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  • : Alexandre Papilian
  • : Ne pas être seul dans la proximité de la création. - Partager ce qu'on peut partager pendant la lutte avec les ombres - pendant la danse avec. Personnalité(s) forte(s) et inconfondable(s), se faire intégrés dans des communautés riches en névrosées, bien intégrées dans le monde actuel.
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  • Alexandre Papilian
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !
  • Ecrivain et journaliste franco-roumain. Le sarcasme dépasse de loin la tendresse qui,elle, reste un voeu créateur de nostalgie. Volilà !

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 00:34

 

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

 

 

II

1

 

« On m’a donné ma chance. Depuis un petit moment, je suis le secrétaire particulier du ministre. C’est un travail de rêve. La preuve : la mission qu’on m’a confié maintenant. Très confidentielle.

« - Donc, illégale.

« Une mission qui m’amène à Paris.

« - Dans cette ville-lumière que non seulement tout nomadien mais toute personne civilisée (ou en cours de) rêve de voir un jour.

« Mon patron, Manele Nicolâyë, occupe actuellement le fauteuil des Affaires Étrangères et des Tribus de la Nomadie. Auparavant, lorsque l’actuelle opposition était au pouvoir, il fut ministre de la Culture et du Passé1. C’est à ces temps que remontent les liens privilégiés noués avec son homologue français de l’époque, le ministre de la Culture à Vie2. Liens précieux, peut être, pour le travail qui m’a été confié maintenant. En tout cas, dans leurs têtes culturo-ministerieles respectives, l'idée de devenir des Présidentes de leurs Républiques respectives (eh, bien, la Nomadie est elle aussi un république ; la France n'en détient pas le monopole, comme disait l'autre), cette idée donc était toujours présente. Même lorsqu'ils se rasaient ou pas, le matin3.

« Il est l'auteur d'un ouvrage très nomadisé consacré au caractères dorique, corinthien et ionien de l'esprit nomadien culturoïde traduit dans les actes culturophages, voire culturocides, propres à la Nomadie.

La Nomadie n'a pas un culture dans le propre du terme. Elle n'a pas une culture comme toutes les autres, c'est à dire, capable d'inventer des illusions destinées à devenir des repères. Par contre, elle métabolise la culture des autres. Elle a une bizarre capacité de consommer les cultures des autres et de les transmuer en déjections.

« Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est que je ne me sens pas à l’aise. Et c’est un euphémisme. Le moment est difficile. Pesant. Le contact, même indirect, avec ceux de la rédaction en langue méconnue rend fou. Déjà être nomadien n’est pas une entreprise trop simple, mais avoir affaire à des telles réalités, c’est trop pour un mortel.

<>

« Ce sont des spectres ! C’est comme l’image reflétée par un miroir qui reflète l’image reflétée par un miroir qui reflète l’image reflétée par un miroir qui reflète… et ainsi de suite. Il y a, je veux dire, quelque chose, un résidu de vrai – à la fin.

« - Mais jusque là…

<>

« Jusque là, je tapote et enregistre sur mon ordinateur ces quelques notes-portraits de ces parleurs de la langue méconnue. On ne me l'a pas encore demandé, mais je sais que certains de ces connaisseur en langue méconnue auront à jouer un rôle dans l'avenir proche.

«  De toute façon, je n'ai pas grand chose à faire autre, au présent. Au pire, je (me) construis un témoin silencieux, capable d’enregistrer mes performances. Sans pour autant rendre des comptes à personne.

« - De sorte que, s’il m’arrivait quelque chose, ce qui est loin d’être improbable – il nous arrive toujours une chose ou une autre, quelque chose, que l’on veuille ou/et (surtout ?) pas –, de sorte que l’on sache, donc, lorsqu’il m’arrivera quelque chose, le quoi, le pourquoi et le comment de la chose. »

<>

« Le premier qui me vient sur les touches du clavier de mon ordinateur c’est un homme de taille moyenne vers petite. Il a une tête ronde et des bourses de peau sous la mâchoire. C’est un rongeur tout aussi prêt de s’enfuir que d’attaquer4. On dirait qu’il vit au nom du rien. En tout cas, il a l’air d’un fonctionnaire appliqué, lui. Son dos voûté et sa serviette galeuse y sont pour quelque chose.

« Le suivant est grand, avec une tête de cafard. Il a décroché, Dieu sait quand et comment, un contrat chez un célèbre éditeur de cours des langues, pour publier un cours audiovisuel de langue méconnue, basé sur une méthode inconnue. Chose valable encore aujourd’hui ; c’est à dire que le cours n’a jamais été rendu public – c’est ainsi qu’on a préservé l’inconnu de la méthode, c’est ainsi qu’on a rendu la langue méconnue encore plus profonde et riche du point de vue méconnaissable5.

« La seule femme de cette rédaction est une blondasse d’un certain âge. Pute jusqu’à l’os. Jusqu’à la moelle.

« - Cytoplasmique.

« Elle s’habille parfois ‘en gouttière’. Notamment avec des blouses, vestes, jupes, robes, parkas et pantalons brillant comme le zinc des gouttières. En rouge flamboyant, parfois. Parfois en noir aveuglant et en or éblouissant. Elle s’ennuie affreusement et tremble à l’idée qu’elle pourrait être attrapée par la mort6. Veuve, elle a hérité pas mal d’argent. Mais elle tient à être active. Dans sa conception cela veut dire être journaliste.

« - Elle est très talentueuse dans la pratique du tissu en soie – de préférence bordeaux ou turquoise – enfoncé dans le cul du partenaire, qu’on fait sortir lentement pendant. L’odeur et le goût de ce tissu, cette odeur et ce goût, la font se pâmer.

« Le suivant c’est quelqu’un qui est l’appendice de son propre nez. D’une homosexualité très banale et ennuyeuse, il est d’une origine plus que modeste et il affiche un regard dur, d’orphelin maltraité lors des viols fréquents, peut-être même permanents7. Il affirme, que, à l’instar des légionnaires folkloriques, il aurait baisé des chèvres… Il craint sauvagement les courants d’air. Il se lave une fois par mois, peut-être même pas.

« Le poète, ensuite. Un visionnaire. Il est rongé par une extension de sa calvitie, qui le rend chauve de tout autre attribut humain8.

« Le réalisateur des films, après. Celui-ci est refusé par tout producteur qui veut survivre9. Il a vu ses cordes vocales envahies dernièrement par des milliers des petits polypes douloureux, chacun s’exprimant d’une manière particulière, ce qui, finalement, donne une cacophonie parfaite qui passe à merveille au micro spécifique des émissions en langue méconnue.

« Le cacophone a comme ami, membre de la même rédaction, une espèce de bâton à qui on a entaillé à un de ses bouts des dents, des oreilles et des yeux de lapin, et à l’autre une tronche lombricoïde. Transpirant de la bêtise à l’état pur, en manque de tout repère moral et de personnalité, ce dernier offre à son ami, le réalisateur cacophone, sa propre femme, pour que son ami leur fasse, à tous les deux, à sa femme et à lui (et tant pis pour la sémantique et pour le sens !), des enfants tout aussi cacophones, dépourvus de talent et surtout de caractère que le géniteur-réalisateur-cacophone même10.

« Enfin, le chef de la rédaction en langue méconnue. Un roquet qui vide deux bouteilles de whisky bon marché par jour et qui fume pendant tout ce temps sans discontinuer11. Mal rasé la plupart du temps, il cache une éruption bubonique. Il s’est vu retirer l’œsophage, l’estomac et les deux intestins, suite à un cancer ; son rectum a été étiré et attaché au pharynx.

« - Aujourd’hui, entre le moment où il ingurgite et celui où il chie il n’y a aucune durée.

« Il mange et chie en même temps. »

<>

« En parallèle, je dois m’occuper d’une certaine Muguette Glande (pour un nom, s'en est un !) et de son mari, Ică, le patron des Langues de RFI. Ainsi que d'un certain Stroë, toujours de RFI.

« Dans la caravane de notre ambassade à Paris12 je réfléchi à tout ça, en essayant de maîtriser mes accès de haine, de furie mais aussi ceux de tendresse, douceur et autres pulsions crétinisantes, de trouver ma propre voie, de me faufiler parmi tous les pièges, embuscades ou guets-apens imaginés par les services spéciaux de tant de pays qui se confrontent en se heurtant ou en s’imbriquant dans cette merveilleuse ville-lumière, Paris. »

 


1 « Sa performance a été dépassée uniquement par un ministre français, qui, a occupé non seulement le poste de ministre de la culture ou celui des affaires extérieures, mais aussi celui de la santé. Ce qui laisse songeur celui qui a le temps de réfléchir à qu'est-ce qu'un ministre et à comment arrive-t-il en être... un. Ou plusieurs. »

 

2 « Une exception culturelle française, certes.

« - Encore une. »

 

3 « D’une certaine manière, ils sont une sorte de Barbara au masculin. Voir l'exégèse parue avant le Grand Caprice, consacrée à Barbara et à ce que cela veut dire. – Ou, à défaut, saisir le moment où on reviendra, même si sommairement, sur le sujet. »

4 « Il a une femme tout aussi myope que lui, qui fait du baby-sitting, du ménage et qui partage sans discontinuité le lit de son rat, en écartant ses cuisses à la commande et en préparant des plats absolument oubliables. Elle peint, pendant ses longs moments de solitude, des choses inachetables, voire imontrables. Quant à lui, il écrit des textes éducatifs qu’il présente comme des pièces de théâtre subventionnables. »

 

5 « Il méprise profondément tous ses camarades, ses collègues, le monde, Dieu – au profit de soi-même. Il est marié à quelque chose d’hydrocéphale, qui gagne huit fois plus que lui en trafiquant sur Internet des traductions en langues connues ; ce qui apporte au ménage une stabilité financière enviable et à lui-même, avec sa tête de cafard narcissique, un calme avoisinant l’insouciance des cancres dépourvus de toute utilité. »

6 « Elle s’entête à occuper un poste à RFI. Elle ne donne pas leur chance aux dizaines des dizaines de malins qui font le siège de la rédaction, qui estiment avoir découvert l’endroit idéal où ils pourraient afficher, dérouler, nourrir, arroser et faire épanouir toutes leurs incompétences. »

 

7«  « Il donne l’impression d’avoir été recruté, dans sa jeunesse, dans son enfance – voire avant – par des services de renseignements étrangers. Il se fixe comme repère la capacité de compréhension de sa pauvre mère et décrète qu’une émission est bonne si et seulement si sa mère, d’origine encore plus modeste que la sienne, pouvait la comprendre. – Cela étant, il fabrique des émissions pour la jeunesse. Il s’entoure toujours par des jeunes éphèbes de sa race. »

 

8 « Il lui reste l’essence de ce qui est le plus soupçonneux, narcissique, porno et parano dans le poétique. Il aime les jeunes filles inexpérimentées. Il aime les ensemencer et se faire quitter par elles. Il trouve que la souffrance infligée par ces exemplaires humains féminins prouve que ses propres qualités, qui l'altérise en le laissant en contact avec Dieu seul, sont véritablement poétiques. Il est maudit.

« - Un, cas unique.

« - Unique, car un.

« - Poète. »

 

9 « De temps en temps, il réussit, néanmoins, à ruiner des petites maisons de production ou des troupes d’artistes de la rue, notamment des 'intermittents du spectacle'. « Les susdits intermittents du spectacle sont une sous-race française en voie de développement galopante à qui, parmi d’autres, on doit la fameuse exception culturelle française.

« - La chose ne peut pas être dite à haute voix ; d’où sa présence dans cette simple note. »

 

10 « Je me demande, pourtant, comment faisait-il, le cacophone, car, à l’occasion d’un procès de paternité qu’il a eu à un moment donné dans sa vie, il a fourni trois attestations médicales comme quoi il serait stérile. »

 

11 « Il est super terriblement maigre, presque transparent. (Il avale une fois par jour le même sandwich enveloppé dans du papier alu, et la même canette de bière. Il affirme ne pas être radin mais seulement sage.) Il se considère intégré à la classe dirigeante, politique, dont les composantes estiment partout dans le monde que leur existence mérite être consignée au moins dans des livres biographiques sinon dans des romans. »

12 « Paris, grande capitale du monde. C’est pour ça que je peux parler d’une caravane. Ailleurs, nous n’avons que des roulottes, des petites remorques, des poussettes, des vélos ou même rien ; je veux dire, comme ambassade. »

 

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1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 06:51

 

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

 

Distorsion

(Dires des quelconques machines à café,

de RFI ou d’ailleurs,

des machines à café de la mondialisation et du terrorisme)

 

Toutes les études stipulent que le chaos ne peut être qu’extérieur. Dès qu’il est placé à l’intérieur, il est contenu, c’est-à-dire maîtrisé, donc cohérent. D’ici lui trouver des vertus constructives il n’y a qu’un pas.

- L’idée est terrorisante.

Et le pas, facile à franchir.

- D’ailleurs, il a été déjà franchi.

Semer le chaos au nom de l’ordre ! Voilà qui est devenu l’idée phare de la contemporanéité.

La globalisation, alias mondialisation :

- Du chaos pacifique.

Le terrorisme de masse, qui s’y oppose :

- Du chaos violent.

Aucun d'entre eux ne dépasse les limites du chaos.

- Au nom de l’ordre !

Et la place de RFI dans tout ça ? Qu’est-ce que RFI a à foutre dedans ?

La réponse habituelle est induite – bourrée ! – d’histoire. Notamment, RFI hériterait de la Radio Coloniale. – D’où la question :

- Qu’est-ce qu’une colonie ?

Nous ne sommes pas capable d’y répondre. Nous ne sommes que des machines à café de la mondialisation et du terrorisme.

Déjà la mondialisation et le terrorisme nous tracassent et nous accablent.

- Le colonialisme peut attendre.

Et, d’une manière générale, il faut arrêter toutes ces questions trop éloignées de toute objectivité. Y compris de celle uniquement possibles. Dans les limites chaotiques, génératrices de chaos, l’objectivité ne peut être que multiple. Multiple, donc polylogique.

- Polylogique, donc capricieuse.

- L’objectivité, considérée dans les limites du chaos, ne peut être qu’un caprice.

Cela étant, disons que l’objectivité n’est qu’un nuage rafraîchissant, notamment déshumanisant. Elle passe, « elle pleut », parfois elle « se laisse pleuvoir » et elle cède vite la place à quelque chose d’autre. Elle n’est qu’une attitude. Elle est empruntée, parfois adoptée par l’homme lorsque celui-ci n’a ni la force, ni le courage de se chercher et de se trouver soi-même. L’objectivité est une porte ouverte autant sur le néant, qu’au néant.

L’étape suivante :

- L’anéantissement.

L’homme – et on en voit, nous, les machines à café –, l’homme habité par les valeurs de l’objectivité est plutôt, voire certainement mort. L’homme est devenu faible par rapport à la vérité. La vérité lui fait peur. Aussi, il a peur de se connaître, de se découvrir soi-même. Il a peur de lui-même. Il ne veut pas ne pas être, mais ne plus être.

Tout ça pour arriver à la question suivante :

- Comment se fait-il que la même personne peut émettre aussi bien des choses intelligentes que des sottises ? S’agirait-il des deux cerveaux spécifiques, l’un pour l’intelligence, l’autre pour la sottise ?

- Si affirmatif, entre les deux il y a quoi ?  

 

 

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 09:22

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 


 I

4

Cependant, à côté, dans son bureau, le Coq-sans-crête jetait des regards assassins vers la Naine-qui-pue. Aussi, il vociférait silencieusement.

- Collaboration n’est pas complicité. 

- Peut-être pas, hurla inaudiblement la Naine-qui-pue. Mais ce n’est pas le problème. Le problème c’est que, en réalité, il n’y a pas de différence. Il n’y a pas de différence de nature entre la collaboration et la complicité. Enfin, il ne faudrait pas qu’il y en ait, je veux dire. Sinon, la société n’avancerait plus, et l’homme stagnerait, prisonnier de sa propre capacité de socialisation.

La Naine-qui-pue était le partisan – la partisane ! – de l’idée selon laquelle l’homme doit se libérer non seulement de sa société, qui l’enferme et qui le fait perdre du temps, mais aussi de lui-même. L’homme, le vrai, c’est celui qui n’est plus social et, comble de la perfection, qui n’est plus lui-même ! Cette réalité était indéniable pour la Naine-qui-pue.

- D’accord ! haussa négativement la voix Zakharias Cocâltãu en croisant son regard photographique avec celui nauséabond de sa collègue. Mais cela n’empêche que le management de ses subalternes soit fondamentalement différent du management de ses chefs. Au point de se demander si c’est toujours du management.

- Peut-être, fit la Naine-qui-pue en montrant les dents, mais cela n’explique et ne justifie en rien cette histoire de double comptabilité de la langue méconnue1. Il faut qu’on trouve et secoue les coupables. Et, en tout cas, je dirais même, indépendamment, Stroë (à propos, y a t il quelqu’un capable de nous dire le prénom de ce Charlot ?) et Ică Glande. Ça ne peut pas s’éterniser comme ça.

<>

C’est sur ces mots de la Naine-qui-pue que tous les téléphones portables commencèrent à sonner. On s’excusa et on se retira chacun dans un coin du bureau, de sorte que la conversation « portable » reste la plus confidentielle possible.

Petit à petit, l’intérêt et la gravité s’étalèrent sur tous les visages. Pendant que les Directeurs Généraux écoutaient les nouvelles données par leurs interlocuteurs, ils jetaient des regards soupçonneux vers leurs pairs. Ils empruntaient tous une attitude rappelant plutôt la complicité, et beaucoup moins, voire du tout, la collaboration. Pour ne pas parler de camaraderie – portée absente.

Ils étaient informés tous personnellement, chacun par sa propre source, du changement de la Présidence. Tous les Directeurs Généraux de RFI, chacun dans un coin du bureau de Coq-sans-crête, le portables à l’oreille, paraissaient désemparés.

Tout le monde était d’accord qu’il s’agissait d’une sanction, pour la Présidence sortante, et d’une punition, pour la Présidence arrivante2et 3.

<>

Les Directeurs Généraux de RFI sortirent en flèche du bureau et se dirigèrent en trombe vers le bureau de la Présidence, laissant derrière eux une Virginie en larme : elle aimait le chabichou présidentiel ; elle était obligée maintenant d’en faire le deuil.

Dans l’antichambre de la Présidence, Madame Pomponne, la secrétaire de la Présidence, les informa qu’elle-même ignorait tout. Notamment tout ce qui pouvait avoir un lien quelconque avec cette histoire. Elle avait pourtant entendu que la Présidence, qui se trouvait à Cotonou, en aurait été informée. Et tout, d’une manière trop brutale ! Sauvage, pour tout dire !

- Les gens on perdu toute humainité. Ce sont des abrutis ! Il n’y a pas d’autre mot !

La nouvelle Présidence, que personne ne connaissait encore, paraissait plus que très pressée. Elle aurait pris l’avion pour Cotonou, paraît-il, où l’ancienne Présidence se trouvait déjà, et aurait demandé à cette dernière que la passation du pouvoir se fasse là-bas, à Cotonou, sans attendre le retour à Paris.

- Mais, dit Madame Pomponne en regardant les quelques Directeurs Généraux de RFI qui se trouvaient devant elle, c’est quoi ce pouvoir qu’on doive passer ?


1 RFI se singularise encore plus dans l’univers des médias internationaux en émettant, à côté des langues inscrite dans l’atlas des langues, dans la langue méconnue, déjà évoquée.

  - Encore une exception française ?

  Beaucoup des détracteurs de cette exception sont prêts à jeter la pierre. Mais la langue méconnue fait le délice des connaisseurs.

Néanmoins et dernièrement, il paraissait que la rédaction produisant ces émissions, en langue méconnue, pratiquait la double comptabilité. Autant pour les tableaux de service que pour le fond des piges ou pour celui des missions. Ce qui énervait tout le monde, dans cette histoire, c’était le fait qu’il n’y avait pas de preuves irréfutables de ces malversations, tout contrôle effectué de l’extérieur étant impossible dans une autre langue que la méconnue. Or, personne au monde ne parlait la langue méconnue. Les membres de la rédaction inclus.

  - Et tant pis !

 

2 Et tout cas, de moins en moins de gens ordinaires acceptaient de prendre la responsabilité de RFI. Il fallait trouver chaque fois quelqu’un désireux de prendre l’irresponsabilité de cette grande radio.

 

3 Quant aux RFI-ens, maîtres absolus (et ténébro-énergiques) de la planète étrange portant le nom de RFI, qu’eux seuls dans l’univers peuplaient, ils regardaient avec un sourire presque giocondien, en y mélangeant et de la finesse et du raffinement, la tête de chaque nouvelle Présidence. Ils acceptaient, on dirait avec joie, le défi d’apprendre à la nouvelle Présidence les règles RFI-ennes de conduite.

Avec joie, car de toute évidence le pari était faussé. Les Présidences avaient « des mandats » limités dans le temps, même si renouvelables. Les RFI-ens, non.

- Pour ceux-ci, le temps n’était qu’infini. Il n’avait même pas de dimensions.

Les Présidences ne se RFI-saient jamais. À peine avaient-elles le temps de faire connaissance avec la maison, qu’elles devaient partir. Il est arrivé plus d’une fois qu’à la fin de son mandat, la Présidence sortante ne sache avec précision ni la masse salariale (dont personne ne pouvait maîtriser l’augmentation), ni le nombre des services, ni la mission des rédactions, ni la qualité des filiales, le nombre des radios partenaires ou d’autres sous-traitants – qu’elle avait présidés.

- RFI était une structure qui recevait les Présidences comme on reçoit au sein d’une famille d’accueil un enfant handicapé.

Un enfant à problèmes dont on ne voulait pas. Ni l’adopter, ni, à fortiori, l’assimiler. Et cela depuis toujours et pour toujours.

Cela n’était donc pas un pari, mais plutôt un cirque.

 

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 03:30

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

I

 

3

- Nous ne sommes pas invulnérables, opina un des journalistes sportifs, dès que Pierre Laisarde fit savoir à son service l’échec essuyé auprès de Cocâltãu. Il cherche la bagarre et nous ne sommes pas invulnérables.

- Il est même de mèche avec la Présidence, intervint un autre journaliste. Il ne t’a pas suggéré d’acheter du chabichou ? Je veux dire, ici, à Paris, maintenant, étant donné que la Présidence se promène en Afrique où elle continue d'ailleurs son commerce1?…

- Tout ça peut être bien vrai, se fit entendre la voix du chef du service Sport, après que le rire général, composé des rires individuels, s’éteignit, tout ça peut être bien vrai, mais ça ne résout pas notre problème. Si l’idée du Marathon commenté radiophoniquement en direct et en solo ne trouve pas d’adeptes, alors soit nous faisons fausse route, soit nous sommes l’avant-garde d’un art qui n’existe pas encore. Et, comme tous les précurseurs, nous avons à souffrir pour notre idée. Mais moi, personnellement, j’estime qu’aucune idée ne mérite d’être payée comptant avec de la souffrance.

- Parle pour toi, lui coupa la parole, hautain, le Délégué Syndical. Nous autres, nous avons des idées différentes. Tu n’es pas obligé de les suivre, de nous suivre. Tactiquement, je dirais même que ce serait mieux que tu ne sois pas au courant de tout ça.

Et, avec un sourire un peu crispé :

- Tu peux disposer !

<>

- On te demande à la Direction Générale, dit la secrétaire du service Sport lorsque le chef du service rentra dans ses locaux.

- C’est qui ?

- Le Coq-sans-crête.

- Merde !

Le chef de service sortit dans le couloir et prit l’escalier pour monter deux étages jusqu’au septième, où siégeait tout le staff de RFI.

Virginie, une des secrétaires de la Direction Générale, toujours souriante, bien assise sur ses fesses rondelettes et fermes, lui fit un signe familier de la tête.

C’était bien Hamilcar Tabiste, le Coq-sans-crête, qui le convoquait.

<>


Portrait.
Le Coq-sans-crête est un énarque très jeune2. Bâtard félino-gallinacé, il a fait ses griffes et ses ergots3 – ses premiers essais-désastres – à RFI.

La première grande réussite du Coq-sans-crête a été « la création de la synergie entre les langues ». Il a inséré ainsi du chinois dans les émissions vers l’Allemagne, du russe dans les émissions vers la population Maori, de l’arabe dans les émissions vers Israël, du luxembourgeois, du liechtensteinois, de l’andorrien, du vaticanois, dans les émissions vers Noa-Noa, du français dans les émissions pour les manchots de l’Antarctique et pour certaines îles non-peuplées, etc. etc.. C’est, d’ailleurs, lui qui a ouvert la rédaction en langue méconnue4

Cela étant, Le Coq-sans-crête est chargé de la visualisation de RFI. La visualisation de l’invisible, ainsi que la visio-sonorisation représentent the must de l’actualité. Qu’il visualise le son ! Qu’il ouvre la voie de la radio visuelle ! Était-il un jeune loup ? Oui ou merde ?

Mais le jeune Coq-sans-crête tombe amoureux d’un disque-jockey (familièrement, DJ) de la Maison, un certain garçon roux aux yeux de renard et au caractère de hyène. Le DG est converti par le DJ au raffinement des pizzas.

- Une bonne pizza, pour un royaume !

Lors des moments de crise (leur amour ne manque pas de moments tempétueux), le Coq-sans-crête achète des poupées en élastomère, qui sifflent si on les presse, et les range sur le bord de son bureau.

- Un régiment.

Chargé comme un émetteur d’hystérie froide fonctionnant à plein régime, le Coq-sans-crête repend autour de soi, rayonne – tout en gardant un sombre silence et sans regarder personne – le célèbre dicton : « on se soumet ou on se démet ». Il vise – lorsque son esprit se dit réveillé, éveillé – tous les autres :

- Des fainéants comme tout, qui parlent et agissent le plus lentement possible, qui empêchent tout versement d’une langue dans une autre, toute transmutation du son en image, toute visualisation sonore, toute avancée de la réforme.

La confrontation du DG avec le monde, efface toute trace de sourire sur les lèvres de tous.

- DG compris.

Une nervosité malsaine s’empare de RFI. La boîte vit à l’heure d’une forte intoxication psychologique.

Le Coq-sans-crête dépasse – précède ! – l’état d’esprit qui s’emparera des banlieues françaises, occidentales, où les jeunes loups, les futurs caïds, criminels, taulards réclameront à l’opinion publique qu’on les respecte. Du respect ! Et de la dignité5 !

Le Coq-sans-crête, lorsqu’il sera contraint de quitter RFI, trouvera refuge à Radio Notre Dame. Il y sera suivi par son amant de DJ.

On perdra ainsi la trace du fils de Neuvic en Creuse.

L’idée de la visualisation du son sera abandonnée par ceux qui allaient prendre sa place – réservée aux énarques. La mode sans mémoire affirmera, comme toujours, son droit. De là à franchir la frontière de l’Oubli, il n’y aura qu’un pas ! 

<>

- Tout ça n’est pas clair, dit le Coq-sans-crête, en foudroyant du regard le chef du service Sport qui venait de s’asseoir dans un des deux fauteuils austères, en cuir de synthèse et métal, placés devant le bureau directorial. J’ai appris qu’il serait question non pas d’un Marathon ou d’un pas Marathon, mais de quelques vrais post-caprices, notamment d’Oubli et de Souvenir. (pause) C’est grave. Important d’abord, grave ensuite. Est-ce que tu es au courant de ça ?

<>

La réponse n’arriva pas car, à l’instant même, tout à coup, la porte s’ouvrit et Rose Pinçon fit son apparition. Si la Naine-qui-pue était précédée de près par la puissante et lourde odeur nauséabonde de ses yeux, elle était suivie, en revanche par un autre Directeur Général.

- Un personnage terriblement volatil.

Un personnage qui, n’importe où ailleurs qu’à RFI, aurait été enveloppé dans l’aura de l’exceptionnel. – Ici, à RFI jouissait du surnom très agravitationnel mais fortement parlant de Sous-entendu.

Portrait.

C’est un vieillard arborant une expression d’opacité manifeste. Ingénieur de formation, il ne parle pas français mais, exclusivement une autre langue internationale.

- Sans circonspection ! Sans circoncision ! Sans discrétion !

Ainsi, RFI, dont le cahier de charges prévoit expressément la promotion du français, applique l’antithèse de la thèse et accomplit, en synthèse, une tâche encore plus importante que la diffusion du français:

- L’enracinement, l’entérinement dans le monde, de la terrible et célèbre exception culturelle française.

Le Sous-entendu finira sa carrière RFI-enne sans parvenir à parler la langue de Molière.

- Pas besoin !

Il quittera la peau francophone pour celle du Directeur de l’Agence pour le Sang6.

Ainsi va (et ira) le monde.

<>

- Pardon, mais c’est urgent et confidentiel, dit la Naine-qui-pue.

Le Directeur nommé Sous-entendu regarda – avec sous-entendu, naturellement – le chef du service Sport.

- Urgentissime et confidentialissime, ajouta la Naine-qui-pue.

- Oui, tu peux nous excuser ? se précipita le Coq-sans-crête.

Histoire de se montrer maître de sa territorialité. De son bureau.

- Je vous laisse, dit le chef de service en se levant de son fauteuil. Mais, avant de partir, je vais vous faire une suggestion, quand même, à tous les trois. Et peu importe qu’un d’entre vous ne comprendra rien de ces mots articulés en français.

L'ironie du chef de service avait quelque chose d'amère.

- Voilà, ce qui est dit ! continua-t-il. L’idée marathonienne mérite plus d’attention qu’on ne lui accorde. La perfection sera atteinte lorsqu’on pourra organiser des courses marathoniennes bi-solitaires. Je m’explique. Chaque coureur partira en solo. Soit à une date et une heure prévues d’avance, sans contact avec les autres coureurs. Soit sur un parcours en solo, particularisé, individualisé, tout à fait différent des ceux de ses concurrents. Pareil, un journaliste à mobylette,il lui sera attribué à lui seul, en solo. On pourra ainsi couvrir et recouvrir le globe dans son entier. Je veux dire, nous, RFI. C’est une hypothèse, une simple hypothèse de travail, évidement ! Mais quelle poésie !

En sortant, le chef de service se heurta contre Zakharias Cocâltãu. Celui-ci le photographia avec son regard dans lequel brillait une haine non-domestique.

- Qu’est-ce qu’ils ont aujourd’hui ? dit avec dépit le chef de service une fois que le dernier arrivés des Directeurs Généraux ferma derrière lui la porte du bureau du Coq-sans-crête.

- C’est cette histoire de Nomadie, répondit Virginie en faisant bouger un peu ses cuisses et ses fesse rondelettes sur sa chaise de secrétaire. Nomadie, c’est fou. C’est couru. Ou, du moins, ça rend fou !

Des hurlements de silence éclatèrent dans le bureau du Coq-sans-crête.

- Comme preuve ! dit la secrétaire.

- Quoi ? dit le chef de service en tendant l’oreille.

- Ça, dit Virginie. Ces hurlements.

- Quels hurlements ?

- Ceux-ci. Ce sont même des foudres. Des foudres de silence. C’est tout autre chose que du silence foudroyé. Tu vois pas ? Mais qu’est-ce que vous avez tous ? C’est ça que d’être secrétaire. Une bonne secrétaire. Ce n’est pas seulement d’avoir des fesses rondelettes et des jupes assez larges pour que le patron puisse te tripoter et bander lorsqu’il arrive au porte-jarretelles et à la petite culotte (si tu en portes). C’est aussi ça. Je dirais, surtout ça. Savoir entendre et écouter le silence du tonnerre, comme on dit. Ou le silence de la foudre. Ou des foudres de silence, comme maintenant. Ou rien du tout. En tout cas, c’est pas seulement les fesses rondelettes qui font une secrétaire. Elles n’ont rien à voir avec l’oubli et le souvenir, tu sais, mes fesses ? Or, c’est là le problème. C’est là le point névralgique. C’est là que ça bouillonne. Je te le dis, parce que je t’aime bien, toi. Et parce que je me sens, parce que je suis toute seule. Je fais une déprime, c’est clair. Mais, n’empêche, la réalité est là. Sais-tu qu’est-ce que la solitude secrétariale ? On parle souvent de la solitude du pouvoir. Mais celle du secrétariat ? ! Qui pour prendre en compte la souffrance des secrétaires enfermées dans leur silence contractuel ? ! Il est où le Christ du silence ? Je te le demande. Il est où ce Christ ? !

Le chef de service fit un signe de salut (ou de lassitude ?) avec sa main. Il sortit. C'était un homme abattu.

 

1 Selon les émanations déviantes d’une des machines à café de RFI, la Présidence continuait son commerce partout dans le monde, le cas échéant à Cotonou, au Bénin, où Elle s’était organisée une Mission bien Présidentielle. Le bruit du couloir soutenait qu’Elle y continuerait Son commerce – de fromage –, au sens propre. Elle vendrait du fromage. Voilà ! Toute la Maison aurait été au courant, au siège parisien ou parmi les correspondants et les ESP (Envoyés Spéciaux) à l'étranger. Les Tutelles aussi ; elles ne pouvaient pas ne pas l’être ! ! ! La Présidence avait une ferme dans le Poitou. On y fabriquait du chabichou. Elle faisait commerce avec ce chabichou – partout ; à RFI, comme, maintenant, à Cotonou. Mondialisation oblige. L’Afrique bénéficiait, donc, elle aussi et ainsi, du raffinement fromager de la Présidence.

- Une nouvelle appellation contrôlée risquait de voir bientôt le jour : le Chabichou international (ou mondial) de Cotonou.

De plus, ladite Présidence – très friande de voyages à l’étranger effectués aux frais de RFI, ce qui Lui avait valu le surnom de Madone des Aéroports – avait été aperçue, hier, avec quelques Noirs… Petits, ces Noirs. Très petits. « L’impérialisme » (sublimé en pédophilie, dans le cas caractérisé) « n’était pas encore éradiqué » ! On avait beau dire qu’on avait décolonisé le monde. Ce n’était pas vrai !

2 Toute personne qui se respecte doit pouvoir se vanter d’avoir une biographie. Toute personne qui se respecte doit y réfléchir, voire penser.

Mais biographie va avec âge. Il s’agit de gens qui « ont pris de la bouteille ». Ce n’est pas, évidemment, le cas des jeunes. Ledit Hamilcar Tabiste compris.

- Les jeunes n’ont pas de biographie, quoi qu’ils fassent !

À peine ont-ils quelques souvenirs. Leur passé (la biographie n’étant qu’une espèce détournée, altérée de passé) tient dans un mouchoir.

- C’est à dire, à côté de ce qu’on trouve dans un mouchoir, ricanent certains adultes rancuniers, partis, eux, sur la pente descendante, énervés par le gaspillage d’énergie des morveux qui croient savoir d’eux-même pourquoi, autour de quoi/qui et comment tourne ce monde.

 

3 Il est originaire de Neuvic en Creuse. Ses parents ont là-bas un élevage de coqs de pêche. L’élevage parental occupe mondialement la deuxième place, la première ayant été accaparée par les Américains. – Of course ! Toujours eux : les Ricains ! – On y élève des coqs très-très (et très !) sélectionnés, dont une partie du plumage sert à confectionner – pour ne pas dire : fabriquer ! – les plus belles mouches de pêche du monde.

L’élevage en question aurait influencé d’une manière décisive l’aspect-personnalité du futur Directeur Général – familièrement, DG – de RFI. Notamment, à sa sortie de l’ENA, le jeune homme, qui aurait pu présenter, comme la plupart des énarques, un aspect tout à fait inobservable, se distinguait par ses fesses en queue de coq et par son manque flamboyant de cheveux. – Les mauvaises langues se demandent – dans notre histoire – hypocritement s’il mangeait – et comment – des mouches, à l’instar de tous les coqs du monde, y compris ceux de l’élevage familial, producteurs de mouches, eux ! Mais c’est carrément des conneries.

C’est stupide.

C’est de l’inné.

C’est une qualité.

 

4 - Mais ce n’est pas lui, disent certains vieux meubles de la maison, des délabrés bien alcoolisés, herbeisés, shootés qui – tout en jouant le rôle de la Mémoire de la Maison – font augmenter la masse salariale comme ce n’est pas permis, mais seulement possible. Ce n’est pas lui !

- Et alors ? réplique sèchement mais vivement la masse salariale.

 

5Qu’on nous respecte, que la police, l’armée, les pompiers, les femmes, les parents, les grands-parents, les enfants, les petits enfants et les profs, les bouchers, les buralistes et les politiques, les prolétaires, les fermiers et les Américains, les fils-à-papa, les fils-de-pute et ceux qui prennent l’ascenseur-bus-train et ceux qui font de la parapente et les chauves poilus et tous les autres – que tout ça nous respecte et tout ira va très bien ! affirment les morvo-boutonneux ; vivaces, agiles et forts ; à peine touchés par le démon de la parole ; amassés dans les cages d'escalier des HLM ; fumant, sniffant, se shootant ; crachant par terre ; effrayant les autres avec leur parfait savoir-faire du non-savoir.

- Que l’on me digne, et tout ira très bien ! dit, sans le dire, le Coq-sans-crête, quant à lui.

Il est tout rengorgé – entièrement –, les fesses ébouriffées – intégralement.

 

6 - La Voix du Sang, dira à un certain moment une des machines à café de RFI, la Voix du Sang isole et assure l’espèce contre l’univers. La voix du Sang fait déborder les personnalités. Elle les étale dans des transfusions immenses. Dans des transmissions géantes. Dans une circulation à l’intérieur du noir chaud du corps qui prouve que le minéral et le chimique sont tout aussi vivants que le reste. La voix du Sang, c’est connu, est plus forte que toute autre voix – française ou pas française. – Pour ne pas parler de l’abyssale histoire du Sang Contaminé, si riche en enseignements !

 

 

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 20:36

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

I

2b

Les quelques Directeurs Généraux de RFI sont tous des énarques, mais tous n’ont ni le même âge, ni le même sexe.

- Les différences, donc, sont de taille.

Les confrontations entre les générations, couplées parfois avec celles entre les sexes, sont de mise. C’est une lutte sans pitié et sans merci. Tous les moyens sont non pas permis, mais imposés et, donc, bons.

Arrivés relativement récemment dans l’arsenal des combattants, les armes psychologiques sont in – à la mode. Il s’agit, d’abord et bien évidemment, de ce que certains appellent la psychologie des masses, des foules.

- C’est un chapitre bien fourni, suite à deux guerres mondiales et une guerre froide.

Il s’agit, ensuite, des psychologies individuelles. Contenues dans la doctrine de la civilisation individualiste, ces dernières sont considérées, par les têtes plus ou moins brûlées qui comptent aujourd’hui, comme étant chic, jusqu’à très chic. Aussi, on approche autrement la Hydre spécifique cachée dans cette humanité dont certains membres sont, comme tous les énarques du monde, au minimum des gestionnaires, au maximum des despotes. En tout cas, des fonctionnaires. Les deux bouts de ce segment étant reliés – ou même pas ! – d’une manière virtuelle, voire imaginaire, en partant du paradoxe postulant, donc fondateur, selon lequel la seule psychologie possible dans l’époque contemporaine est celle de la masse individualiste, mais aussi celle de l’individualisme de masse, c’est à dire, dans une traduction légère (et chic !) (sic !), la psychologie incompressible et incompréhensible.

<>

Cela étant, brossons tout de suite, le portrait de Rose Pinçon, la Naine-qui-pue.

C’est une petite femme aux jupes extrêmement larges et extrêmement plissées, à l’ourlet excessivement décousu et tombant, à la tête normale et aux yeux particuliers, malodorants, puants. Elle pue par ses yeux. Partout où elle pose son regard, ça pue. Chaque matin, la Naine-qui-pue, après avoir pris sa douche1, use des produits cosmétiques sensés rendendre les mortels normalement supportables. Elle se considère normale, supportable, voire mortelle. Cela, en dépit de la conviction affichée par ses parents qui affirment – dans les quelques salons parisiens qui les reçoivent – que leur fille n’est pas simplement, humblement supportable mais – disons-le franchement – géniale et vouée à une carrière encore plus grande (énorme !) que toute l’imagination du monde pouvait engendrer. À peine sortie de l’ENA, n’était-elle pas déjà DG dans une boîte aussi prestigieuse que RFI ? Le fait d’avoir des yeux puants n’y changeait rien. Au contraire : c’était un atout. Qui encore, dans ce monde, avait de tels yeux, des yeux puants, de tels yeux puants ?2

Dans l’avenir immédiat, La Naine-qui-pue sera DG de RFI encore pour un an et demi. Quant à son passé RFI-en, il n’était pas plus long mais il était réalisé. Depuis qu’elle était là, elle avait signé tous les mois de gros chèques pour renouveler tous les mois et intégralement la structure techno-informatique de RFI3.

- RFI ! Quel Mystère !

De plus en plus agressive pendant les dix-huit mois à venir, la Naine-qui-pue sera obligée de quitter RFI.

- Avec des insaisissables coups de pied dans le cul !

- S’il vous plaît !

On perdra sa trace au Qatar, où elle sera nommée deuxième conseillère de l’ambassade et où elle fera des longues courses d’agrément (vendues comme diplomatiques, naturellement), en 4 x 4, dans le désert. On dira, à cette occasion, qu’une variété de scarabée, et deux autres de lézard du désert auraient disparu dans la zone, par la suite des regards puants que l’ex-Directrice Générale de RFI aurait posés sur eux.

- Certains se demanderont pourquoi les gens de RFI n’étaient pas morts sous « les lorgnements » de la Naine-qui-pue.

- En fait, oui, pourquoi ?

<>

- Et moi, demanda Zakharias Cocâltãu, une fois la crise de rire finie, moi, quel est mon sobriquet ?

Le regard du Pierre Laisarde devint brutalement abyssal.

- Je ne peux pas te le dévoiler pour l’instant. Ce n’est pas toi qui es en question, mais moi. Je n’ai pas trouvé encore au fond de moi-même la vérité nécessaire – évidemment psychologique ! – pour que ce que je pourrais te dire ne me déstabilise pas. La vérité dure et cristalline, notamment, qui fait de l’homme – Dieu.

Le Directeur Général lui jeta de nouveau un regard photographique.

- Bon, d’accord, dit-il sur un ton rude. Je comprends. Tu attends une réponse du tac au tac. Tu m’as ventilé sous le nez ton savoir psychologique. Et tu attends que j’annonce moi aussi la couleur. Je vais le faire – et tout de suite. Écoute-moi bien ! Il n’y aura pas de commentaire radiophonique en solo d’un Marathon inexistent. Ton journaliste n’a qu’à se le mettre là où je sais. Le service Sport, pareil. Je trouve, d’ailleurs, qu’il y a trop peu de culture dans ce sport-ci. Dans notre sport. Ici, à RFI. Je vais en parler à Stroë. Pourquoi ne pas faire participer des sportifs à des émissions culturelles, littéraires ou picturales ? Pourquoi ne pas amener des gens de lettres ou des philosophes ou des politiques ou d’autres, du show-biz par exemple, ou des chercheurs, ou de trouveurs, dans nos émissions sportives ?

Le Directeur fit une pause. Mais la réponse n'arrivait pas.

- Je sais, ce que tu te dis, reprit-il. Pourquoi mettre des gens pareils dans des é&missions sportives, en pourquoi ne ferions nous pareil au contraire ?

Le Délégué Syndical n'avait pas l'air d'avoir saisi la subtilité de la chose. Il vaquait toujours au premier degré de la conversation.

- C'est à dire, continua le Directeur Général, pourquoi ne mettrions nous des sportives dans des émissions culturelles, politiques sociales et que sais-je encore ? Pourquoi, je te le demande ! Ça oui ! Crois-moi ! Ce ne serait que de la pure démocratie. Or, notre rôle consiste dans la propagation de la démocratie. Et même plus que celle de la démocratie ! Ça oui ! Crois-moi ! On peut faire tout ça à RFI. On peut tout faire à RFI. Mais pour le Marathon, qu'est-ce que tu vex que je te dise ?…

- Donc, c’est la guerre, dit le Délégué Syndical, en se levant de son fauteuil très peu commode. Tu ne connais pas les techniciens de RFI, petit. Tes tripes seront bientôt fortement secouées. Gare à la diarrhée, mon pauvre.

- La guerre, si tu veux la guerre. Pas de souci. Quant aux tripes, attends voir. Pareil, pour la diarrhée. Vous allez voir ce que vous allez voir. Tous.

 

1 Certains colporteurs de nouvelles de couloir et de machine à café soutiennent qu’il s’agirait d’une douche de lumière puante ; d’où le handicap caractérisant cette Direction Générale de RFI.

Souvenons-nous aussi, tant que nous y sommes, qu’avant le Grand Caprice et même pendant, Dora, elle, prenait de douches musicales. Histoire de mettre en lumière l’évolution des mœurs mais aussi des techniques plombières.

 

2

- Stroë, connards !

Ică roulait des tonnerres chaque fois lorsqu’il était obligé d’entendre ça.

- Stroë ! Stroë, qui est mille fois supérieur à toutes des créatures aux yeux puants ! Dix mille fois. Cent mille fois ! Et pour cause : il abrite dans sa chair intérieure, dans sa chair noire, dans son noir intérieur les enfants de son grand amour de jadis, les enfants qui ne sont pas les siens, mais qu’il aime comme si.

Ică Glande évoquait en l’occurrence un certain moment d’avant le Grand Caprice. Un moment où beaucoup de choses irrepérables, irrépressibles et irrépétables, irréparables, irremplaçables et irréfutables se sont passées.

Un seul exemple. Jadis, avant le Grand Caprice, Zakharias Cocâltãu, à peine entrevu auparavant, y était toujours vêtu d’une salopette très in. Il ne portait jamais de chemise et ses brodequins étaient toujours trop grands. Après une période où il se rasait le crâne, il connut une autre, où ses longues nattes et sa longue barbe large lui arrivaient à la ceinture. En nous référant toujours à cette époque avant-coureuse, avant-capricieuse, nous dirons qu’il était le précepteur de deux enfants cyclopes et asexués. En l'occurrence, des enfants de Dora – dont nous venons évoquer (très peu) l’existence. Il les attachait au pied du lit – pour qu’ils soient sages.

- Des enfants tellement sages ! hurlait Ică. Des enfants tellement tranquilles lorsqu’ils sont bien attachés au pied du lit ! Des enfants tellement asexués, mais tellement cyclopes aussi ! Pas n’importe quel type de cyclope, s’il vous plaît. Ce sont de cyclopes qui peuvent loucher ! Ils peuvent loucher ! À leur guise ! ! ! Vous voyez ? Vous, les bi-oculaires ! (pause) Des cyclopes qui louchent ! Ça c’est quelque chose ! Des yeux puants… Ce n’est même pas moins, c’est zéro, c’est minus – par rapport à l’infini du loucher !

C’était une question très compliquée.

 

3 Des dires improbables mais possibles de la machine à café :

  « - Rien n’empêchait et n’empêche toujours pas – pourtant – les journalistes de faire surtout et toujours « du direct ». Les vieux micros et autres émetteurs traditionnels rendent toujours de grands services. À la DRH et aux Finances, les employés utilisent toujours les abaques et les bouliers. Les émissions partent toujours vers l’auditoire. Les gens sont toujours payés… »

 

 

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 09:44

 

Œuf de fou

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle. 

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. » 

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

 

I

 

2a

Les yeux de Zakharias Cocâltãu, un homme de taille moyenne, plutôt maigre et assez effacé fixaient la page. Il ne la lisait pas. À croire que le Directeur Général la photographiait. Il rayonnait une subtile immobilité sculpturale. Enfin, après quelques instants, il leva les yeux. En face de lui, assis dans un des deux fauteuils spartiates de bureau, en cuir et métal, Pierre Laisarde, un des Délégués Syndicaux de la maison, petit, vivace, avec des cheveux noirs et joliment bouclés, abordait une attitude de digne humilité. Il était ferme, révolutionnaire et objectif.

- Je comprends, dit Cocâltãu. Mais je crains de ne pouvoir rien faire. C’est le domaine exclusif du Directeur des Français, de Stroë. Et je ne vois pas comment le persuader. Quels sont vos arguments ?

Un sourire ambigu, malin, servile, diaboliquement mesquin, s’étala sur la figure du Délégué Syndical.

- Il y en a deux. L’un de type intellectuel, l’autre de type social.

- Vous n’allez pas vous mettre en grève pour ça, quand même.

- En grève, peut-être pas. Pas pour l’instant, au moins. Mais, vous savez, comme pour toutes les missions, la brigade sera sollicitée.

- Mais, qu’est-ce qu’elle a à faire dedans la brigade ?

- Question de solidarité. Notre collaboration est vraiment très serrée. Pratiquement, toutes les missions, nous les faisons ensemble, les techniciens de la brigade et les journalistes sportifs. Sur le terrain, vous savez, les liens qui se tissent entre les gens attelés à la même tâche s’avèrent souvent indestructibles. Ce n’est que du Marx et de l’Orwell. Cela pour faire simple.

- Ce que tu fais, maintenant, dit le Directeur, c’est de la psychologie. D’où tiens-tu ce savoir-faire ? De ton Syndicat ?

- Je me réjouis du fait qu’on se tutoie. Il était temps ! Ce n’est pas seulement du Syndicat que je tiens cette technique, pour répondre à ta question. C’est aussi une affaire de bon sens. De ce point de vue – je parle du bon sens –, de ce point de vue, je ne suis qu’un dilettante, c’est vrai, mais, sans me vanter, un dilettante de génie. Enfin, tout ça pour dire que l’idée n’est pas mauvaise, je trouve ! Elle déborde même de bon sens, il faut le reconnaître. Elle est grosse, en plus, d’une originalité indéniable. Qui, dans ce monde sous-lunaire, pourrait oser une telle aventure ? Commenter en direct, à la radio, intégralement et en solo la course du Marathon ! C’est unique au monde, c’est clair !

- Mais il n’y aura pas de Marathon en Nomadie. Il s’agit simplement d’un Sommet de la Francophonie. Un Sommet comme tous les autres. En l’occurrence, de la Francophonie.

- Justement ! Organisons-en un ! Je veux dire, un Marathon. Les comptes rendus politiques et les interviews de tous genres, c’est bien. Mais un Marathon, là où personne ne s’attend, c’est encore mieux ! C’est absolument révolutionnaire. À la limite, même pas besoin d’en organiser un. Il suffit de le transmettre.

Zakharias Cocâltãu photographia son interlocuteur d’un regard ébahi.

- Je ne comprends pas.

- Pas besoin de comprendre. Just do It et, en échange, tu auras la brigade à côté de toi. Dans la confrontation avec Madame Pinçon, l’aide de la brigade vaut de l’or, fais-moi confiance. À propos, tu sais quel est son surnom ? Je parle de la mère Pinçon.

- Non ? C’est quoi ?

- La Naine-qui-pue !

Le Directeur éclata de rire.  

 

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 06:38

 

Œuf de fou

 

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

I

1

- On ne pourra pas cacher la vérité.

Stroë adressait ces paroles à la machine à café du couloir. Il n’y avait personne autour de lui.

- D’ailleurs, on n’a nullement l’intention de cacher quoi que ce soit, continua-t-il, toujours en direction de la machine. On n’a nullement envie de priver quiconque de quoi que ce soit. Le gouvernement français, tous les gouvernements français sont élus pour que le service public français ait quelqu’un contre qui diriger ses critiques, ses protestations, ses grèves. Ce n’est pas une chose à dire au micro, au monde, mais seulement à la machine à café.

- Et encore ! répondit celle-ci.

Une fois ces paroles bien soigneusement articulées (l’expérience du microphone change le verbe, le parler, voire la vie de celui qui la vit, humain ou machine à café ; c’est, toutes proportions gardées, pareil pour ceux qui passent par le Grand Caprice, par Son expérience ; surtout lorsque le Mal et le Bien arrivent comme des effluves de la direction de ce même Grand Caprice), Stroë empoigna son gobelet et se dirigea vers la cage d’escalier. Accoudé devant la grande vitre donnant sur le RER, la Seine et la Tour Eiffel, il prit une première gorgée. Tout en regardant ces images extrêmement parisiennes.

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Certains des héros de cette histoire travaillent dans une des rédactions du sixième. Les rédactions « en langues », peuplées de « métèques ». D’autres, « les grenouilles » du cinquième, du quatrième, du troisième et du bâtiment d’au-delà de la ligne de RER, le Tripode, peuplent les rédactions et les services « en français ».

La scène générale, la scène sur laquelle évoluent à la louche, à la pelle, « métèques » et « grenouilles », est celle de RFI, Radio France Internationale.

Stroë y gagne son droit d’être imposé par le fisc français.

Il y travaille sous l’autorité de nombre des Directions Générales, patronnées, elles, par la Présidence Direction Générale, en abrégé, la Présidence, qui patronne autant les Émissions en Français, les Émissions en Langues Étrangères (y compris les Émissions en Langue Méconnue), que les différentes Annexes (Relations Internationales, Formation Internationale, Musique, Silence…), les Filiales, l’Administration, la Direction des Ressources (avec ses deux sous-directions, les Ressources Humaines et les Ressources Inhumaines).

- Question d'organigramme.

La Présidence a comme principale sinon unique tâche le maintien de la paix sociale dans l’entreprise, dans cette « contrée RFI » où, comme on dit de plus en plus souvent, les idiots de tous bords et les imbéciles en tout genre doivent être laissés tranquilles.

- En paix!

Stroë est le Directeur des Émissions en Français.

Il est triste et nostalgique.

Il est parfois violent.

Il est, depuis toujours, à la quête du Grand Larcin et, depuis peu, du Mélodrame ; pour lui, un sorte de Saint Graal.

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De retour dans son bureau, situé juste à côté de « l’open » du Secrétariat de Rédaction, Stroë reçut la visite d’Ică Glande, son homologue des Rédactions en Langues, qui, massif, goujat et brutal, comme toujours, cherchait un refuge. – Il fuyait Ginette, une ancienne assistante de production, qui, cancéreuse (y avait beaucoup des cancers à RFI), toujours en vie et retraitée, rendait de temps en temps visite à ses anciens camarades et collègues. Aujourd’hui, elle avait déposé son sac sur le bureau de Quoquo (l’assistante qui l’avait remplacée), absente pour l’heure de la rédaction en langue ***. Ensuite, Ginette était sortie pour voir ses camarades des autres rédactions.

- C’est qui qui a mis ça sur mon bureau ? avait demandé Quoquo, de retour dans la pièce, avec une évidente aigreur méprisante.

- Ginette.

- Pouah ! Cette femme ! La mort la cherche chez elle, et elle vient nous infester, ici !

Ces paroles furent vite relayées par Radio-Couloir, la plus efficace des radios, jusqu’à Ginette, trois étages plus bas, où celle-ci bavardait en infestant l’existence d’autres ex-collègues. Ginette avait éclaté en larmes et, les yeux sortis de leurs orbites, tous cheveux hérissés, avait fait irruption dans le bureau d’Ică pour lui demander réconfort et justice.

- Je me suis enfui comme un lâche ! soupira celui-ci en regardant Stroë, son ex-compagnon d’avant le Grand Caprice. T’as pas quelque chose à boire, par hasard ?

- Quand est-ce que tu m’as surpris à sec ?

Mais Stroë n’eut pas le temps d’ouvrir le petit frigo bien dissimulé sous le bureau, toujours bourré de bouteilles diversement colorées : le téléphone sonna, et Stroë décrocha.

- Fais-le entrer !

La porte s’ouvrit et le chef des Reportages fit son apparition dans la pièce1. Il venait informer son directeur, Stroë, du fait qu’un des journalistes de son service ne voulait plus partir en mission.

- Il dit qu’on meurt trop aujourd’hui. Il dit que tout le monde, voire l’univers, partage son opinion : partir en mission dans le monde, dans l’univers, aujourd’hui, c’est suicidaire. Dans le meilleur des cas, c’est une visite rendue à l’intérieur de son futur cercueil. Il fait chier, quoi ! Il nous agite aussi sa Carte de Journaliste et ses Syndicats. Chier ! C’est clair ! Chier grave !

- Non, mais ! tonna Stroë. Pour qui se prend-il ? Tu vas lui dire qu’il a le choix : ou bien il avale ses pilules de kamikaze et il fait en sorte qu’on ne voit plus ses os ici, à Paris, mais qu’on l’entende illico presto bramer ses correspondances à l’antenne, ou bien il prend rendez-vous avec son banquier pour voir comment il va nourrir ses enfants une fois mis à pied et limogé ! Tu lui diras en plus, amicalement, que je t’ai dit confidentiellement qu’un con pareil, je n’en ai pas vu depuis très longtemps, Carte ou pas Carte, Syndicats ou pas Syndicats ! Compris ? ! Sinon, tu veux boire quelque chose ? J’ai une tequila mortelle !

Après s’être exécuté et avoir avalé un demi-verre, le chef des Reportages quitta le bureau de Stroë, l’estomac ulcéré, la tête basse et la queue entre les jambes. Il savait bien que le service tout entier allait le culpabiliser. C’était lui qui allait porter le chapeau et pas Stroë, qui faisait peur à tous avec son inconnu2.

- Que c’est con ! dit Stroë à vois basse, quand la porte se fut refermée derrière le malheureux chef du rebelle.

En remplissant de nouveau les verres :

- Con ! Il n’y a pas d’autre mot ! Je parle de tout et de tous. Tout est con. Tout ! Ce sont des cons, tous ! Mais tout ou tous ne veut pas dire assez.

Après avoir donné son verre à son hôte, en levant le sien :

- À nos couilles !

Ils levèrent le coud. Ils burent.

- Ça tombe bien, dit ensuite Stroë. Je voulais te parler un peu de cette mission en Nomadie. J’aimerais que tu prennes ma nouvelle – tu ne la connais pas, c’est du tout frais – sur ton budget. Je ne sais pas, comme consultant peut-être, ou quelque chose de ce genre. Pour moi c’est impossible. J’ai les Finances sur mon dos tout le temps. Toutes mes lignes budgétaires sont regardées à la loupe. C’est pire qu’un contrôle de la Cour des Comptes, pire qu’un redressement fiscal. Je ne sais pas ce qu’elle veut, la mère Pinçon…

Après une pause :

- Je ne la baise pas.

- Et ça ne fait que l’enrager, compléta Ică en avalant une nouvelle lampée d’alcool. Elle descend bien, ta saloperie. Hooouuuh, ça secoue ! Et dire qu’il ne nous est pas difficile ! Enfin ! Je vais voir. Pourquoi pas ? Mais consultante en quoi, de quoi ? Qu’est-ce qu’elle sait faire ?

- Normalement, rien.

- Rien ! ?

- Rien ! Justement ! Elle est étudiante, mais que dis-je, spécialiste en Oubli. Le rien le plus humain.

Les deux directeurs avalèrent encore une gorgée de tequila.

- Je peux essayer, dit Ică Glande. L’idée de l’Oubli me plait. Oui ! Il y a des ténèbres dedans. Comme le sous-son d’une sous-contrebasse ou d’un sous-tuba. Oui, oui. Ça me dit. Je la prends. J’aurais à essuyer les foudres de ma Junon, mais je pense que ça ira. En plus, son dada actuel est le Souvenir. Je parle de la mienne. Elles feront une belle équipe, ta nouvelle et mon ancienne – avec leurs Oubli et Souvenir. On les mettra ensemble, pour s’annihiler l’une l’autre, et nous allons nous faire entre temps la petite Yovanka ! Qu’est-ce que t’en dis ? Elle est si pâle, ses yeux sont tellement cernés, elle a un air si triste ! Elle me tue ! Je n’en peux plus ! Je dois me la faire ! Seul ou avec toi. Ou les deux3. Je sens que ce sera exquis.

- À condition qu’il n’y ait pas de grève, marmonna Stroë.

- Je comprends et je compatis, ironisa Ică. Il n’y a rien de plus Larcin et Mélodrame qu’une bonne grève. Mais, hélas, il n’y aura pas de grève. Il ne se passera rien. Rien. Au maximum une petite manifestation interne. Et encore ! Depuis que les jours de grève ne sont plus payés, depuis que le Larcin et le Mélodrame sont passés dans la vie réelle, rien ne bouge, tu ne vois pas ? Il n’y aura rien, crois moi.

Ică montra ses dents dans un sourire obscène et gai.

- Surtout pas de grève des bites !

Ensuite, avec une certaine tristesse :

- C’est ça la vie : du sexe et du social. Du social-sexe !4

 


 

1  Mot ambigu, car pièce-pièce, ou pièce de théâtre. Ou les deux. Mais pas pièce-monnaie. Ni/ou autre...

- Ambiguïté incomplète, donc.

Hum... Suspecte, donc.


2 C’est connu et reconnu : les journalistes maîtrisent exclusivement le connu. On dit parfois qu’ils sont les maîtres du connu. L’inconnu ? Trop compliqué ! Il leur fait peur, il leur donne la nausée ! Au mieux, il les ennuie ! D’autant plus, lorsqu’il s’agit d’un chef et, implicitement, de l’inconnu de celui-ci.

 

3 Dans le couloir, la machine à café disait à qui voulait l’entendre :

- Les regards échangées par les deux Directeurs furent des éclairs d'ironie folle. Des éclairs hystérisants et pourtant bienfaisants.

4 Dans le couloir, la machine à café disait à qui voulait l’entendre :

- Les deux directeurs vidèrent leurs verres. Dans leurs regards troubles et vides, étincelaient très discrètement des soupçons de conscience, de concupiscence, de lubrique, de luxure, ainsi qu’une larme de quelque chose autre, de quelque chose exagérément, drôlement petit, dont on ne pouvait pas dire si c’était du souvenir ou de l’oubli.

 

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 13:51

 

 

 

Œuf de fou

 

 

 

« Quelle est la différence entre nous et une maison de fous ? Eux, ils ont une direction lucide ! »

Blague audiovisuelle.

 

« La folie de l’homme raisonnable est

anatomisée à fond par le clin d’œil du fou. »

Shakespeare, Comme il vous plaira, II, 7 56-57

 

 

Mise en perspective

 

Ces textes farfelus, risquent de devenir un livre. Presque contre leur volonté. Presque à leur insu. - D'autant plus s'il y avait de commentaires...

  - Certes.

Le début de leur rédaction se situe au moins dix ans en arrière, peut-être quinze. En tout cas, ils se situent dans les sillages d'un opus publié vingt-sept ans plus tôt, dans une langue de circulation restreinte.

- D'où l'apparition dans le texte présent de la « langue méconnue ».

<>

Si la reprise du filon littéraire de jadis ne peut pas être située avec précision dans le temps, on peut voir, par contre, que des sujets comme ceux de la Francophonie, de la Nomadie et/ou de la Mondialie, attaqués hier, se trouvent aujourd'hui en pleine actualité. Celui de l'inceste (assorti ou pas de certaines formes de pédophilie), pas moins. Celui de l'incompétence et de la perversité des énarques, ça va de soi. Celui de l'homo, bi, hétérosexualité, naturellement. Celui de la prise d'otages, pareil. Celui du syndicalisme. Celui du sport. Celui de la communication et du public communicant, aussi. Le journalisme – plus que jamais...

<>

Ce n'est pas le sommeil de la raison qui fait naître des monstres (comme indiquait Goya, dans ses Caprices), mais la lucidité. Certains pratiquants de la dépression la trouvent même responsable des suicides, la lucidité.

<>

Pour autant, il est difficile d'accepter l'idée que la lucidité pourrait ordonner la création consciente descaprices, voire du chaos.

Prenons un simple exemple :

  - Qui pourrait imaginer d'une manière consciente et lucide qu'une radio ou une télévision internationale auraient encore une raison d'être dans l'époque de la décolonisation terrestre et de la colonisation satellitaire et électronique, par l'Internet et par la sur-information facilité sinon provoquée par celui-ci ?

Ou un autre :

- Qui pourrait imaginer, d'une manière consciente et lucide, que dans « le domaine de l'information », celle-ci, l'information, ne soit pas « mise en perspective », « réformée », voire « déformée » d'une manière tout à fait naturelle ? Avec les conséquences qui s'imposent. Notamment, qui alors pourrait conférer le statut de vérité à une nouvelle, quelle qu'elle soit ? Comment pourrait-on accorder d'une manière consciente et lucide sa confiance à l'information,même venue de la part d'une personne de... confiance ? Pour ne pas parler de l'information venue de l'on ne sait pas où, voire du néant ?

<>

Il est vraiment difficile d'accepter l'idée que la lucidité pourrait ordonner la création consciente descaprices, voire du chaos, disais-je.

- Ni la création de la mort.

Cela, pour donner un peu poids, un peu de gravité à cette chose aérienne, souvent insaisissable, définie comme caprice, voire folie, qui, décidément, en manque.

- Qui est en manque.

Qui !

<>

Si tout était vrai, à quoi servaient-ils la contrevérité, le mensonge, la bêtise, l'ânerie, la folie ?...

<>

Par conséquence, le journaliste, « le facteur humain » de tout ce bordel, ne pourrait être qu'inconscient, autant bienveillant que malveillant ce soit ?

- Ou fou !

- Ou ! ! !

<>

Pour ne pas parler de la mort comme solution.

- Comme.

<>

En même temps, quoi de plus humain – c'est à dire, de civilisé – que le caprice ?

- La folie, peut-être ?

La !

Échappatoires universels, les caprice, forme édulcorée – ou pervertie ! – de folie,rendent la vie (humaine) supportable. Quand ils ne la rendent pas insupportable.

- Il n'y a ni d'espace ni de temps entre les deux ; entre le supportable et l'insupportable.

Une vie sans capricesrelève du machinisme. Une telle vie n'est qu'une pauvre machine.

- Tandis qu'une vie avec,est une toute autre chose.

N'est-ce pas ?

<>

Àl'instar des bouillons de culture, une radio internationale, par définition, ne peut être qu'un milieu super favorable pour la culture capriciale, manquant de temps et d'espace. En tout cas, Radio France Internationale (RFI) en est un.

- Du moins pour ou dans l'esprit de l'auteur!

Le journalisme, forme disjonctée de littérature, forme disjonctée de philosophie ; parfois, forme d'anti-littérature et d'anti-philosophie ; le journalisme, art à part entière et en pleine mutation, se nourrit d'une réalité crée par lui même, ce qui le rend implacablement indispensable à ladite réalité.

<>

Fou, le journalisme ? Folle, la réalité ?

- Et alors ?

- Et tant pis !

Pour ne pas dire :

- Et puis, merde !

 

<><><>

Le problème qui se pose, en parcourant ces textes qui risquent de devenir un livre cohérent, est le suivant:

- Pourquoi tant d'irritation ? Pourquoi tant de méchanceté ? Pourquoi tant de haine ?

- Pourquoi un Œuf de Fou ?

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