèce ou pas espèce, race ou pas race, genre ou pas genre, l’homme doit appartenir à une nation et, en s' échappant, au mondial. Pour acquérir la nationalité de la Mondialie, il doit être formé par la nation qu'il a formé lui même en tant que sous-formation du mondial.

<>

« La nation ne peut être formée que par des gens, notamment par les siens, qui la composent et la form(at)ent. On ne peut pas form(at)er une nation avec les gens d’une autre nation ou avec je ne sais pas quoi encore.

«  Ensuite, la nation, quant à elle, ne peut être qu'une partie du mondial. Puis, en appartenant au mondial, elle ne peut être, après s'être affirmée comme nation, que mondiale.

« - Autrement dit, la nation ne peut être que mondiale.

«  Et le mondial ne peut être que mondial-nation. Ainsi, on ne peut pas former le mondial avec le gens appartenant à une autre chose qu'à leur propre mondialité nationale ou avec je ne sais pas quoi encore.

« - Ce n’est pas si compliqué, enfin ! Merde !

<>

« L’arrivée en Nomadie d’Ică et de Stroë, suivie par celle de Muguette et de Gnito, inquiète beaucoup Nicolâyë. Le clivage entre l’Oubli et son contraire peut entraver sérieusement son travail de construction de l’homme mondial-national nomadien. Le national-socialiste de jadis, l’international-communiste de naguère, voilà des exemples à ne pas suivre. Ni l’un, ni l’autre n’ont trouvé le juste milieu entre le Souvenir et l’Oubli et ils ont vite dépassé, tous les deux, l’état embryonnaire de danger potentiel, pour devenir des tueurs nationaux et mondiaux, voire mondial-nationaux réels, vrais ! Le souffle tout-puissant du Grand Caprice, tel qu’un Karma International, a fait le reste. Beaucoup sont morts. Beaucoup plus encore ont survécu – pour transmettre aux générations suivantes le cataclysme des conflagrations intraplanétaires sous la forme des souvenirs impersonnels et capricieux, destinés à un oubli impersonnel et capricieux sur mesure, commençant par des mystifications plus qu’aléatoires, capricieuses mais, selon beaucoup, non déraisonnables.

« - Même si cette ultime appréciation n’a jamais été et ne pourra jamais être vérifiée une fois pour toutes. »

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 06:13

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

V

1

- Ah, ça c’est bien ! Refais moi encore cette infamie. C’est super bon ! Je me meurs ! Infamises-moi ! Encore, encore ! Encore !

Avec aucune maestria mais avec beaucoup d’enthousiasme, le Coq-sans-crête faisait des cunnilingus prolongés à sa collègue et camarade, la Naine-qui-pue. Le Directeur Général était un peu maladroit mais ô combien rafraîchissant. Le sexe de la Directrice Générale sentait bon, très bon ; en tout cas, par rapport à son regard.

- Comment se fait-il qu’on ne se soit pas rencontrés plus tôt ? dit la Directrice Générale en rangeant sa jupe plissée à l’ourlet décousu.

Le Directeur Général avait retiré sa langue de l’anus directorial (dernière étape de ce câlin imprévu, soudain) et avait levé la tête pour recevoir sa récompense : un regard largement pestilentiel ; directorial.
- Je passe par une période très étrange, dit-il. C’est plus qu’on ne peut imaginer. Les
repères sont en plein mouvement. Comme la forêt macbéthienne. Je le dis sans fausse modestie. Ou que sais-je encore.

- Mmm, c’était vraiment bon !

La Naine-qui-pue frotta ses cuisses l’une contre l’autre.

- Il m’arrive quelque chose d’extrêmement bizarre, dit le Coq-sans-crête. Ne serait-ce que cette envie irrépressible de confession. Je veux me confesser. Veux-tu être mon confesseur attitré ?

- Dans la mesure où je serais ta directrice de conscience, bien sûr. Si on respecte ma qualité de Directrice, tout peut se faire.

- Oh ! Comme tu parles bien ! Nous sommes faits pour nous entendre. Moi aussi j’apprécie énormément le respect. Donc, voilà !

<>

Le Coq-sans-crête avait une première virtualité sur la conscience. Une virtualité lourde et menaçante.

- Dans le Mélodramecontemporain, dit-il alors, il faut injecter de la comptabilité et de l’administration. Le Roi Lear est plus que mort. Ce qui compte aujourd’hui c’est le Président. C’est lui qui incarne la solitude du pouvoir. Il est un administrateur élu pour joindre la Solitude, où tout est sujet de déséquilibre, de déroute, de folie. Dieu même aurait eu la même sorte – s’Il n’était pas mort. Le Mélodrame du Pouvoir, voilà !

Le Coq-sans-crête avait une deuxième virtualité sur la conscience. Une virtualité toujours lourde et menaçante.

- Je me sens parasité, dit-il alors. On peut le constater sans grand effort. Tout d’abord, par Stroë. Par ce Directeur des Français. Tout le monde reconnaîtra sa griffe, son obsession pour le Mélodramecomme accompagnateur du Grand Larcin. Parasité ensuite par Dora, la belle femme mûre, ante-capriciale, dont les superbes seins promettaient, avant et pendant le Grand Caprice, de devenir bientôt semi-liquides. Ce dernier parasitage prend deux directions. La première, les enfants de cette Dora, blottis à l’intérieur de Stroë. Celui qui est parasité par Stroë – c’est mon cas –, est automatiquementparasité par ces enfants. Cyclopes et asexués, ils s’imposent ainsi au monde comme des acariens sui generis. La seconde direction prise par le parasitage entrepris par Dora, c’est Dora même. Juste avant notre départ, j’ai reçu sa visite. En chair et en os ou, enfin !, toujours spectrale, bien sûr, elle donnait un sens particulier à la virtualité. Elle voulait me convertir. Pédé « comme un phoque » elle me trouvait – en voulant que je change de contenu.

- Chose partiellement réussie !

La Naine-qui-pue se montrait taquine mais bienveillante ; car reconnaissante (ou quelque chose qui pourrit suggérer et remplacer la reconnaissance), car satisfaite (ou un substitut de).

La Naine-qui-pu n'avait aucune virtualité sur la conscience; d'autant moins une virtualité lourde et menaçante.

Le Coq-sans-crête avait une troisième virtualité sur la conscience. Une virtualité toujours lourde et menaçante.

- Oui, dit-il alors. Ou non. Enfin, quelle importance ? Elle était accompagnée par son amie, Barbara. La plus laide créature inscrite dans une forme humanoïde, qu’il m’ait été donné de voir. Je veux dire, c’est le côté que Barbara m’a montré à cette occasion. Un côté illusoire. Virtuel, si on veut. Car en réalité, elle est présente aujourd’hui dans la chair concrète de la nouvelle et splendide putain de Stroë.

- Ah, bon ?

Le Coq-sans-crête avait une sixième virtualité sur la conscience. Une virtualité toujours lourde et menaçante.

- Oui, exactement, « ah, bon » !dit-il alors. La splendide Gnito, qui veut, ni plus ni moins, que d’introduire l’Oubli à RFI.

- Mais y a pas besoin !

Le Coq-sans-crête avait une septième (et dernière, pour moment) virtualité sur la conscience. Une virtualité toujours lourde et menaçante.

- Et alors ? Depuis quand le besoin est plus important que la volonté ? Depuis quand est-il plus fort ? Nous ne sommes pas des animaux, asservis et tyrannisés par les besoins. Avec une exception près. En l’occurrence, quand le besoin et la volonté se superposent. Quand ils fondent un dans l’autre. Volonté ou pas volonté, besoin ou pas besoin !

<>

La tête de la Naine-qui-pue reçut un coussin en vol rasant envoyé par un journaliste du Libé. La Directrice Générale de RFI arrêta tout mouvement, comme débranchée soudainement. Un autre coussin suivit, presque simultanément. Il venait d’une télévision non-cryptée. Ceux du Figaro et de Marianne, arrivant de la direction contraire, en même temps et tous les deux, comme dans une formation de bataille, ratèrent de peu la tête (ou le manque de crête) du Cocq-sans-crête.

La première bataille aéronautique aux coussins du Sommet nomadien de la Francophonie avait commencé. 


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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 06:38

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

Distorsions

1

Elise Pérez. Elle est l’ancien chef du service Sport1.
Son défaut : son sourire
2 d'abord ; ensuite,3et 4.

 2

Sorin Bercovitz envoyait toutes sortes de mots grivois vers l’intelligence et vers la compréhension collective (donc, partagée) de RFI5. Le seul qui avait le courage de lui dire tais-toi, connard ! était Egon Ammann6.Tous les deux partageaient souvent non seulement la vie parisienne mais aussi la bouteille.

- Avec Ică Glande7.

 


1 Elle avait été une vraie gloire de RFI en Afrique. Elle connaissait tous les footballeurs du continent noir par leurs noms et prénoms. Aussi par leurs femmes et par leurs enfants ; plurisexualité (forme expansive et – pardon pour l’anglicisme – expandée d'hétérosexualité) oblige. Elle avait été « placardisée » suite à une situation considérée comme « inextricable », développée à l’intérieur dudit service. Son bureau actuel était une petite pièce (une « travée », une « cellule ») blottie entre la photocopieuse et le placard à outils pour les femmes de ménage, protégée par une porte ancienne, opaque.

 

2 Elise Pérez était fortement souriante. Excessivement. Exagérément. Souriante en permanence.

- Sinistre.

Ça lui avait coûté le poste. Ses ouailles, des simples et des sombres agités, avaient trouvé impossible la cohabitation avec leur bergère.

Et pour cause. Elle avait pris la mauvaise habitude de leur crier, lors des réunions de rédaction :

- Vous êtes tous de vrais individus, de vraies personnes ! 

À quoi ils répondaient de bon cœur, avec beaucoup de discipline, d’une seule et unique voix joyeuse  :

- Nous sommes tous des individus, des personnes, des vrais ! 

Sur quoi, elle leur disait :

- Pas moi !

(Tout ça, avec ce sourire-là, infect, dilaté sur toute sa figure. – Non, mais ! Pour qui se prenait-elle ? Où se croyait-elle ?)

 

3  Bonne professionnelle ? Et alors ! – Elle trouvait même « dans de la pierre sèche », comme on dit parfois, des sponsors pour les interventions à l’antenne des « sportifs » ; elle avait augmenté ainsi la présence des « sportifs » sur les ondes de RFI de trois cents pour cent, chose très « valorisante » en principe mais pas en « sous » ; non « valorisée » donc à RFI, boîte d’intérêt national, assimilée à la fonction publique – c’est-à-dire, un centre de coût, ce qui était tout autre chose qu’une entreprise dans le vrai sens du terme –, où les salaires étaient « conventionnés » et où l’initiative individuelle était en règle générale ignorée, parfois punie, au mieux pardonnée, et en aucun cas chargée ou créditée de valeur. Bonne gestionnaire, donc ? Et alors ! Un centre de coût n’est que ça : un centre de coût !

 

4 Chargée, aujourd’hui, d’une réflexion approfondie sur un sujet complexe et secret, Elise Pérez avait l’obligation de rédiger des rapports annuels pour la Présidence. Donc un unique passage annuel à RFI devait suffire. La discrétion, l’élégance même, imposait que le bureau d'Elise soit protégé par une porte opaque, personne ne devait savoir si Elise se trouvait ou pas dans les parages de RFI...

Dans ce sens, la porte opaque était non seulement utile, mais bonne. (En plus, la tradition voulait que derrière les portes opaques il y ait toujours des débauches. En couple simple, en petit train, en pelote ; hétéro, homo ou bi ; avec ou sans alcool ou d’autres drogues. – Tout ça pour dire que la beauté des nouveaux espaces « open » ou vitrés n’était ni absolue ni immobile. L’utilisation qu’on leur donnait, non plus. Loin de là.)

- En tout cas, le successeur d’Elise, comme précédemment vu, fomentait d’autres idées que celle-ci. Il voulait se faire connaître (et reconnaître) moyennant la transmission radio d’un Marathon en solo.

 

5 Il était le patron de la rédaction anglophone. Les parents de ce roux sexagénaire avaient quitté pendant la guerre l’Ukraine du Sud, pour nicher à Montréal, en échappant ainsi à l’histoire holocaustienne. Sa principale joie, habillée souvent en qualité relationnelle, était la blague sans rideau, les insanités les plus « écorchées » possible. Il les racontait avec son impossible et impassible accent anglo-saxon. Il ne laissait aucune chance à personne. Il pompait l’air de tous avec des éclats de rire homérique mettant fin à ses histoires débitées avec une voix de grand fumeur de brunes. Il faisait souvent le salut nazi, en criant Zieg Heil. Il provoquait des sourires embarrassés dans l’assistance.

Il était, maintenant, lié d’une amitié très explicite avec Egon Aman, un Allemand – on le verra tout de suite – hors-norme, un hyper-Allemand, un trans-Allemand. Il voulait se montrer lui-même comme un Juif hors-norme, comme un hyper-Juif comme un trans-Juif.

 

6 À l’époque – beaucoup avant que la masse salariale soit énervée par des dictons et par des phrases type, imaginés par celle qui lui avait succédé à la tête de la rédaction Allemande (le bouchon mal habillé comme vu tout à l’heure) –, celui-ci était le patron de la rédaction allemande.

- Il se souvenait très bien de ses vacances passées, pendant la guerre, en Pologne, dans la villa de son oncle, officier supérieur nazi, et encore mieux de sa déportation ultérieure, avec toute sa famille, à l’intérieur de l’URSS, où les parents du petit Egon, à l'instar de tous les Allemands déportés à l’intérieur du pays du communisme, travaillèrent un temps « tellement long ».

Il était, maintenant, lié d’une amitié très explicite avec Sorin Bercovitz, avec ce Juif hors-norme, avec ce hyper-Juif, avec ce trans-Juif. Il voulait se montrer lui-même comme un Allemand hors-norme, comme un hyper-Allemand, comme un trans-Allemand.

 

7 Ce dernier n’hésitait pas à hurler avec toute la puissance de ses forts paumons :

- Si vous voulez vous faire enculer, sale Juif et sale Boche, rentrez chez vous ou fondez-vous dans l’Univers, dans la merde lointaine, très lointaine et très merde, et foutez-nous la paix à nous autres, les bourgeois véritables et vrais que nous sommes !

Phrase qui attirait, invariablement, la même réplique « camaraderesque » de Sorin Bercovitz et d’Egon Ammann :

- Fuck you, boss, vieux chnoque ! 

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 06:05

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

IV

3

- Chaque jour avec sa peine, chaque mal avec son bien, dit Muguette à Gnito un peu plus tard, dans la matinée, en prenant une nouvelle gorgée de mirabelle. Je ne sais pas si tu te rends compte, mais tout ça tombe à pic. De la concordance à l’état pur.

- C’est vrai, dit la belle compagne de Stroë. Tellement vrai que je pense même au miracle.

- N’exagérons pas.

Sur les quelques tables occupées, des boissons transparentes donnaient de la couleur aux rayons doux du soleil parisien automnal.

L’atmosphère était calme, pacifique.

- Miracle, reprit Muguette, c’est sans doute trop. Mais l’idée de ton homme, je la trouve admirable. C’est extrêmement positif d’être reçue par la Présidence. Aussi bicéphale soit-elle ! C’est par là que tu dois faire ton entrée à RFI. Par la grande porte, je veux dire.

- Et toi ?

- Moi, je n’ai pas un homme comme le tien.

Muguette fit une pause, pour souligner l’importance des mots qu’elle allait prononcer.

- Chuuut, un secret ! Les deux Présidences que tu rencontreras tout à l’heure, sont couvertes de brillants. Des vrais !

<>

D’où venaient ces brillants ? On ne le savait pas.

- On, peut-être pas, mais elle, Muguette, si.; elle le savait, elle.

Les Présidences en question avaient mis à leur profit une certaine avancée technologique qui permettait le compactage des ancêtres. Grâce à cette avancée, les cendres biologiques (y compris humaines) étaient compressées et comprimées au point que le carbon s’y trouvant se transforme en diamant.

- L’opération suivante était bien sur plus délicate.

Il ne s’agissait pas d’une simple taille du diamant, en brillant ou en table, suivie par un certain polissage progressif. Il s’agissait d’un choix métaphysique. Le possesseur, c’est à dire le rejeton direct ou indirect du ou des trépassé(s) ainsi « diamantisé(s) », devait indiquer lui-même la méthode, la manière, le style de la taille.

- Ainsi que celle du polissage à suivre.

- Ainsi que.

Autrement dit, il était emmené à choisir la modification de ses ancêtres.

- À les modifier, éventuellement.

En fait, les diamants bruts, « initiaux » avaient des formes, des transparences, des coloris uniques et des rapports particuliers avec le défunt.

- Tel mort, tel diamant.

Le libre-arbitre du possesseur d'ancêtres pourra embellir, enlaidir ou rendre méconnaissable ses prédécesseurs.

À l'instar des possesseurs de l'histoire !

Le problème qui se posait pourtant était celui de l'avenir. Les modifications apportées au brillants par les générations successives d'héritiers, diminuaient les pierres d'une manière objective.

- Ici s'arrête donc, la comparaison avec l'histoire. L'histoire peut être diminuée, certes, mais aussi élargie – selon.

- La chose ne sera que de moins en moins valable pour les descendants du possesseur actuel… Pour l’avenir, la collection, faite du passé, sera du présent…

…Muguette ne voulait même pas penser aux disputes familiales à prévoir dans le futur, dans le cas assez banal finalement des plusieurs héritiers.

…Elle, Muguette, était consciente que les Présidences dont il était question maintenant à RFI n’étaient pas capables de gérer une telle situation. Personne, d’ailleurs, n’en était capable.

- Muguette mise à part !

Elle était consciente que lesdites Présidences entretenaient des rapports étroits avec ceux qui visaient la Révolution Mondiale, donc le Présent – pour anéantir et le Passé et le Futur ! Elle était persuadée que les Présidences devaient abandonner leurs brillants. Qu’elles le veuillent ou pas !

Convainque de la justesse de sa cause, Muguette voulait rendre les brillants des Présidences au monde. – À Dieu !

<>

Le sourire-réponse de la splendide sous-Barbara – Gnito ! – se figea. Crispée, la belle femme regarda Muguette « dans la lumière des yeux » directement.

- Je sais, dit-elle. C’est vrai. Je tombe à pic. Mais pour une autre raison. Une raison qui ne m’appartient pas. Je me sens comme transportée et comme transplantée. J’ai une autonomie restreinte, de mission. Comme celle d’une plante inconnue destinée à devenir une forêt dans une terre nouvelle. Quoique peu, ça a le mérite d’exister. Je me trouve dans une situation assez inhabituelle, où l’on n’existe plus comme acteur, mais seulement comme quelqu’un qui fait l’acteur. Je n’ai plus de base, de matière. Le monde est en train de changer de consistance, de substance intime. Le virtuel de ce monde commence à occuper le terrain, tout le terrain… Un terrain virtuel, naturellement ; qui a toujours était ainsi : virtuel. Même si le virtuel a toujours besoin du concret pour s’exprimer et, à partir de là, pour exister…

- T’es noire, fit Muguette, soupçonneuse. Ce serait peut-être mieux de reporter le rendez-vous de tout à l’heure.

- Non, non. Ça va aller – point ! Je n’arrive jamais même pas à me saouler – re-point ! C’est rien – sur-point ! Mais dis-moi, quelle sorte de… comment dire… qu’est-ce qu’elles sont ? Ce sont des personnes ou des travestis ?

- Des travestis ? C’est nouveau ça !

- Il dit – je parle de Stroë, naturellement –, il dit que tout le monde est travesti aujourd’hui. Être vivant c’est être travesti. Être, tout simplement, c’est être mort. Les vrais êtres, eux, sont morts. Comme Dieu !

- C’est plus que joyeux, tout ça ! s’exclama Muguette. Un peu de nécrophilie ne fait pas du mal !

- Nécrophilie, si tu veux, mais pas de ma part. Pour ma part, je suis simplement belle. Je tâche, simplement, de rester belle. Belle comme c’est pas possible. Une merveille. Mais, qu’est-ce qu’on fait de mes racines ? Je suis d’extraction horrible. Du pur jus de vilain. De l’essence de hideux, pourrait-on dire. Et pourtant, je suis belle, resplendissante. C’est la vapeur de la laideur, la beauté. Qui, quoi, comment suis-je dans tout ça ? Une femme est d’autant plus vraie, d’autant plus une femme vraie, qu’elle souffre. Seule la souffrance fait d’une femme une vraie femme. Ça, on le sait. Depuis long, longtemps. Barbara – mon terreau à moi – en est une. T’es au courant, n’est-ce pas ?

- Oui, bien sûr. Mais tout ça c’était sans compter avec le Grand Caprice. Depuis…

- Rien n’a changé depuis. Je me demande même si le Grand Caprice finira un jour. Seule la laideur féminine féminise la femme. Et, à partir de là, le monde. Or, pour ma part – et par malheur –, je suis belle. Par conséquent, normalement, je devrais me sentir malheureuse. Mais, hélas !, je suis heureuse. Tout bêtement. La beauté, chez moi, va de pair avec le bonheur. Franchement, c’est tellement triste ! Je suis heureuse, je suis remplie de félicité, de béatitude. Naturellement, ça me rend malade, ça me rend malheureuse ! C’est idiot. Complètement !

Pause. Ensuite, les prunelles soudainement dilatées, comme si une réalité extraordinaire avait frappé d’un coup sa conscience avec force et sans retenue, sans limite :

- Je peux être tout aussi stupide que n’importe quel autre mortel.  

 

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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 05:21

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

IV

 

2

« - Parano, va !

« C’est ce que j’entends assez souvent. Cela me fait tantôt plaisir, tantôt de la peine. Mais, enfin, ne sommes-nous pas là justement pour prendre du plaisir et pour avoir parfois de la peine ?

« - Suis tellement sage !

« - Tellement !

« Dans la sphère parano, la liberté d’expression n’est plus ni moins que sacrée.

« - En tout cas, et surtout pour le Français.

« Et qu'est-ce qu'il n'y pas dedans ? Tout et n'importe quoi. Un vrai capharnaüm. Qu’est-ce qu’on ne trouve pas dans l’expression libre et, surtout, et tout naturellement, dans cette liberté ? Aussi, les détournements. N’importe de quel type. Des détournements d’avion, de bateau, de sexe, de banalité, de religion, de songe... D’où l’idée plus ou moins préconçue, selon laquelle la liberté d’expression, l’expression libre – voire la liberté tout court – contiendrait aussi son contraire, voire sa mort.

« Et cela pendant que la liberté d’expression, avec celle du détournement dedans, reste quelque chose qui tient très à cœur aux Français. À tous les Français.

« - Oui, à.

« Enfin ! Ce que je veux dire c’est que j’ai découvert le rapport très serré que l’expression entretient avec le détournement. Au point qu’on serait en droit de se demander si tous les détournements ne seraient que des expressions.

« - Que ! »

<>

« Cela étant, si on grattait un peu, on constatera que la liberté d’expression porte des coups à la liberté d’information.

« - Ô, la super-sagesse !

« -Ô ! »

<>

« L’histoire, quant à elle, n’est qu’expression.

« L’histoire devient information suite à la condensation spartiate de l’expression.

« En règle générale, l’histoire n’arrive pas à être connue, mais seulement dispatchée dans des histoires.

« - Dissipée ! Déboursée ! Dilapidée ! Consommée ! Ou, ce qui revient au même, fondue, perdue dans des langues, la méconnue comprise. 

« Mais, revenons à nos moutons. Vouloir inclure dans les émissions de RFI des choses qui, certes, peuvent circonscrire, définir, ‘expressionner’ (et non pas ‘exprimer’), ‘histoiriser’ RFI par de proverbes et d’autres phrases types, mais qui ne peuvent pas faire la même chose pour les journalistes qui ‘s’expressionnent’, qui ‘s’histoirisent’ dans ces émissions, voilà qui est insupportable.

« Il est tout à fait possible, certes, que cette dernière ‘insupportabilité’ ne soit pas suffisante pour déclencher le détournement de l’avion de la presse présidentielle française.

« - Je veux dire, qu’on peut en concevoir et nourrir moult soupçons, comment dirais-je, plus ‘classiques’.

En l’occurrence, mettre toute cette histoire sur le compte des ravisseurs venus d’ailleurs, du Proche Orient, de l’Ingouchie, de la Colombie ou, pourquoi pas, de la Nomadie-même.

« J’irai encore plus loin et je dirai que RFI n’a pas les épaules, la carrure d’une telle opération.

« - Le niveau des salaires en témoigne.

« Il n’y a pas des gros salaires à RFI1

<>

« N’empêche, je suis toujours choqué. L’opération pourrait s’avérer juteuse. Donc, attractive.

« - Incitative.

« Le monde pourrait trouver grandiose le spectacle de ce détournement. Mettre la main sur le cœur-poumon-intestin journalistique de la France !

« - Voilà !

« - Grandiose !

« Mais moi, je trouve que c’est ni plus ni moins que stupide, ni plus ni moins qu’idiot de recourir à un tel acte. »

<>

« La première nouvelle de taille et très choquante, donc :

« - L’avion de la presse présidentielle française allait être détourné.

« La deuxième nouvelle de taille et très choquante encore, ensuite :

« - RFI aura une présidence bicéphale.

« J’en suis stupéfait. Je crois savoir que les deux Présidences, à Cotonou2, furent emportées par un processus violent de métamorphose (pour ne pas dire, métempsycose) sulfureuse. Elles devinrent, dans une première étape éprouvante mais libératrice, deux splendides corneilles libres et indépendantes.

« - Noires, avec un peu de bleu de Prusse foncé dans leur plumage, le célèbre noir-corneille3.

« La lumière les caressait, les gâtait. Les ailes déployées sur la moquette de l’hôtel, tournant autour d’elles-mêmes et l’une autour de l’autre, comme des étoiles gémellaires, prisonnières d’un même système dont elles étaient la vie, elles croassaient :

« - La volonté et la mémoire font partie des mystères fondamentaux du vivant. Elles ont une racine commune. Une nature commune. L’oubli est une noble contre-volonté !

« Je crois savoir aussi que la violente et éprouvante métamorphose des deux Présidences continua, accompagnée toujours par de terribles souffrances silencieuses, inarticulées ; partiellement, vaguement passées dans des vagues expressions vagues (la répétition n’est que trop voulue – trop !), comme celles-ci :

« - Psy, Oubli – même combat ! L’oubli public se trouve dans le psy public ! Voilà la meilleure idée de l’actualité ! L’idée fixe de l’actualité !

« - L’idée qui fige la réalité.

« L’oubli public c’estle psy public ! Notre bicéphalisme : de l’auto-journalisme. Du méconnu distillé et purifié au maximum. Du méconnu exprimé dans la langue (la seule !) qui lui est propre, la langue inextricable. Quant à nos ennemis, lorsqu’ils sont très énervés, ils pestent, ils hurlent, ils s’époumonent, dominés par un sanglant sentiment d’impuissance : ‘On doit beaucoup aux couples. Castor et Pollux, César et Cléopâtre, Roméo et Juliette, Marx et Engels, Hitler et Staline, Sodome et Gomorrhe – et nous en passons et des meilleurs. Aussi on doit beaucoup à la Corneille Bicéphale. La Corneille Bicéphale, mythique et archétypale, totémique ; la Corneille Bicéphale impossible ; la Corneille Bicéphale prévue d’une tête d’enregistrement et d’une autre, de lecture ; la Corneille Bicéphale, connue aussi sous le nom complètement ridicule – même si présidentiel – de Varice et Avarice.’ – Mais ils sont fous de rage et de crétinisme, ces adversaires – les nôtre.

« - Nous leur pardonnons ! »

 <>

« Si de telles nouvelles ne vous déséquilibrent pas, je ne sais plus quoi dire. »

<>

« Pourtant, je ne devrais pas me plaindre. Je me trouve à Paris, ville-lumière. La mission dont j’ai la charge est importante (très !) et se déroule pour l’instant comme sur des roulettes.

« D’autre part, la fille de l’ambassadeur quitte en apparence son obsession concernant l’attention. Elle se perd mais elle ne s'oublie pas ; au point de se couvrir d’écumes quand je met ma main sur elle pour la caresser.

« Quant à moi, j'entre parfois en résonance avec elle : mon attention s’affûte, enrichie par une perte perverse de mesure et de dimensions et devient hallucinogène.

« J’aimerais m’arrêter et mettre de l’ordre dans ce foutoir. Mais ce n’est pas évident. Les nouvelles continuent d’arriver – la plus récente chasse la précédente – et de s’entasser dans mes fichiers. La synthèse qui se fait toute seule dans un cerveau normalement constitué, tarde de se faire à présent.

« - Histoire de cerveau, peut-être ?

« - Histoire de parano ?

«  - Parano, va !

« - Suis-je fou ?

« - Moi, ou la machine à café par où (par qui) tout arrive ? »

 

 

 

1 « Des grands requins , non plus. Tout est médiocre et tiède. Autrement dit, Stroë pourrait y prendre son pied. Son appétit pour le Grand Larcin pourrait y être satisfait…

  « Alors, pas de détournement RFI-en de l’avion de la presse présidentielle française.

  «  - Pas de grandeur ! »

2 « J’ai bien noté que Cotonou, où devait se faire la passation du pouvoir entre les deux Présidences, se trouve un peu au Bout du Monde (en dépit du fait que, comme on dit, c’est là que se trouve le Quartier Latin de l’Afrique), mais il m’est difficile de saisir toutes les subtilités de l’affaire. »

 

3 « À Paris, comme dans toutes les grandes villes du monde, on rencontre toutes sortes d’hommes.

  « - Une riche variété de gens, quoi.

« Parmi eux, au Jardin des Plantes, on peut rencontrer des couples ou des solitaires qui se font un plaisir de jeter du riz ou des morceaux de pain aux corneilles.

« - Plaisir métaphysique.

« Plutôt pervers. Mais inoffensif. Souvent très esthétique. Notamment les jours sombres, au ciel couvert et menaçant, où ces gens font leur apparition et où, suite à cette apparition, les corneilles descendent comme un nuage venu de nulle part – mythique.

« - Totémique.

« Une fois sur la pelouse, en croassant vivement, avec joie, on dirait, de toute façon avec véhémence, énergie et aplomb, elles déploient leurs ailles et tournent autour d’elles-mêmes. Elles gardent un œil sur la réalité se trouvant à leur gauche, et l’autre sur la réalité se trouvant à leur droite.

« - Parallaxe oblige.

« Elles s’adressent à tous, au monde, à Dieu. À personne aussi. Le noir-corneille luisant de leurs corps 'rotatifs et bruyants' se mêle avec le vert cru et sombre du gazon.

« - Inhabituelle sensation de primaire, d’élémentaire, d’ailleurs, de bizarre, de possible.

« - C’est un autre monde qui y germe, qui s’y montre, qui y séduit…

« - C’est une autre symbiose.

« Elles dégagent une beauté fort singulière, capable de modifier des déterminants, les corneilles du Jardin des Plantes. »

 

 

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